« Les garagistes membres n’achètent que les pièces de rechange de qualité »

« Les garagistes membres n’achètent que les pièces de rechange de qualité »

Créée en 2007, l’AMRA est l’une des associations les mieux organisées au Maroc. Le nouveau bureau qui a repris le flambeau, il y a près d’une année, a lancé de nouveaux projets structurants pour la profession et la région. Détails.

Rechange Maroc :

L’AMRA chapeaute en partenariat avec la Chambre de Commerce et de Service de Rabat et Kénitra le projet de mise en place d’un parc d’activité économique dédié à l’automobile et la réparation automobile. Que comptez-vous faire ?

Yassir Sebbar :

Notre objectif est de soulager la ville de Rabat des métiers nuisibles et de structurer une activité non structurée jusqu’à présent et aussi d’assurer pour le client final un service aux normes. Nous travaillons sur la mise en place d’un label de la Chambre dédié aux entreprises qui seront installées au sein de ce parc d’activité. Le garagiste pourra, ainsi, fidéliser le client et regagner sa confiance.

Outre les garagistes, seront présents au niveau de la plateforme les assureurs, les banques, les experts assermentés, en plus des distributeurs de pièces de rechange. Ce qui va barrer la route à la commercialisation des produits contrefaits ou issus de la contrebande.

Pour la petite histoire, au début des années 2000, nous avons vécu des moments difficiles vu que des vendeurs de pièces de rechange, au niveau de la ville de Rabat, commercialisaient des produits contrefaits ou issus de la contrebande. Ces opportunistes bradaient les prix proposant des réductions allant jusqu’à 60% de la valeur réelle des pièces d’origine. Ils vendaient des centaines de milliers de DH par jour, tellement ils avaient un succès fou. Ceci nous a porté préjudice. Bien sûr, nous ne sommes pas restés les bras croisés, nous avons fait des réclamations auprès de nos fournisseurs Casablancais qui ont fait appels aux équipementiers européens pour initier des formations afin de faire la distinction entre la pièce d’origine et celle falsifiée. Ceci a donné ses fruits, actuellement les garagistes membres de l’AMRA n’achètent que les produits de qualité.

Où en est actuellement la mise en place de ce parc d’activité ?

Nous avons soumis le projet au Ministère du Commerce et de l’Industrie, sous la houlette de la chambre du commerce et d’industrie qui l’a soumis dans le cadre d’appel à manifestation d’intérêt (AMI), l’année passée. La commission a statué en faveur de ce projet qui a été qualifié de prioritaire. Ce projet vise, à la fois, à recadrer le secteur de la réparation et de la maintenance, à respecter l’environnement et à valoriser le capital humain.

Le parc englobe une mosquée, une infirmerie, un espace dédié à la restauration et un centre de formation professionnelle de l’OFPPT pour un meilleur perfectionnement technique et technologique. Les étudiants pourront bénéficier de stages et les garagistes pourront bénéficier d’une formation continue. Pour couronner le tout, le parc abritera une station de traitement des déchets solides et liquides des garagistes qui sont très nocifs. Nous avons approché le Ministère de l’Environnement qui nous a confirmé qu’une fois validée l’acquisition du terrain, il prendra en charge la mise en place de cette station d’épuration.

Comment se fera le montage financier de ce projet ?

L’association va prendre en charge l’acquisition du foncier, aux alentours de 10 millions de DH. Nous avons sollicité le Ministère du Commerce et de l’Industrie pour le financement à hauteur de 20 millions de DH et la Région aux alentours de 20 millions de DH. Les intervenants à caractère commercial, notamment les banques et les assureurs seront, également, mis à contribution. La Chambre sera la gestionnaire de ce parc.

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Avez-vous trouvé le terrain ?

