El Baida, tourné vers l’avenir

El Baida, tourné vers l’avenir

S’entretenir avec Najib Bakkouri, c’est apprendre, comprendre et adhérer. On sent le professionnel aguerri dont l’intérêt pour le métier prime sur ses propres ambitions et c’est ce qui le rend aussi persuasif. 

Najib Bakkouri est garagiste, co-gérant du Garage El Baida, un très bel établissement qui appartient à Mostafa Ouki, et dont il s’occupe avec autant de passion que si c’était le sien. Najib Bakkouri appartient au monde d’aujourd’hui et de demain, il n’est pas, comme beaucoup, dans la nostalgie du passé, il recherche l’efficacité, la productivité, la pérennité pour l’établissement, les employés et plus généralement pour les professionnels. C’est comme cela que Rechange Maroc a entendu parler de lui, dans le cadre de l’AFRA, cette association à laquelle il contribue et fait contribuer ses pairs. 

L’Afra, l’une des solutions pour garantir l’avenir

Miser sur la solidarité entre personnes exerçant la même profession, tel apparaît l’engagement de Najib Bakkouri, un engagement simple mais fondé sur le pragmatisme et le bon sens : « Nous échangeons avec l’Afra sur des problématiques techniques que l’on peut rencontrer sur les véhicules, l’association a pour but le partage d’informations et d’expériences au travers d’échanges entre nous. Nous utilisons, ainsi, un groupe WhatsApp pour collecter et diffuser des informations sur les problématiques techniques, et nous participons à des rencontres en présentiel également, lorsque cela est possible. » Lorsqu’on lui demande si les maisons participent, il reconnaît que ce n’est pas si facile de les mobiliser, parce qu’elles sont en concurrence entre elles et surtout parce qu’elles se doivent de respecter les clauses de confidentialité exigées par les constructeurs : « Il est dommage que les constructeurs ne soient pas plus investis dans la diffusion des informations techniques parce que l’intérêt de tous, y compris des constructeurs, consiste à faire rouler les véhicules ! Quant aux pièces de rechange, les maisons devraient afficher des tarifs plus abordables pour qu’on continue d’aller chez eux après la période de garantie, et qu’elles gagnent ainsi des parts de marché. Or ce n’est pas le cas, alors qu’on sait que ce ne sont pas les constructeurs qui fabriquent les pièces de rechange, ils les achètent aux équipementiers et devraient donc pouvoir les obtenir à un bon prix. Pour revenir à la technique et au domaine de la mécanique, il est impératif que nous puissions intervenir sur tous les nouveaux modèles et l’Afra nous aide à nous maintenir au courant par les apports des uns et des autres. Cela permet de maintenir un bon niveau de réparation grâce à une coopération gagnant-gagnant et aussi, pour les pièces de rechange. »

