Abdelmadjid Tebboune réprimande Renault au vu du succès de son usine marocaine

Abdelmadjid Tebboune réprimande Renault au vu du succès de son usine marocaine

Lors d’une sortie médiatique, le président de la république algérienne, Abdelmadjid Tebboune n’a pas manqué de critiquer l’industrie automobile de son pays, tout en s’en prenant au constructeur français Renault. Il estime que ’’l’usine implantée en Algérie n’a rien à voir avec celle qui est installée au Maroc’’.

De longue date, le Maroc s’est manifesté comme étant celui qui s’en sort le mieux parmi les pays du Maghreb, du point de vue de la croissance, du développement et de l’attraction des investisseurs. Par conséquent, la réussite du Royaume dans la mise en place d’une industrie de production de véhicules ne plaît pas aux hauts responsables algériens. À en croire ses propos, la fin du montage automobile en Algérie a sonné. « Nous allons, par exemple, arrêter l’importation de kits automobiles », a annoncé le président Tebboune. La déclaration de ce dernier est étonnante, étant donné que le constructeur français est actuellement, l’acteur phare implanté sur le sol algérien, avec une production qui permet d’avoir le taux d’intégration le plus élevé du pays. Abdelmadjid Tebboune s’est véritablement montré énervé par l’état actuel de l’industrie automobile en Algérie, il s’est même demandé dans cet entretien « comment créer des emplois alors qu’il n’y a aucune intégration, aucune sous-traitance ? ».

À défaut de cela, dénonce le président algérien « L’Algérie est vue par ses partenaires comme un grand marché de consommation. Nos maux viennent de l’importation débridée, génératrice de surfacturation, une des sources de la corruption favorisée par de nombreux pays européens où se faisait la bancarisation, la surfacturation, les investissements de l’argent transféré illicitement. Cela a tué la production nationale ». De manière plus claire, le président algérien désire que Renault mette en place dans son pays une unité identique à celle de Tanger, en pleine accélération industrielle depuis son ouverture en 2012. L’usine Renault de Tanger a dépassé la ligne en un temps record, elle a fêté son millionième véhicule en juillet 2017 et se place dans le top 5 des sites de production du groupe français dans le monde. Plus encore, c’est la première usine du Groupe conçue Zéro émission de CO2 et Zéro rejet d’effluent industriel.

Abdelmadjid Tebboune dresse à peine le navire

Très concentré sur la réussite de Renault Maroc, le président algérien a préféré ne pas revenir sur le fait que la réalisation d’une stratégie étatique pour l’industrie automobile est le résultat d’un travail demandant beaucoup de temps et de patience. Il faut aussi mentionner que le Maroc a fait de l’industrie automobile une composante fondamentale de sa stratégie industrielle, pendant que les responsables algériens ont préféré en faire de celle-ci un bouclier contre les importations, pour réduire principalement le déficit commercial, en imposant aux concessionnaires à se transformer en constructeurs automobiles. De ce fait, Abdelmadjid Tebboune n’a rien à voir dans l’orientation de cette industrie, se retrouvant avec des importations déguisées de kits automobiles et des unités de montage sans aucune valeur ajoutée locale, comme le révèlent de récentes études nationales.

Des réformes en profondeur nécessaires pour progresser 

Pour aller de l’avant et se montrer plus attractive, l’Algérie sera obligée d’entreprendre des réformes en profondeur. À bout portant, l’annonce de la possible suppression de la règle dite des “51-49%’’, qui interdit de dépasser 49 %, la part de participation d’un investisseur étranger dans une société de droit algérien. Cette mesure ne sera évidemment pas suffisante, elle devra être suivie par d’autres réformes. Le pays devra réformer ses lois concernant la protection de la propriété privée, le transfert des dividendes pour les entreprises étrangères et aussi la protection de la propriété intellectuelle, selon les dernières déclarations des dirigeants algériens. Assurément, la règle dite des “51-49 %” instaurée en Algérie n’est pas le seul frein qui pousse les investisseurs étrangers à bouder ce pays. Par exemple, au Maroc, on n’a pas déterminé la répartition du capital financier dans le cas de Renault Maroc lors de son implantation à Tanger, Renault France détient 52,4% du capital de Renault Maroc. Le fait est que pour l’Algérie puisse attirer des investisseurs étrangers et donc des fournisseurs et des sous-traitants du secteur automobile, l’environnement des affaires doit être plus favorable pour les investisseurs. De surcroît, pour réussir une politique industrielle, tous les domaines industriels doivent être mobilisés. Revenons au fait que si Renault Tanger est aujourd’hui une réussite, c’est en grande partie grâce à une infrastructure portuaire d’envergure construite juste à proximité, par l’Etat marocain, mais aussi grâce à des formations adaptées des ressources humaines, etc. Tout compte fait, l’implantation d’une industrie aussi technologique que capitalistique qu’est l’industrie automobile, est le résultat d’une politique industrielle murie et réfléchie au préalable, qui se construit sur des décennies.

Haytam Boussaid

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