Federal-Mogul Motorparts unit les marques d’origine

Federal-Mogul Motorparts unit les marques d’origine

Depuis son origine, en 1924, l’équipementier américain dont le siège se situe à Southfield, dans le Michigan, a fait de ses fusions acquisitions de marques à très forte notoriété, une stratégie de croissance et de garantie de qualité. Se pencher sur son histoire s’apparente à une plongée dans l’histoire de l’automobile.

Aujourd’hui, fournisseur des plus grands industriels, que ce soit dans l’automobile, le véhicule industriel, l’aéronautique, ou le ferroviaire, Federal-Mogul a su générer une balance équitable entre ses activités. Aussi important dans le monde en première monte chez tous les constructeurs automobiles qu’en aftermarket, le groupe se compose de deux grandes entités appelées Federal-Mogul Powertrain et Federal-Mogul Motorparts pour les pièces distribuées sous une vingtaine de marques sur le marché de la rechange mais aussi aux constructeurs automobiles. Cette balance se reconnaît également sur le plan géographique puisque les chiffres d’affaires des grandes régions du monde s’équilibrent parfaitement et protègent le groupe de crises locales. Ce qui est assez remarquable, c’est que ce souci de la diversification et des équilibres a présidé, dès 1924, à la naissance de Federal-Mogul Corporation.

Federal Mogul

A cette date, déjà, plusieurs personnalités de la fabrication de pièces et d’équipements automobiles avaient lancé la production en série de produits qu’on allait retrouver dans Federal-Mogul Corporation des années après, comme ceux de Herbert Frood dans le freinage, en 1897 (Ferodo…). C’est, en 1899, en réalité, qu’est fondée Muzzy-Lyon Entreprise par J.Howard Muzzy et Edward F.Lyon, qui révolutionnent le marché des roulements dans le cadre d’une filiale appelée Mogul Metal Company. Eux-mêmes commercialisant déjà des pièces détachées et des produits en caoutchouc. Muzzy-Lyon Entreprise devient, en 1924, Federal-Mogul Corporation grâce à la fusion avec Federal-Bearing and Bushing, une société fabriquant aussi des roulements, des colliers et bagues. Le travail sur les métaux fut donc, avant la fusion, le cœur du business de l’entreprise puis son core business et aussi le début des innovations technologiques reconnues.

C’est ainsi que Mogul Metal Company avait créé un nouveau métal « Babbitt » appelé Mogul (!) et le commercialisait sous les marques Duro et Mogul. Peu avant la fondation de Federal-Mogul Corporation, La Muzzy-Lyon Company avait atteint le nombre de 500 employés en 1921.

Federal Mogul

Recherche et développement, rachats… Federal-Mogul Corporation grandit…

Dès 1929, en partenariat avec un institut, Federal-Mogul crée un laboratoire de recherche et développement et affiche un chiffre d’affaires de 4,8 millions de dollars. Forte de ses résultats, la société crée une division marine en 1931, destinée à fournir des hélices puis conçoit, en 1932, un nouvel alliage pour les roulements, confirmant les deux pôles présents à sa naissance, diversification et innovation ! Un autre alliage viendra en 1934, en même temps que l’acquisition d’autres sociétés, qui se fera dans un rythme soutenu (Douglas-Dahlin Co., U.S. Bearings Co., Watkins Manufacturing Co., Pacific Metal Bearing Co., Superior Bearings Co. and Watkins Rebabbitting — Canada (first international acquisition). Devenu le leader des hélices, le groupe poursuit sa progression, tout en augmentant ses capacités en R&D et, en 1947, déploie quelque 6 200 salariés, pour un chiffre d’affaires de 85 millions de dollars.

En 1955, toujours axé sur le roulement, le groupe fusionne avec Bower Roller Bearing Company pour devenir Federal-Mogul-Bower Bearings, Inc, 50 ans ont déjà passé depuis la naissance ! La consécration vient en 1956, lorsque la nouvelle entité entre en 350e place du fameux Fortune 500, les 500 entreprises atteignant les 100 millions de dollars de ventes ! Ce qui lui permet d’acquérir Hyde Windlass Co., National Formetal Co., Bearings Company of America, National Motor Bearing Co., National Seal Co. and Arrowhead Rubber Co. De quoi s’équiper d’un puissant IBM pour gérer tout cela (en 1959 !) d’ouvrir un centre de distribution à l’international, à Anvers, en Belgique, puis en 1965, de fusionner, à nouveau, cette fois avec Sterling Aluminium Products, époque où le groupe reprend le nom de Federal-Mogul Corporation.

L’année suivante, la société s’établit à Southfield et son chiffre d’affaires dépasse les 263 millions de dollars. 6 ans après, pour ses 75 ans, Federal-Mogul comprend quelque 13 500 employés et acquiert Microtech Corp., Avondale Holdings, Inc., Rich Manufacturing Corp., National Grinding Wheel, Metal Removal Co., Carbide & Abrasives Tool Corp., Research Molding, Fox-Niedner Corp. and Taylor Industries, Inc.

