La machine tournante n’échappe pas à l’occasion

La machine tournante n’échappe pas à l’occasion

Principalement dominé par les produits d’occasion et le phénomène de réparation, le marché de l’alternateur-démarreur, au Maroc, n’est pas un marché de la machine tournante dans son ensemble, mais plutôt de la pièce. Un marché qui se diversifie au même rythme que le parc roulant marocain.

Alors qu’en Europe, l’échange standard domine très largement le marché des alternateurs démarreurs, au Maroc, c’est tout le contraire. On préfère réparer et remplacer une pièce défectueuse plutôt que de rénover. De fait, les ventes de ce produit que l’on appelle machine tournante, éminemment complexe, se font principalement dans le secteur agricole et les travaux publics qui représentent du coup un fort potentiel de marché. Pourquoi ? Simplement parce que le matériel professionnel est beaucoup plus sollicité et que les conditions de travail, elles, sont particulièrement spécifiques. Or, dès qu’un marché touche à l’industrie, les marocains ont davantage tendance à préférer travailler avec des acteurs reconnus. Pour le véhicule léger, il en va autrement. Le Maroc a la particularité d’être encore très largement dominé par la pièce d’occasion, issue des casses généralement, et l’alternateur-démarreur n’échappe pas à cette règle. De fait, alors que chez ses voisins d’Afrique du Nord, la pièce chinoise est très largement présente, au Maroc, il n’en est rien. Les acteurs de la rechange préférant majoritairement avoir recours à la pièce d’occasion plutôt qu’à la pièce exotique, à tarif égal.

Un marché de la réparation essentiellement

« Il y a très peu d’échange standard, contrairement à ce qui se fait en Europe, mais le marché est détenu à 70 % environ par les produits rénovés. A l’instar du parc marocain qui ne cesse d’évoluer et de se diversifier, le marché des composants (Régulateurs, «balais-charbons», rotor, poulie, solénoïde, …) est en plein développement. Il y a donc une vraie progression de la vente des composants. La fiabilité des machines électriques tournantes, de plus en plus sollicitées compte tenu des équipements des véhicules nouvelle génération, sur les applications récentes a tendance, en revanche, à régresser », explique Georges Mourad, responsable des marchés de l’Europe de l’ouest, du Moyen-Orient et de l’Afrique pour MAHLE Aftermarket GmbH. Le marché marocain de la machine tournante est donc bel et bien un marché de réparation. D’autant que si l’on se plaît à distinguer d’un côté le démarreur et de l’autre côté, l’alternateur, l’on s’aperçoit qu’il existe de vraies disparités entre ces deux produits, n’allant pourtant pas l’un sans l’autre.

Concrètement, en moyenne, les alternateurs sont plus souvent réparés que les démarreurs. Et pour cause, comme leur nom l’indique, les démarreurs ne servent qu’à…démarrer ! Si l’on part du principe qu’un démarreur « tient » environ 10 000 cycles de démarrage, cela suppose qu’il a une durée de vie allant de 7 à 8 ans. Pas vraiment un produit d’usure, en somme. En revanche, les alternateurs, eux, sont beaucoup plus sollicités et peuvent présenter des défauts liés à un nombre très varié de pièces : les courroies, les roulements et autres régulateurs. « De plus, précise Paul Bouabdellah, responsable du Maghreb pour Prestolite Electric, ce sont des systèmes à ventilation interne qui peuvent être sujets à la poussière ou aux fuites d’huile ce qui génère des pannes ». Quand les concessionnaires et les agents font bien leur travail de prévention, l’idéal c’est de changer la batterie, l’alternateur, le démarreur et aussi la courroie pour bien faire ! « Dans les faits, au Maghreb, mais aussi en Europe d’ailleurs, il faut en faire le moins possible car il y a un phénomène de prix. Aujourd’hui, 80 % des interventions c’est de la réparation. Les 20 % qui reste c’est Valeo qui vend le plus d’alternateurs démarreurs sur les VL et qui a un tarif export très attractif », insiste Paul Bouabdellah.

La course aux prix

Si les intervenants préfèrent changer une pièce défectueuse par-ci par-là plutôt que de changer, c’est essentiellement pour des raisons économiques. Le paradoxe c’est que le marché se plaît à faire le grand écart entre les marques premium d’un côté et les marques d’occasion de l’autre.

Pour Georges Mourad les acteurs se répartissent comme suit : « Les casses et l’occasion (Scrapyard) représentent environ 20 % du marché, mais peuvent atteindre 70 %, sur le PL notamment. La disponibilité des produits d’occasion influe directement sur les ventes de produits neufs qui sont peu stockés compte tenu de l’incertitude des ventes. Les pièces neuves, quant à elles, ne représentent que 10 % du marché, tant en rechange qu’en OES ». Ce qui n’empêche pas certaines marques de tirer très correctement leur épingle du jeu, en matière de pièces neuves, à l’instar de Valeo, pour les applications PL en général et pour le moyen tonnage en particulier, de Denso pour les applications asiatiques, de Bosch qui présente la particularité d’être très agressif au niveau des prix ce qui lui permet d’être très souvent bien placé par rapport aux produits «exotiques», ou encore de Mitsubishi Electronic qui est de plus en plus présent sur le PL auprès de Renault Trucks et Volvo notamment.

« A noter que Mahle, nouvel acteur sur le marché marocain, est en phase de lancement principalement sur la gamme agricole (applications Perkins). La stratégie actuelle consiste à se positionner comme « alternative Premium », entre les pièces d’origine dont le coût est élevé, et les produits dont la qualité est incertaine. Nous spéculons bien évidemment sur la réputation de la marque Iskra-Letrika connue de la majorité des intervenants », précise Georges Mourad.

Enfin, le marché maghrébin dans son ensemble présente une particularité qu’il convient de ne pas négliger : le déstockage. Profitant des fermetures d’entreprises, parfois françaises également, les acteurs locaux aiment à dénicher les bonnes affaires vendues en lots sous forme d’enchères. Un phénomène assez présent au Maghreb qui, là encore, montre bien la disparité des marques présentes sur le marché : les marques trouvées dans les casses, les acteurs historiques et Premium et celles qui se retrouvent là par simple concours de circonstance !

Et les locaux alors ?

Force est donc de constater que le marché de l’alternateur-démarreur, en Afrique du Nord, dépend intégralement des importations. En effet, aucun équipementier n’usine de pièces à l’échelle locale. Hormis Delco Remy qui dispose d’une usine, à Monastir, en Tunisie. Usine qui réalise principalement de la rénovation sur des produits destinés à être importés vers… la Hongrie ! Certains équipementiers, pourtant, réfléchissent à l’éventualité de développer un marché local de fabrication de machines tournantes. C’est le cas, notamment, de Prestolite Electric. Jouissant d’un excellent positionnement sur le marché, notamment sur le poids lourd, le fabricant américain se verrait bien poser quelques jalons en Algérie. « Pour ma part, je suis sur un projet avec quelqu’un de la région de Sétif pour fabriquer en local, d’autant que le pays cherche beaucoup à fabriquer sur place un maximum de produits. Évidemment, il s’agirait de faire de la rénovation », confie Paul Bouabdellah. Et si demain, le Maroc accueillait lui aussi une production locale de machines tournantes ?

Ambre Delage

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