L’AFRA mobilise

L’AFRA mobilise

L’association des réparateurs, Afra, donne une bonne leçon à ceux qui prédisent la déroute des mécaniciens face à la montée croissante de la technologie dans les véhicules. Rencontre avec Omar Fafouri, président de l’Afra et lui-même garagiste, « porte-parole » de plus de 1 000 professionnels partout au Maroc.

C’est en 2002 que naît l’Association Fidélité pour les Réparateurs Automobiles du Grand Casablanca, fondée par un groupe de spécialistes dans le domaine automobile, inquiets de voir les véhicules devenir de plus en plus complexes à réparer. Comme le rappelle Omar Fafouri, le président de l’Afra « Nous rencontrions de nombreux problèmes pour intervenir sur les véhicules du fait de l’électronique embarquée et de technologies toujours plus complexes. Nous nous sommes rendu compte qu’il fallait mutualiser nos compétences et nos connaissances pour ne pas se laisser écarter de la réparation du fait de la complexité nouvelle des véhicules. Au départ, nous étions 11 garagistes et mécaniciens et maintenant nous dépassons les mille adhérents travaillant dans tout le Maroc ». L’objectif initial de l’association s’énonce aisément « augmenter le niveau technique des mécaniciens » pour compenser le manque de formation initiale dans des centres de formation professionnelle. « Beaucoup de mécaniciens apprennent leur métier directement dans le garage, ou ce sont des apprentis qui nous arrivent dès la sortie de l’école et qui n’ont pas reçu de formation poussée sur le métier de la réparation de l’automobile », commente Omar Fafouri qui poursuit « si dans le temps, nous pouvions dire après l’examen du problème, il faut intervenir de telle façon et changer telle pièce, aujourd’hui, ce n’est plus possible. Parfois, le mécanicien qui n’a pas eu de cursus de formation entreprend de changer une pièce ou d’intervenir sur un système, alors qu’il ne s’agit que d’un capteur défaillant. Le fond du problème est là, dans le process, dans l’organisation qu’un mécanicien doit suivre pour comprendre la panne, le défaut et intervenir de façon appropriée. Et pour pouvoir intervenir maintenant, il faut des appareils de diagnostic et des formations spécialisées qu’ils ne peuvent pas se financer ». 

Mutualiser les savoir-faire et les outils

Pour pallier le manque de connaissances, l’Afra a contacté de nombreuses sociétés dans le domaine de l’automobile, quelles qu’elles soient (mais toujours de qualité) afin de collecter des informations, que ce soit sur les roulements, sur les lubrifiants, sur les batteries, ou sur tous les composants de l’automobile. « Tout ce qui peut apporter des connaissances est bienvenu et nous partageons ces informations avec les adhérents, les mécaniciens. Il faut préciser un point important qui bloque les mécaniciens ici. Pour accéder à des formations, les mécaniciens doivent détenir un certain niveau d’études (le Bac ou la 4e année) qu’ils n’ont pas forcément, c’est pourquoi nous leur fournissons informations, méthodes, et concepts pour progresser. Nous procédons en suivi de formation, c’est-à-dire que nous notons les points sur lesquels ils doivent travailler et nous les conseillons de manière très pragmatique. Nous n’essayons pas de concevoir des plans, des schémas très compliqués, nous apportons les moyens de réparer et la façon dont il faut s’y prendre » précise Omar Fafouri. « Les centres de formation d’Etat manquent souvent de liens avec les professionnels, de moyens (comme en Europe où les constructeurs et les équipementiers fournissent des véhicules et des pièces pour travailler en réel), que les stagiaires viennent un mois sur site, puis un mois à l’école, ce qui n’est pas efficace. Il faudrait qu’ils alternent par demi-journée de manière à capitaliser en pratique ce qu’ils ont vu en théorie », commente-t-il à nouveau. D’où la nécessité d’apporter des compléments très concrets via l’Afra, par exemple. Cet aspect très pragmatique a conquis nombre de professionnels qui ont en ont entendu parler par les sociétés, par les publicités de l’Afra, et par le bouche à oreille dans les garages. Ces échanges de savoir-faire sont également complétés par des séminaires de formations, des événements sponsorisés par des marques ou des entreprises du domaine automobile « Nous réunissons 200 professionnels autour d’une problématique lors d’événements parrainés par des équipementiers ou des importateurs qui font la promotion de leurs marques et, parallèlement, qui assurent les formations sur les dernières technologies de leur secteur. L’autre intérêt réside dans le fait de promouvoir des marques comme SNR, par exemple, des marques que les mécaniciens ne connaissent pas forcément et qui sont synonymes de qualité. Encourager l’utilisation de pièces de qualité fait aussi partie de notre rôle. »

Encourager l’utilisation des pièces de qualité

Promouvoir la pièce de qualité correspond aussi aux missions que se donne l’association. Il ne s’agit pas de faire de longs discours contre la contrefaçon, mais d’expliquer de manière concrète comment l’utilisation de mauvaises pièces et surtout des pièces de contrefaçon peut revenir comme un boomerang chez le garagiste, comme nous le précise Omar Fafouri « Si un client amène au mécanicien une pièce de contrefaçon et qu’il la monte, il est sûr que le client va revenir se plaindre. Du coup, il va refaire le travail, fournir une bonne pièce, et donc perdre à la fois du temps et de l’argent, sans compter la mauvaise réputation qu’il va récolter ainsi. Parce que la pièce nouvelle, c’est le garagiste qui va la payer, alors que s’il avait pris une pièce de qualité, il n’aurait pas eu de problème et si, d’aventure, il avait quand même un problème, ce serait pris en charge par le fournisseur. Avec les mauvaises pièces, on peut même casser et la pièce et d’autres éléments au cours du montage ! Pire encore, sur les pièces de sécurité, le garagiste peut être tenu pour responsable en cas d’accident, s’il a accepté de monter une pièce de contrefaçon ou de très mauvaise qualité, même si ce n’est pas lui qui l’a vendue. Se retrouver en justice parce qu’on n’a pas dit non à un client qui apporte une mauvaise pièce est trop bête, il faut à tout prix éviter ce risque. » 

