Interview

Interview

Mehdi Baumel, Business development director, Delphi Technologies « L’outil de diagnostic est un équipement incontournable »

Quel est le taux d’équipement des garages en matière d’outils de diagnostic en Algérie et au Maroc ?

Difficile de vous donner des chiffres précis à ce sujet. Cependant, ce que l’on constate, c’est que le commun des garages n’est pas équipé en outil de diagnostic. Et cela pour deux raisons : d’abord parce que ce sont des outils qui sont assez onéreux, ensuite parce que le niveau d’éducation du garagiste lambda ne le pousse pas vers ce type d’équipement. Pourtant, l’appareil de diagnostic devient incontournable, car les interventions sur véhicules récents nécessitent son utilisation. Mais cela est presque un luxe et se sont finalement les marques chinoises à bas coût, voire les appareils de contrefaçon, qui pullulent dans les garages de quartier. Il y a donc un vrai décalage entre l’offre des équipementiers et le pouvoir d’achat local, et souvent, malheureusement, le garagiste de quartier va se tourner vers la version la plus abordable.

Ce constat est-il le même dans les centres auto et chez les agents de marque ?

Non, bien sûr, car ces points de service là doivent répondre à des cahiers des charges précis et l’outil de diagnostic en fait partie. Ils sont donc bien évidemment équipés comme il se doit. Mais les centres auto, encore peu nombreux, ne sont pas représentatifs du nombre de garages au Maroc. Quant aux agents de marques, ils utilisent des appareils dédiés à leur marque, pas des outils multimarques.

Il reste donc aux équipementiers un gros potentiel de marché ?

En effet : équiper le garage moyen, au Maghreb, représente pour nous un très gros potentiel. Et plus on avance dans le temps, plus l’outil de diagnostic est important, voire, comme je le disais tout à l’heure, incontournable. En effet, aujourd’hui, plus de la moitié des véhicules circulant au Maghreb nécessitent des interventions requérant un outil de diagnostic. Et dans les grandes régions comme Casablanca ou Alger, ce chiffre est sans doute encore plus important.

Comment faites-vous, alors, pour pousser les garagistes à s’équiper d’un outil de diagnostic ?

On ne l’y pousse pas directement. Nous poussons surtout nos distributeurs locaux à diffuser le message de Delphi Technologies, en le sensibilisant sur l’importance d’éduquer le garagiste, de le former, de l’informer. Le message, en l’occurrence, c’est que l’outil de diagnostic est incontournable et que le métier de la rechange automobile ne consiste plus seulement en de l’achat et de la revente de pièces, mais aussi en de l’expertise technique. Et pour nous, l’acteur qui va pérenniser son entreprise, qu’il soit garagiste ou distributeur, c’est celui qui saura se doter de cette expertise. D’autant que l’outil de diagnostic est aussi un levier pour travailler les capteurs. Or, sans outil de diagnostic, impossible de détecter les pannes sur cette famille de produits. Pourtant, aujourd’hui ces capteurs se changent presque aussi souvent que des pièces mécaniques dans un moteur, d’où l’intérêt de s’intéresser de près aux outils de diagnostic.

Puisque le principal frein au développement des outils de diagnostic est financier, comment aidez-vous les garagistes à investir ?

Nous essayons de travailler main dans la main avec nos distributeurs et nos relais sur place afin de mettre en place des facilités de paiement, en échelonnant sur plusieurs mois le règlement d’un outil de diagnostic. La mécanique est simple : nous faisons des facilités de paiement à nos distributeurs afin qu’ils puissent en faire de même avec leurs clients garagistes. Nous travaillons aussi avec nos équipes marketing, afin que notre positionnement tarifaire soit en accord avec le pouvoir d’achat du consommateur maghrébin.

C’est dans cette optique qu’a été créé le DS Nano ?

Tout à fait. Cet appareil de diagnostic est un appareil d’entrée de gamme à un prix abordable, pour les pays à faible pouvoir d’achat. Cela fait 10 ans que nous vendons de l’outil de diagnostic sur les marchés maghrébins et nous avons créé le DS Nano pour toucher le garagiste de quartier. Du coup, cet outil de diagnostic a un prix plus proche des outils asiatiques. Et pour arriver à cela, nous avons ciblé les fonctionnalités essentielles à un diagnostic de base, ce qui représente tout de même 80 % des réparations chez un garagiste de quartier.

Quelles sont vos autres actualités sur le sujet ?

Depuis un an, nous avons lancé avec notre marque Hartridge, 4 nouveaux bancs d’essai pour les garagistes non autorisés. En effet, concrètement, pour pouvoir intégrer le réseau Delphi autorisé, il faut investir sur des bancs spécifiques dont le prix est de l’ordre de 50 000 euros, en moyenne. Or, beaucoup de garages, spécialisés dans le secteur du diesel, ne peuvent pas faire ce type d’investissement, très lourd. Nous avons donc créé cette offre de bancs pour répondre à la demande des garagistes indépendants qui ne sont pas affiliés, et les ramener vers les équipementiers de 1er rang. Cela rentre dans le package d’outils de garages proposé par Delphi Technologies, à savoir l’outil de diagnostic et le banc d’essai…et tout cela sera visible sur le premier salon de la pièce automobile à Casablanca.  

Propos recueillis par Ambre Delage

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