Interview Tajeddine Bennis, Président de la Branche Industrie Automobile au sein de l’AMICA

Interview Tajeddine Bennis, Président de la Branche Industrie Automobile au sein de l’AMICA

L’industrie automobile au Maroc gagne en compétitivité. L’implantation de grands constructeurs et le sourcing à partir du Maroc, d’autres sites industriels en Ibérie, donneront un nouvel élan à ce secteur qui est devenu, depuis 2014, le premier secteur exportateur au Royaume. Tajeddine Bennis, Président de la Branche Industrie Automobile au sein de l’AMICA, nous retrace dans cette interview,  l’histoire de cette «sucess story» et évoque les réalisations ainsi que les prévisions du secteur pour les années à venir.

Comment se porte, actuellement, l’industrie automobile au Maroc ?

Il y a plusieurs étapes importantes, dans l’histoire de l’industrie, au Maroc. Le rachat de la Somaca par Renault en est une. Ce qui a permis de démontrer que le Royaume sait faire des voitures de qualité et à un bon niveau de compétitivité. L’export vers l’Europe en est la preuve, d’ailleurs. Après, il y a eu le projet de Renault à Tanger qui a donné une autre dimension car on ne parle plus de produire 50 000 unités mais d’une capacité de 340 000 véhicules, ce qui a permis à Renault d’attirer des équipementiers dans de nouveaux métiers. Les fournisseurs ont suivi le groupe et se sont installés à Tanger, ce qui a profité à Renault qui a pu réduire les coûts logistiques en s’approvisionnant localement en pièces première monte. Ainsi, le site de Tanger, est devenu, plus compétitif, ce qui a poussé Renault à monter la cadence de production. De plus, pour la Logan, Renault source, à partir du site de Tanger, ses autres usines en Colombie, en Argentine, au Brésil, en Russie et en Inde. Ceci a impacté positivement le chiffre d’affaires des équipementiers qui fournissent Renault et les a poussés à recruter localement.

Par ailleurs, l’arrivée de PSA donne un nouvel élan au secteur. Ce constructeur a décidé d’implanter une usine à Kénitra car il est convaincu des opportunités existantes au Maroc. Bien sûr, il y a eu de nouvelles installations qui sont liées aux équipementiers de Peugeot-Citroën, qui ont suivi, car le potentiel est important. En plus des projets d’assemblage de véhicules, les constructeurs, que ce soit Renault, Peugeot, Volkswagen ou Ford, sont dans une logique de sourcing de pièces, à partir du Maroc, pour leurs usines en Espagne. C’est une réelle opportunité pour eux car le Royaume est une alternative à la Turquie ou aux pays de l’Est.

Résultat : ceci a impacté positivement les réalisations du secteur. En 2014, l’industrie automobile était le premier secteur exportateur avec 40 milliards de DH. En 2015, les exportations ont atteint 49,5 milliards de DH et cette année, j’espère qu’on va atteindre 60 milliards de DH à l’export, ce qui fera une évolution de 50% en deux ans.

Quelles sont vos prévisions pour les années à venir ?

Si Renault continue à accroître son activité et PSA s’installe et attire plus d’équipementiers  et  si les premiers sourcing de Ford et Volkswagen vers l’Espagne commencent, cela promet une croissance assez intéressante pour 2017. Je dirais même que les objectifs fixés pour 2020 visant à atteindre les 100 milliards de DH à l’export, seront largement atteints voir dépassés.

Qu’en est-il de la convention organisée par Seat, en octobre dernier, avec les équipementiers ?

Il faut savoir que Seat et Volkswagen ont une capacité d’assemblage de véhicules en Ibérie  de plus de
800 000 véhicules. Sourcer ses usines, à partir du Maroc, aura, donc, un impact énorme sur le secteur. Seat a déjà mis, en place, une équipe projet pour s’approvisionner à partir du Maroc. Lors de la convention organisée, en octobre dernier, l es responsables Achats sont venus concrétiser et acheter.

Quels sont les métiers implantés ? Et quels sont les nouveaux métiers qui sont arrivés ?