De Casablanca au Maroc, tous bénévoles

L’association ne cesse de croître et d’être reconnue par les professionnels tant la publicité se diffuse de garage en garage. Si, dans le nom de l’association, il y a Casablanca, c’est parce qu’à l’origine, les fondateurs étaient à Casablanca et le siège y est toujours, mais cela fait déjà longtemps que les groupes WhatsApp sur lesquels communiquent les adhérents et d’où émanent les demandes d’aides techniques proviennent des quatre coins du Maroc. « Nous pouvons intervenir partout, précise Omar Fafouri, parce que dans les statuts de l’association, il est bien stipulé que nous travaillons dans le Royaume tout entier. On va à Marrakech, à Tanger, à Fès, on répond à des questions venant de Tamanrasset ou de partout ailleurs. C’est aussi cela la force de l’association et son intérêt. Nous avons même un collègue et ami français qui participe à l’association, Jean-Jacques Seignez, un mécanicien qui travaillait avec le GNFA (Groupement national de la formation automobile, un groupe français, ndlr). Nous aurions bien aimé travailler avec le GNFA mais cela supposait de rémunérer les formateurs alors que nous sommes tous bénévoles dans l’Afra. Nos sponsors nous aident pour les frais de fonctionnement comme les déplacements ou les salles, lorsque nous effectuons des rencontres mais seulement pour cela. Nous avons des garages à faire tourner et nous ne sommes pas à l’Afra pour gagner de l’argent, nous le faisons pour la professionnalisation des mécaniciens. D’ailleurs, quand nous nous réunissons pour les séances de formation, nous le faisons les dimanches ou les jours fériés parce que les mécaniciens ne peuvent pas y assister pendant les jours de travail. »

De la passion avant toute chose

Altruiste. De toute évidence, Omar Fafouri l’est comme ceux qui l’entourent au sein de l’association, il est aussi épris du travail bien fait. Ainsi quand on lui demande pourquoi il s’est engagé dans cette aventure, c’est très simplement qu’il répond « L’envie d’améliorer le travail et aussi parce que nous sommes marocains, que les mécaniciens sont marocains et que nous devons continuer à être capables de travailler sur toutes les voitures sans dépendre de qui que ce soit. Cela ressemble peut-être à une forme de nationalisme… J’avais six ans de mécanique comme technicien, j’ai suivi plusieurs formations et je suis désormais spécialiste, aujourd’hui j’ai 30 ou 40 ans d’expérience, pourquoi n’en ferais-je pas profiter les autres mécaniciens. Ça me fait plaisir de faire cela, de former quelqu’un qui ne connaît pas le métier. C’est une chaîne de compétences qui naît de l’amour du métier. Je suis capable de consacrer beaucoup trop de temps à résoudre un problème – qui n’est pas très intéressant financièrement – mais je suis content de trouver la solution et de la partager. J’éprouve du plaisir à partager mes connaissances, à délivrer des informations ou des solutions, et je ne le fais pas pour gagner de l’argent. » Et il revient sur la formation initiale, sur les jeunes qui souhaitent devenir mécaniciens et qu’on devrait mieux accompagner « J’aimerais qu’on puisse aménager pour eux un grand centre de formation dans lequel chaque maison fournirait des véhicules et des outillages complets, avec des tutoriels adaptés, un centre dans lequel on puisse former les futurs mécaniciens ou apporter de nouvelles formations aux mécaniciens. Qu’on arrête d’étudier des schémas électriques complexes et qu’on apprenne à résoudre des formations en situation réelle. Cela suppose d’encourager les entreprises pour qu’ils puissent déduire de leurs impôts les frais qu’ils engagent en fourniture d’équipements ou pour qu’ils accueillent des stagiaires plus facilement. Et il faudrait plus de transparence sur la communication des informations techniques. C’est ainsi que par expérience, nous avons noté que certaines marques de constructeurs ne divulguent pas des informations par souci de confidentialité. Le résultat, c’est que nous détestons ces marques qui ne nous permettent pas d’intervenir sur leurs véhicules et notre réflexe est de les déconseiller à nos clients automobilistes ! »

Du côté du diagnostic…

Spécialiste auto, Omar Fafouri dispose de plusieurs outils de diagnostic. Rien que dans son garage, il en utilise trois dont le dernier un Actia, un outil de marque française qui est très bien pour les véhicules français et allemands. Il se sert aussi d’un Autocom, un outil moins cher qui a l’avantage de ne pas demander de mises à jour chaque année, et d’un Launch. Pourtant, il arrive à intervenir le plus souvent à résoudre les problèmes électroniques sans outils « La plupart du temps, les problèmes sont mécaniques, il est rare d’avoir un problème purement électronique. » Et quand on lui demande si on arrive à facturer les prestations de diagnostic, il répond que oui, qu’il y a plusieurs prix, de 50 à 200 dirhams, ou rien, quand on veut attirer le client. On sent chez Omar Fafouri, le désir permanant de trouver des solutions, d’échanger avec les gens, les automobilistes comme les autres professionnels et de donner une bonne image de son métier, de sa profession, de son pays. Et comme on a pu le voir, il y réussit !

Hervé Daigueperce

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