La ferraille, un mal endémique ?

La ferraille, un mal endémique ?

Pièces de rechange automobile neuves vs ferrailleurs : qui gagne ?

On ne trouve pas moins d’une cinquantaine de ferrailles un peu partout au Maroc. Les plus grandes et les plus importantes de ces ferrailles (aussi bien en termes de volumes de pièces que de nombre de ferrailleurs qui y ont pignon sur rue) sont surtout concentrées dans les agglomérations les plus importantes du Royaume. La ferraille de Salmia à Casablanca, ou encore celle de Yakoub El Mansour à Rabat par exemple, sont les plus grandes et les plus achalandées du Maroc. En termes de pièces de rechange automobiles, on y retrouve à peu près de tout ou presque, et, ce, peu importe le segment, le modèle ou l’année. On estime d’ailleurs à plus de 10 % du marché la part des pièces de rechange commercialisées par les ferrailles au Maroc. Cette part de marché peut même parfois atteindre les 50 % sur certaines parties d’une voiture, notamment celles qui se rapportent à la carrosserie ou encore au niveau des moteurs standards.

Qui achète quoi dans les ferrailles ?

Les clients qui fréquentent les ferrailles au Maroc sont surtout les garagistes de quartiers, des particuliers et des prescripteurs finaux. Mais pourquoi se tournent-ils généralement vers la ferraille ? Tout simplement parce que les prix proposés par les ferrailleurs restent plus alléchants que ceux que l’on retrouve chez les importateurs, fabricants et vendeurs de pièces de rechange neuves. Selon une enquête orchestrée récemment par le GIPAM (Groupement Interprofessionnel Automobile Marocain), les pièces de rechange à la ferraille coûtent jusqu’à 50 % moins cher que les pièces de rechange neuves.

Un état de fait qui ne manque pas d’interpeller les acteurs du marché de la pièce de rechange neuve au Maroc. Et pour cause, ces derniers se sont souvent mobilisés afin de contester une situation qui représente, selon eux, une “concurrence déloyale”. Le terme a été lâché il y a quelques années déjà. Depuis, plusieurs réunions ont été organisées entre les départements ministériels de l’Industrie, du Commerce Extérieur, l’Administration des Douanes et le Groupement Interprofessionnel de l’Automobile au Maroc (GIPAM). Les ordres du jour de ces différentes réunions ont tous abouti à la conclusion suivante : « il est impossible d’aller vers une interdiction pure et simple des ferrailles au Maroc, comme cela est le cas dans des pays comme l’Algérie ou la Turquie ». Pourquoi donc une telle décision est-elle jugée « difficilement tenable » ? Tout simplement à cause du poids économique et social des ferrailles au Maroc, qui font vivre de nombreuses familles. Une interdiction des ferrailles et de l’activité des ferrailleurs conduirait à un véritable « choc frontal » qu’aucune des parties « ne pourrait justifier ni assumer », a-t-il été conclu lors des différentes réunions tenues.

Que faire alors ?

Face à l’impossibilité d’interdire les ferrailleurs d’exercer sous nos latitudes, le seul moyen retenu pour ne pas léser les importateurs et vendeurs de pièces neuves, la décision a été prise de fixer une liste de pièces de rechange qui seraient interdites à la vente chez les ferrailleurs. Derrière une telle décision, on retrouve également d’autres motivations telles que la protection de la santé des consommateurs contre la pollution par exemple, mais aussi la préservation de la sécurité routière ainsi que la défense des intérêts économiques du pays. Cette interdiction concerne déjà certaines pièces de sécurité à l’instar des amortisseurs, des pneumatiques ou encore des plaquettes et disques de freins… Force est de constater qu’au jour d’aujourd’hui, de telles interdictions ne sont que très rarement respectées par la quasi majorité des ferrailleurs au Maroc.

Une décision qualifiée « d’insuffisante » par les vendeurs de pièces neuves…

Une telle décision (encore faut-il qu’elle soit respectée par les ferrailleurs !) est jugée complètement insuffisante par les opérateurs de la pièce de rechange neuve au Maroc. Ces derniers voudraient l’étendre à d’autres composants, notamment au “moteur standard”. L’importation massive au Maroc de moteurs usagés est considérée par les vendeurs de pièces neuves comme susceptible de « creuser davantage les problèmes liés à la pollution de l’air mais aussi à l’insécurité routière sur nos routes ». Les opérateurs de la pièce de rechange neuve ne manquent pas d’ajouter que : « ces importations sont de nature à paralyser complètement l’activité “rénovation moteurs” tout en causant des baisses de volumes et de compétences dans le secteur de la réparation et de la distribution ». Il est clair qu’il ne suffira pas d’interdire l’importation de moteurs standards pour réparer le préjudice que subissent les importateurs, fabricants et vendeurs de pièces neuves au Maroc. Néanmoins, le fait d’encourager leur rénovation dans des ateliers spécialisés aurait des retombées extrêmement bénéfiques pour les fabricants et distributeurs. Ces retombées seraient également énormes pour la création d’emplois dans ce type d’ateliers.

Il convient enfin de signaler que les pièces usagées importées par les ferrailleurs ne sont pas soumises au contrôle de leur conformité par rapport aux normes marocaines par le ministère du commerce et de l’industrie. Pourtant, un tel contrôle est rendu obligatoire par la loi ! « Pire encore, ce sont les importateurs de pièces de rechange neuves qui sont véritablement soumis à ces différents contrôles et non les ferrailleurs ! », s’indigne un vendeur de pièces neuves à Casablanca. Une telle omission pénalise en premier lieu les fabricants et très fortement les importateurs de pièces neuves avec toutes les conséquences imaginables et possibles.  

Mohamed Mounadi

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