Il y avait, traditionnellement deux métiers installés, notamment le câblage et la coiffe de siège. Ces métiers avec l’implantation de Renault et le projet PSA se retrouvent renforcés, car ils bénéficient de tout le tissu de sous-traitance qui est venu pour Renault et PSA. Par ailleurs, Renault, afin de réduire les coûts logistiques, a dû faire appel à des équipementiers pour s’installer, à côté, du site du Tanger, pour lui fournir les pièces volumineuses , à savoir les réservoirs carburant, la planche de bord, le pare-choc, les sièges, l’emboutissage, le système de climatisation et les airbags. Il y a lieu de signaler que ce groupe français a joué un rôle important dans la réussite de ces implantations et l’arrivée de ces nouveaux métiers.

Quels sont les métiers qui nécessitent un coup de pouce pour les implanter?

Ce qui manque actuellement ce sont de petites pièces,  avec beaucoup de valeur ajoutée, pour lesquelles le coût d’importation n’est pas énorme. En revanche, pour l’implantation d’usines, cela nécessite de grands investissements et de gros volumes pour amortir les frais engagés. Avant, même avec l’installation de Renault ce n’était pas suffisant. Actuellement, avec le projet PSA et les volumes de sourcing cela devient possible car on pourrait atteindre une taille critique. Citons, par exemple, le pneumatique, les amortisseurs, un certain nombre de composants de l’intérieur de l’automobile, les pièces électroniques. Je peux vous dire que nous avons les volumes nécessaires pour localiser la production de ces pièces.   

Outre les incitations fiscales, comment l’Etat accompagne les investisseurs ?

Il y a des aides très intéressantes pour tous les opérateurs de l’industrie de l’automobile. Le Fonds Hassan II peut couvrir jusqu’à 15% du montant de l’investissement voire 20% de l’équipement industriel. En plus, dans le cadre du Fonds de développement industriel, il y a des métiers qui ont été identifiés comme étant des métiers pionniers des nouvelles technologies et qui nécessitent une prime d’amorçage pour que le projet soit rentable. Pour ce cas de figure, il y a des aides spécifiques qui peuvent aller jusqu’à 30%. Le métier d’outillage en emboutissage en est un. Plusieurs entreprises en ont bénéficié, à savoir SMOM, Simoldes, etc.

Qu’en est-il du taux d’intégration locale actuellement ? Est-ce que l’objectif de 60% est difficile à atteindre ?

Marc Nasif, Directeur général du Groupe Renault au Maroc, a annoncé le chiffre de 40%. Certes, le taux de 60% était difficile à atteindre, il y a deux ans. Maintenant, c’est tout à fait réalisable. Les petites pièces qui ne sont pas intégrées sont les pièces qui nécessitent plus de volume. Actuellement, PSA est là pour donner plus de volume en plus du sourcing. Là, on avance avec plus de sérénité par rapport à ces métiers.

Après le partenariat Induver-ACG Automotive, est-ce qu’il y a d’autres co-entreprises en cours de finalisation ?

Oui, il y a d’autres co-entreprises qui  sont en cours de finalisation. C’est un bon début. Il faut rappeler que les entreprises marocaines ont investi, traditionnellement, dans le bâtiment où dans des métiers avec un fort de taux de rentabilité et ont boudé l’industrie automobile car il y a un grand niveau d’exigence et moins de profit. Actuellement, avec l’ouverture des marchés, il y a un intérêt palpable de la part des industriels au secteur de l’automobile qui en plus de la rentabilité, leur permet aussi de gagner en expertise et en compétitivité. 

Comment réussir une meilleure adéquation emploi-formation pour répondre aux exigences du secteur ?

Pour ce qui est de la formation, il y a un excellent travail qui a été fait avec l’OFPPT, d’une part, et des écoles d’ingénieurs, d’autre part. D’ailleurs, plus de 90% de nos employés viennent de l’OFPPT. Il y a un travail d’identification des besoins et d’ingénierie de formation que nous avons réalisé conjointement et qui est entrant de déboucher sur de bonnes choses, notamment l’accueil des stagiaires, les formations alternés, l’accompagnement des métiers pionniers dont l’outillage. Par ailleurs, l’OFPPT est en train de mettre en place une école d’outillage, en partenariat avec des équipementiers de l’AMICA et cela devra aboutir à la formation de personnel qualifié de haute technologie. 

Pour conclure, êtes-vous content des réalisations de l’AMICA?

Nous avons tracé une feuille de route avec le Ministère de l’Industrie. Avec la cellule d’animation nous sommes en train de la dérouler. Aujourd’hui nous sommes en train d’en récolter les fruits.  
Nadia Dref

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