Le filtre face au Covid-19

Le filtre face au Covid-19

Les effets de la crise sanitaire commencent à mieux se mesurer
sur certaines pièces de rechange. En matière de filtration, l’agilité
des équipementiers leur a permis de s’en tirer avec les honneurs. Et sans surprise, le filtre d’habitacle a été, plus que jamais, dans la lumière.

La crise sanitaire de 2020, qui a la mauvaise idée de se poursuivre en 2021, a forcément eu un impact sur tous les secteurs d’activité. Certains s’en sont tirés sans trop de casse, d’autres moins. Les équipementiers spécialistes de la filtration auraient plutôt tendance à faire partie de la première catégorie. Et pour cause. Comme l’explique Moez Ben H’san, Aftermarket Africa & Middle East Manager chez UFI Filters : « Les filtres sont des produits de nécessité. Malgré le confinement et donc la non utilisation par certains, de leur véhicule, nos ventes sont restées constantes. Les gens ayant « plus de temps » pour eux en ont probablement profité pour faire leurs révisions soit chez les professionnels, soit par eux-mêmes. UFI Filters n’a jamais cessé de livrer ses clients, durant toute la période de confinement. Certains clients préfèrent stocker davantage qu’en temps normal, craignant probablement des ruptures d’approvisionnement, mais notre logistique est toujours au niveau optimal et nos flux de livraisons ne connaissent pas la crise, quelle que soit la famille de filtre ». En effet, si la crise a évidemment généré des demandes erratiques en fonction des périodes de confinement, des réouvertures et des périodes d’incertitude, le secteur de la filtration a finalement été peu impacté par la baisse globale du marché de la rechange. Un constat que font également des acteurs tels que Sogefi (Purflux) ou encore Mecafilter (Solaufil) qui auraient plutôt tendance, de manière générale, à avoir vu leurs chiffres d’affaires augmenter. La raison : une adaptabilité à toute épreuve. 

Des équipementiers opportunistes

Loin de rester attentistes face à cette crise sanitaire qui n’en finit pas, les acteurs de la filtration ont plutôt joué la carte de l’opportunisme. Ces équipementiers ne peuvent plus aller à la rencontre des acteurs locaux pour valoriser leurs produits ? Qu’à cela ne tienne. Ainsi : « La distanciation a certes changé certains de nos modes de fonctionnement avec nos distributeurs, mais nous avons continué à les livrer et à leur apporter toujours plus de supports. Et nous avons mis à profit les contraintes liées au Covid, pour travailler à l’adaptation de nos formations en présentiel sur des modules digitaux dynamiques. Ces formations permettent de renforcer et certifier les connaissances des collaborateurs et réparateurs et aussi d’améliorer la performance commerciale des équipes », explique, par exemple, Bertrand Lormier, Export Manager de Sogefi Group. Mieux : pour pouvoir séduire les distributeurs et réparateurs alors que la distance peut être un frein au développement commercial, Sogefi a également joué la carte de l’exclusivité en proposant à la rechange indépendante des produits d’origine peu après leur lancement en série, à l’instar des filtres diesel pour les moteurs Renault/Nissan 1.5dCi, qui sont fabriqués au Maroc et que l’équipementier est le seul à proposer en IAM.  

De son côté, Mecafilter, lui, a profité de l’assouplissement des règles d’importation entre la Tunisie et l’Algérie pour capter une nouvelle clientèle sur ses filtres à huile et à gasoil. « En Algérie, jusqu’à fin 2020, nous ne vendions que des filtres à air et des filtres d’habitacle made in France car il n’y avait pas de droits de douane. Mais depuis, les droits de douane sur nos produits fabriqués en Tunisie et exportés en Algérie sont tombés à zéro. Donc finalement, le 1er impact n’est pas lié à la crise mais à cette histoire de droits de douane car cela nous a permis notamment de gagner de nouveaux clients et nous estimons que notre chiffre d’affaires devrait ainsi doubler en 2021 », anticipe Riadh Abdelkefi, directeur général de Solaufil. Une hausse qui devrait également être générée par le retour de la marque Lautrette, très appréciée sur le marché algérien, ainsi que par l’augmentation très significative des frais de transport depuis la Chine. « Ces coûts vont être multipliés par quatre. Du coup avec la filtration qui est un produit léger, qui ne chiffre pas et qui est volumineux, il y a des chances pour qu’il y ait moins de produits chinois de filtration sur le bassin méditerranéen dans les mois qui viennent », espère Riadh Abdelkefi.