De grandes marques entrent dans le portefeuille

Avant d’arriver à ses cent ans, (en 1999), le groupe a atteint les 6 milliards de dollars de chiffre d’affaires et s’est offert, en 1998, deux grands noms de l’industrie automobile, Ferodo et Champion. Deux grands noms et deux belles histoires. Celle de Ferodo remonte à 1897, année où le britannique Herbert Frood développe des matériaux de friction modernes et en commence la production, d’abord pour les charrettes à chevaux. Et très vite pour les voitures, avec des succès emblématiques comme la fourniture des garnitures d’origine pour des voitures de série comme l’Austin 7, en 1922, ou, en 1956, avec la fourniture des premières plaquettes de frein à disque installées sur la Triumph TR3. En 1969, Ferodo se distingue par la création du plus grand centre d’essais de freinage au monde, et, en 1980, par celle des premières plaquettes de frein sans amiante en Europe. Dans les années 2000, on retiendra le lancement de la technologie anti-contrefaçon (2012), la conception des plaquettes Eco-Friction (2014) et le celle de l’hydraulique des étriers et des tambours, en 2015. Sur 10 véhicules fabriqués en Europe en première monte 8 sur 10 sont équipées par Ferodo.

Federal Mogul

Du côté de Champion, l’histoire s’avère tout aussi riche, pour cette marque née en 1915, du nom d’Albert Champion (1878-1927), un français féru de deux roues, s’étant même illustré en remportant la 4e édition du Paris Roubaix ! Sa deuxième passion l’entraîne à fonder, en 1908, la Champion Ignition Company, qui fabrique des bougies d’allumage à Flint, au Michigan, société qui change de nom, l’année suivante en AC Spark Club Company. On retrouvera le AC dans AC Delco… (voir page 16). C’est aussi en 1908, que la Ford T équipée de bougies Champion, est devenue l’un des plus importants véhicules de l’histoire. En 1934, Champion fait ses premiers pas dans l’aviation, et gagne ses lettres de noblesse en 1978, en équipant en bougies d’allumage, la petite Alpine A442 2l de Renault, qui remporta la victoire aux 24 h du Mans sur Porsche. Deux autres victoires consacrent la marque, celle du record de vitesse sur terre avec Thrust 2, équipé d’amorceurs Champion, soit 1018,71 km/h, en 1984, et celle de Fernando Alonso avec sa Renault V10, équipée de bougies Champion, sur la Ferrari de Michael Schumacher, en 2006. En 2013, Champion relance toute sa gamme d’essuie-glaces avec Easyvision et Aerovantage, tout en faisant l’acquisition du centre de recherche et développement et du site de production de Chazelles-sur-Lyon.

Moog, Beru, Jurid et les autres…

Plusieurs marques parmi la vingtaine présente en rechange rappellent toujours aux mécaniciens, qui une course, qui des réparations, qui un renouveau, en tous les cas ne laissent pas indifférents les professionnels. En effet, à la différence de certains grands équipementiers internationaux qui ont laissé disparaître les marques historiques au profit d’un nom générique, Federal-Mogul Corporation a fait en sorte de conserver le nom des marques reconnues, même si le groupe les a chapeautées de l’ombrelle Federal-Mogul Motorparts (cette appellation ayant été adoptée en 2014). On pourrait citer ainsi Nüral, fabricant de pistons pour applications allemandes, depuis 1924, et qui a obtenu son premier contrat en origine avec Ford, ou Payen, né en 1903, sous le nom de Coopers Payen Ltd, en Angleterre, ou encore Glyco, le plus grand fabricant de coussinets au monde, fondé en 1897 à Wiesbaden, en Allemagne, après avoir lancé en 1890 la première rondelle de cuivre – fibre. Il y a aussi Moog, dont la naissance vaut bien quelques lignes.

Grossistes en alcool à Pensacola en Floride, Alva et Hubert Moog doivent arrêter leur activité, suite à la prohibition et, séduits par le potentiel de croissance du secteur automobile, achètent Jenkins-Vulcan Spring Company, en 1919, et la rebaptisent Saint Louis Spring Company du lieu où ils s’installent. S’en suit une longue période de production de pièces de suspension, puis un changement de nom en Moog Industry en 1935, avec l’ajout de nombreux nouveaux produits. Une innovation majeure, en 1950, celle du palier « gusher » qui constitue un nouveau moyen de réduire le frottement des rotules de suspension, sans en compromettre la robustesse, les fait reconnaître pleinement comme acteur majeur. En 1990, sous le nom de Moog Automotive, ils sont rachetés par Federal-Mogul Corporation, et, depuis, sont souvent cités pour leurs victoires en championnats, mais aussi pour avoir équipé le Hummer et surtout, en 2013, pour avoir lancé deux nouvelles pièces : une biellette de barre stabilisatrice et une bague de bras de suspension vertical. Avant de devenir fournisseur officiel de pièces de direction et de suspension de la Nascar ! Federal-Mogul Motorparts, de l’origine à la compétition en toutes choses…    

Hervé Daigueperce

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