Equip Auto Alger 2017 : un salon qui tient ses promesses

Equip Auto Alger 2017 :  un salon qui tient ses promesses

Avec une progression de 8 % du nombre des visiteurs pour atteindre quasiment les 10 000 professionnels, Equip Auto Alger a encore rempli sa mission de plus grand salon de l’après-vente au Maghreb.

Pourtant, cette année, nul n’aurait parié sur un succès, il y a encore quelques semaines, tant la situation politico-économique semblait se tendre, libérant de mauvaises ondes, surtout au niveau des opérateurs internationaux. Il faut se rendre à l’évidence, malgré notre proximité et notre histoire commune, culturellement, européens et africains n’abordent pas les événements avec le même pragmatisme, cela étant vrai, également, entre pays du Maghreb et pays d’Europe du nord et du sud. Il faut d’ailleurs s’en féliciter, c’est de notre richesse à tous dont nous parlons. Ainsi, donc, le salon a vécu l’une de ses meilleures éditions dans « un exceptionnel climat d’affaires » n’hésite pas à dire Nabil Bey Boumezrag, le directeur d’Equip Auto Alger.

Pour parler chiffres, avant toute tentative d’analyse, notons que ce rendez-vous maghrébin au « rayonnement international des professionnels de l’après-vente et des services pour tous les véhicules », a accueilli 340 exposants, venant de 19 pays et 9820 visiteurs professionnels (+ 8 % vs 2016) dont 4 % de visiteurs étrangers (essentiellement Maghreb et Europe du Sud). Rappelons, parallèlement, que sur le salon, les exposants internationaux étaient majoritaires (75 %) issus d’une vingtaine de pays et représentant plus de 400 marques parmi les plus connues au monde. Plusieurs étaient réunis sous l’auvent de leur pavillon national, comme pour la Chine, le Maroc, la Pologne, l’Inde ou la Turquie. Le 25 % des exposants nationaux étant à considérer avec beaucoup d’intérêt, puisque les plus grands groupes de distribution (importateurs-distributeurs) étaient présents, accompagnés, souvent, par les représentants de leurs fournisseurs les plus importants. Citons Aribi, Auto West Diesel, Bareche, Benbott, C&F Automotive, Douadi Automotive, DS Motors, EMSG Mansour, Euro Moteur, GMS, Kadiri, Mon Véhicule, Ouar, Siad, Siproa, etc. Des distributeurs qui ont augmenté leur surface d’exposition, et dessiné des stands d’envergure, à la fois d’image et commerciaux. La professionnalisation est véritablement en marche.

L’après-vente en effervescence

Même s’il est encore âgé, le parc circulant évalué à 6 millions de véhicules a de quoi attirer la plupart des fournisseurs internationaux, de pièces et de solutions de réparation, de maintenance comme de fabrication, l’un des thèmes majeurs du salon, cette année. Revenons un peu en arrière pour être plus clair. Face au déficit creusé par la chute des cours du pétrole, véritable manne, jusqu’à présent, des ressources financières du pays, le gouvernement a pris des mesures drastiques, en commençant, dans le secteur automobile, par la réduction de l’importation des véhicules neufs. Ces dix dernières années, on a assisté à des volumes d’immatriculation de 400 000 unités et deux années de suite à près de 600 000, ce qui a permis de rajeunir le parc et d’ouvrir la porte au premium ! Ces chiffres, obtenus, il est vrai un peu artificiellement par l’augmentation du pouvoir d’achat des fonctionnaires et d’une nouvelle classe moyenne, ont chuté à moins de 150 000 exemplaires, puis à 75 000, pour arriver en 2017, à 55 000 unités, l’État ayant limité les licences d’importations.

Equip Auto Alger ARCO

Pourtant, le marché des VN est évalué entre 300 et 350 000 véhicules. L’État estime que les constructeurs en place – pour l’heure Renault – devraient compléter, par leur production, les 250 000 voitures manquantes. L’avenir nous dira si les constructeurs (du montage essentiellement, pour l’instant) auront pu « servir » suffisamment. Ce qui en ressort, cependant, relève du bon sens : quand un concessionnaire ne gagne plus sa vie sur le VN, il se tourne vers la réparation, les ventes de pièces et le véhicule d’occasion ! L’effet s’est fait sentir sur Equip Auto qui a vu tous les professionnels, y compris Renault, défendre leurs positions sur le marché de l’après-vente, inaugurer de nouvelles méthodes de marketing et lancer des offres de service innovantes. On comprend mieux pourquoi la participation algérienne a crû de 11 % ! Il faut y ajouter un phénomène essentiel, à savoir le pourcentage de fabricants nationaux qui est passé à 10 % des exposants algériens. Là aussi, en réponse aux nouvelles directives du gouvernement.

La fabrication sur tous les fronts

S’il est un sujet qui a marqué, de façon concrète, cette onzième édition du salon Equip Auto Alger, c’est bien la course à la fabrication. En effet, de plus en plus de professionnels de l’automobile (concessionnaires ou distributeurs ou déjà fabricants) ont décidé de répondre aux attentes de l’État en se lançant dans la production de pièces. En réalité, le gouvernement a incité très fortement les concessionnaires à investir dans des sites de production de véhicules ou de pièces et d’équipements. En réduisant le volant d’importations de véhicules et de nombreux autres produits, l’État a, également, laissé planer le doute sur une réglementation éventuelle et nouvelle de la pièce de rechange automobile. D’ailleurs, la veille du salon, a été évoquée par le ministère de l’Industrie et des Mines, la possibilité de l’établissement d’un cahier des charges régissant l’importation des pièces de rechange : « L’importateur sera obligé d’avoir des contrats d’achat direct auprès du fabricant sans passer par un intermédiaire ». En clair, il est vivement indiqué de produire localement. Déjà, plusieurs usines de fabrication de filtres, de batteries, de pièces plastiques, etc. verront le jour cette année, en partenariat ou non avec des partenaires « technologiques » internationaux (voir pages suivantes).

Quoi qu’il en soit, le salon a véritablement reflété les attentes des uns et des autres en la matière, Renault Production intervenant lors des conférences, en profitant pour encourager la sous-traitance locale. Non loin, des rencontres B to B algéro-tunisiennes ont été organisées par le CEPEX, sur le partenariat dans le domaine de la sous-traitance automobile, avec la participation d’une vingtaine de sociétés tunisiennes. En prolongement de cette problématique, ont été évoquées, lors des conférences des deux premières journées, les thématiques de la formation et du VO. Pas d’après-vente sans formation, ni de fabrication, – la Renault Académie participant activement au développement de formations qualifiantes aux côtés des institutionnels de la wilaya d’Oran, région pilote dans le domaine, et pas de plus-value des professionnels sans l’intégration du VO dans l’activité. C’est sur ce constat très simple et au regard du développement du Groupe Argus, que s’est créé, sur Equip Auto Alger, le Club Argus Algérie, après celui de France et celui du Maroc (Casablanca), visant à faire se rencontrer tous les acteurs de l’automobile et à échanger sur le véhicule d’occasion (avec mise en place d’un référentiel et de solutions dédiées). En conclusion, le salon a rempli son office dans toutes ses composantes, lieu d’échanges, de vente, de création et plate-forme d’idées sur le futur de l’automobile et de son après-vente, sur un marché, certes difficile, mais copieux. Là aussi dans toutes les acceptions du terme.  

Hervé Daigueperce

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