Le filtre d’habitacle : un must have renforcé par la crise sanitaire

C’est un fait : « Le marché nous témoigne de l’intérêt malgré la rude concurrence. Nous avons notamment été les acteurs d’un bon résultat, bien au-dessus de la moyenne, en obtenant une augmentation à deux chiffres concernant la filtration des habitacles. Les autres familles de produits ont enregistré une croissance plus modérée, à la fois dans le secteur du carburant et d’huile, sauf les versions « écologiques » qui connaissent une nette progression », explique Moez Ben H’san. Et en effet, dans le vaste monde de la filtration, s’il y a bien un filtre qui tire son épingle du jeu, c’est le filtre d’habitacle. Surtout en ces temps de crise sanitaire. Depuis quelques années déjà, ledit filtre, responsable de l’assainissement de l’air dans les habitacles des véhicules, connaît une croissance régulière. Mais la peur du virus lui a sans doute permis de se démarquer un peu plus encore l’année dernière. Au point que les spécialistes du marché de la filtration sont animés d’une certitude : le filtre d’habitacle devrait, à l’avenir, devenir un produit incontournable, y compris sur les marché d’Afrique du Nord qui, jusque-là, étaient un peu moins réceptifs à ses bienfaits. Car si depuis de nombreuses années, les équipementiers évangélisent sur l’aspect « bouclier » contre les éléments extérieurs néfastes (pollution environnementale) du filtre d’habitacle, leur communication prend désormais un nouvel angle : changer son filtre d’habitacle avec plus de régularité, c’est aussi se prémunir contre les formes de pollution sanitaire. CQFD. De fait, pour Moez Ben H’san : « Les filtres d’habitacle sont la famille de produits la plus dynamique en termes de volume et de chiffre d’affaires. Ce segment de produit a connu au cours des dernières années une croissance à deux chiffres. Nous considérons que cette année, rien que les filtres pour habitacle contribueront à la croissance prévue pour tout le chiffre d’affaires de l’aftermarket en Europe. Une augmentation qui sera également à attribuer aux nouvelles lignes de production et au développement du media filtrant de nouvelle génération, le filtre ARGENTIUM ».

Le « truc en plus » qui vient soutenir le filtre d’habitacle

Sans compter que le marché du filtre d’habitacle pourrait également bénéficier d’un léger coup de pouce, indirect, de produits qui ont fait leur apparition dès le début de la crise sanitaire : les systèmes de désinfection des habitacles automobiles. Spray, lingettes, purificateur ou encore désinfection par UV…ces produits virucides ont fait une percée magistrale sur les marchés du monde entier et des équipementiers que l’on n’attendait pas vraiment sur le sujet se sont engouffrés dans la brèche tels que Bardahl, Berner ou encore Actia. Or, pour Bertrand Lormier : « Ces produits font prendre conscience de l’importance pour la santé de l’air respiré dans l’habitacle et concourent indirectement à la mise en avant des filtres pour maintenir cette protection ». 

Si les équipementiers spécialistes du filtre n’ont pas, pour l’heure, de velléités à conquérir ce marché-ci, ils n’en restent pas moins attentifs aux nouvelles opportunités qu’il pourrait engendrer. Ainsi : « Ce sont des produits qui ne viennent pas pour les mêmes raisons car le filtre d’habitacle filtre l’air à l’entrée de la voiture alors que ces produits sont faits pour nettoyer les intérieurs et les désinfecter », souligne Riadh Abdelkefi. Une nuance dont le directeur général de Solaufil envisage de tirer profit. Demain, donc, il se pourrait bien que les distributeurs français du groupe bénéficient d’une offre promotionnelle combinant la gratuité d’un système de purification d’air pour habitacle GoPure de Philips pour tout achat d’une quantité prédéfinie de filtres d’habitacle. Offre qui pourrait peut-être s’étendre à d’autres acteurs du marché et à d’autres solutions de désinfections sur les marchés d’Afrique du Nord ? La question reste entière, mais n’est pas totalement dénuée de sens.

Ambre Delage

Réagir

Your email address will not be published.