Labellisé Eurorepar 

Toujours dans le même esprit de ne pas céder de terrain sur la question du savoir-faire technique et du marketing, le Garage El Baida a pris le label Eurorepar, – depuis décembre 2020, qui leur apporte beaucoup : « Chez Eurorepar, ils nous accompagnent pour accéder au système d’l’identification des pièces de rechange via les numéros de châssis, sur les garanties des PR, et pour former les techniciens. Cet accompagnement s’avère précieux, et il faudrait qu’il y en ait beaucoup plus, mais on se rend compte que beaucoup de garages ne peuvent y avoir accès du fait des coûts de franchise qui paraissent élevés à leurs yeux. Chez Eurorepar, il faut compter 1000 DHS par mois, ce qui, en la période actuelle, où nous ne réalisons pas un chiffre d’affaires important à cause du Covid, peut s’avérer trop cher. Si l’on prend notre exemple, nous avons trois employés au garage actuellement alors que l’établissement peut en accueillir beaucoup plus, mais nous n’atteignons pas un chiffre suffisant pour assumer plus de charges fixes actuellement. C’est déjà bien de tenir le coup et de payer nos charges dans une situation pareille. Il est urgent que l’on revienne à une activité normale parce que poursuivre dans ces conditions va devenir très compliqué pour nous. » En outre, bien que l’adhésion à Eurorepar Car Service soit un plus, ce n’est pas non plus la solution à tous les problèmes, puisque l’enseigne n’est pas encore très présente au Maroc à l’inverse de ce qui existe en France par exemple, où elle compte 1 400 centres ! Or pour Najib Bakkouri, la notion de réseau s’avère essentielle : « Nous n’avons pas rejoint Eurorepar Car Service uniquement pour la technique – on arrive à trouver ce qu’on cherche sur Internet, mais aussi pour la communication, pour le marketing, pour la notoriété et également pour la garantie des pièces de rechange. On offre des prestations avec des pièces de rechange garanties, ce qui n’est pas le cas partout au Maroc puisqu’on y trouve de tout, des pièces d’origine, des pièces de contrefaçon, des pièces adaptables etc. Ce que l’on veut c’est une pièce garantie constructeur mais à un bon prix. Pour la garantie, cela ne pose pas de problème, mais en ce qui concerne le bon prix par rapport au marché, et pour certaines références, c’est plus difficile à atteindre. On sait que ces prix vont s’améliorer grâce aux effets volume, cependant on peut s’étonner du fait que l’on trouve les mêmes pièces vendues dans les boîtes des équipementiers d’origine à des tarifs plus attractifs que les nôtres, alors que le constructeur dispose de volumes mondiaux non négligeables, qui devraient influer sur le pricing, ne serait-ce que par le pouvoir de négociation qu’ils ont avec les fournisseurs, pouvoir qui est énorme. Surtout maintenant avec la création de Stellantis. Certains de nos clients n’acceptent pas de payer ces prix et nous devons nous approvisionner ailleurs pour certains produits -auprès d’importateurs de renom qui vendent de la qualité bien évidemment et à des tarifs acceptables par notre clientèle. Comment explique-t-on, par exemple, qu’un filtre estampillé Renault est vendu 200 dirhams et que le même, sous un autre nom est proposé à 50 dirhams ? »

Le monde de demain

Face aux nouvelles technologies, le danger de perdre pied est présent chez nombre de mécaniciens. Najib Bakkouri modère cette crainte en ces termes : « Les informations sont disponibles, il faut être connecté et chercher sur Internet. Cependant, il est préférable de bénéficier des formations des constructeurs (ou des équipementiers d’origine), qui permettront aux garagistes de fonctionner, aux véhicules d’avoir une durée de vie plus importante, à la marque de jouir d’une bonne notoriété. Si l’on ajoute un bon prix pour les pièces de rechange, il n’y aura pas de problème. Il est important de changer le modèle économique. A trop vouloir gagner sur la période de garantie en l’étendant à 5 ou 7 ans, le constructeur perdra encore plus vite ses clients, parce que ceux-ci feront faire leurs premières vidanges dans les maisons, vérifieront que le moteur fonctionne bien et qu’il n’y a pas de problème et iront de plus en plus vite chez un garagiste de confiance, bien avant la fin des garanties. » Quant à la question des informations techniques, elle n’inquiète pas non plus : entre mécaniciens, celles-ci circulent même quand elles proviennent des outils de diagnostic des constructeurs. A telle enseigne qu’il vaudrait mieux que les succursales des constructeurs maîtrisent le processus de transmission des informations, qui leur amènerait, là encore, des parts de marché en pièces. Des informations techniques aux appareils de diagnostic, il n’y a qu’un pas, qui nous amène à poser cette question : comment vend-on le temps pris pour diagnostiquer le véhicule ? Najib Bakkouri nous répond aisément : « Il est quasiment impossible de demander à un client de payer le diagnostic qui déterminera ce qu’il convient de faire sur son véhicule. Nous avons adopté une démarche qui consiste à établir le diagnostic gratuitement – même lors des visites pour entretien – de proposer au client de procéder à telle ou telle réparation ou mise au point. A lui de choisir en fonction du prix donné, de commander l’intervention ou non. Dans tous les cas, cela lui permet d’anticiper et de ne pas avoir de plus grandes dépenses plus tard. Chez El Baida, nous n’effectuerons pas de diagnostic électronique, nous travaillons sur la mécanique, le train avant et utilisons surtout les ponts, les appareils d’équilibrage, et de parallélisme, et bien sûr l’expérience. » Par ailleurs, la mutualisation des outils de diagnostic électroniques participe au partage des savoir-faire quand il y a besoin…Et nous voici à nouveau dans le cadre de l’Afra !

Hervé Daigueperce

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