Nous sommes encore à la recherche du foncier. Nous avons trouvé un terrain de 6 hectares qui englobe une partie inondable, ce qui a poussé l’Agence d’aménagement de la rive de Bouregreg à opposer son refus. Toutefois, l’agence nous a suggéré de trouver un terrain un peu éloigné de la rive de Bouregreg. Nous avons déniché un autre terrain appartenant au Ministère des Habous qui a été cédé à la Mairie de Rabat. Nous sommes en pourparlers avec cette dernière.

Nous avons décidé d’acheter le terrain et de louer aux garagistes et autres opérateurs pour barrer la route aux spéculateurs. Ceci nous facilitera également une meilleure gestion du parc. Ainsi, celui qui ne respectera les normes établies se verra chasser du parc et remplacé par un autre professionnel plus sérieux. L’argent issu de la location couvrira les frais de gestion du parc et financera d’autres plateformes dans la région.

Combien d’opérateurs abritera le parc d’activité ?

Nous sommes partis sur
160 lots sur 6 ha. Il faut savoir que Rabat regroupe 800 garages dont seulement 300 qui sont déclarés et détiennent un registre de commerce. Ces unités sont éparpillées dans les quartiers de la capitale alors que ce sont des métiers nuisibles pour la santé et l’environnement.

Le métier de garagiste est un métier noble. A valeur d’aujourd’hui, il n’y a pas de cahier de charge ni d’autorisations octroyées, en dehors des zones industrielles. Résultat, le garagiste se retrouve à la merci des voisins qui se plaignent de la pollution et des visites inopinées de la police de l’environnement.

Quels sont les axes prioritaires de l’AMRA ?

Le deuxième volet sur lequel nous travaillons, au sein de l’AMRA, c’est la formation continue des garagistes en matière de technologie, à travers des partenariats avec les importateurs et les grossistes de la pièce de rechange qui proposent un accompagnement technique et un transfert de savoir faire. Un bon montage de la pièce de rechange permet une longue vie à cette dernière. A ce titre je sollicite les équipementiers de nous faire bénéficier davantage des formations techniques.

Malheureusement, les concessionnaires ne respectent pas le transfert technologique vu que le diagnostic des véhicules se fait via ordinateur qui est relié avec la maison mère ou un centre de maintenance installé en Europe ou en Asie qui demande au technicien marocain de changer telle ou telle pièce sans donner plus de détail. Ce dernier devient un simple exécutant, ce qui est une mauvaise chose.

Quid de votre partenariat avec les organismes de formation ?

L’association créée en 2007, a mené depuis cette date, un programme de formations jusqu’en 2011, en partenariat avec l’ENSET. D’une durée d’un an, 67 lauréats recevaient leurs diplômes annuellement. Ce cycle a été malheureusement arrêté. Depuis une année, l’AMRA a établi un partenariat win-win avec l’OFPPT. Par ailleurs, nous allons démarrer une formation diplômante pour les garagistes membres de l’association. Chaque membre peut parrainer deux personnes de son choix.

A votre avis, que faut-il faire pour mettre à niveau les garagistes ?

Le modèle de parc d’activité économique pour l’automobile est le meilleur modèle pour venir à bout des problèmes et des dysfonctionnements existants. Par ailleurs, l’AMRA fait profiter d’autres acteurs de son expertise. A titre d’exemple, le maire de Kénitra veut dupliquer le parc d’activité économique. Il nous a contactés pour tirer profit de notre expérience. Il a dédié un terrain sur 6 hectares, à cet effet. Les travaux de voiries sont en cours. Nous avons été, également, approchés par le président de la Commune de Témara qui est en train d’assainir un terrain de 2 hectares pour y loger les garagistes et libérer les quartiers. Nous ne monnayons pas notre intervention, nous sommes une association citoyenne. L’Etat a les moyens de faire réussir ces initiatives. Le Ministère de l’Industrie et du Commerce nous a accueillis à bras ouverts, à bras ouvert. Il est prêt à nous accompagner dans le cadre de la recherche du financement. Idem pour le ministère de l’Environnement, sans oublier l’accompagnement de la Chambre de Commerce et de l’Industrie de Rabat-Kénitra. 

Propos recueillis par Ambre Delage

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