Les importateurs des pièces de rechange montent au créneau

Ils pointent du doigt le rallongement des délais de contrôle à l’importation, la mainmise des industriels sur le CETIEV, la concurrence déloyale des ferrailleurs, la contrebande et la réactivation de la contrebande.

Après une longue période de silence, les importateurs des pièces de rechange laissent libre court à leurs ras-le-bol. Lors d’une conférence organisée, en marge du salon Serv’auto, qui s’est tenu du 1er au 4 décembre, à Casablanca, les professionnels ont contesté les statistiques avancées sur la contrefaçon qui stipulent qu’environ 80% des pièces de rechange sont non conformes aux normes de sécurité. «Nous mettons en doute ces déclarations. Certes, il y a des problèmes de contrebande et de contrefaçon, mais les chiffres avancés sont trop exagérés et n’émanent d’aucun organe officiel», a avancé Mohamed El Housni, Directeur général de Copima. Temporisant Omar Magoul, directeur du salon Serv’Auto, a souligné, à son tour, qu’il n’existe aucune étude fiable et que l’unique source disponible est celle du Comité national de la propriété industrielle et anti-contrefaçon qui estime entre 20% et 30% la part de la contrefaçon sur le marché de la pièce de rechange, surtout pour les produits provenant de la Chine et dont l’emballage se fait au Maroc. Il s’agit de pièces tels l’embrayage, le freinage, les segments et surtout il s’agit de la reproduction à l’identique. Aussi, ce sont les grandes marques qui sont touchées.

Rallongement des délais du contrôle et réactivation de la contrebande

Les professionnels ont également pointé du doigt les délais jugés « trop longs » imposés par le Centre technique des industries des équipements pour véhicules (Cetiev). En plus de payer 40 000 DH au lieu de 5 000 auparavant, par importation, les importateurs se trouvent contraints de patienter jusqu’à 60 jours, avant la délivrance des résultats du contrôle. Cela implique des frais supplémentaires de magasinage et de location de conteneur, entre autres. Résultat, cela impacte le prix final qui peut grimper jusqu’à 50% de plus et qui est supporté par le consommateur final. Les importateurs, précisent également qu’à ce jour, la plupart des contrôles effectués ont reçu des accords positifs. «Nous sommes d’accord pour le contrôle qualité, mais nous demandons à ce qu’il soit élargi à toutes les importations pour laisser plus de places aux entreprises structurées qui importent des pièces de rechange de première monte. Nous demandons également le contrôle, à posteriori», a martelé Aziz Dich. Et d’ajouter : «ce qui est malheureux, c’est que cela a contribué à une réactivation de la contrebande en provenance de Nador».

Concurrence déloyale des ferrailleurs

Les importateurs de pièces de rechange ont pointé du doigt une concurrence déloyale de la part des ferrailleurs, qui «ne payent pas de charges et vendent les pièces de rechange sans aucun contrôle», a souligné Aziz Dich, directeur commercial chez NTN-SNR Maroc. Et d’ajouter : «entre les concessionnaires et la ferraille, nous n’avons plus de place pour importer certains produits». Même son de cloche chez Mohamed El Housni: «une aberration ! Le Maroc est le seul pays au monde qui importe de la ferraille».

A signaler qu’au Maroc, le développement des ventes de pièces de rechange issues de la ferraille échappe, à tout contrôle. «C’est l’informel total. C’est pour cela que l’assainissement du marché nécessite une refonte intégrale de la ferraille», a proposé Omar Magoul.

Les doléances des importateurs

Les professionnels demandent à l’Etat de prendre les dispositions nécessaires pour bloquer l’informel et contrôler directement le CETIEV. Des discussions sont en cours avec le Ministère de l’Industrie et du Commerce pour trouver une issue à ces problèmes de contrebande, de contrefaçon et de délais de contrôle. Et pour mieux faire entendre leurs voix, les importateurs ont décidé de créer une nouvelle association qui pourra mieux défendre leurs intérêts. « Malheureusement, l’AMICA, dans laquelle nous sommes membres connaît des luttes intestines. Nous constatons que les industriels, ont la mainmise sur le CETIEV, ce qui induit un conflit d’intérêt», ont affirmé les importateurs, présents à la conférence.

Pour rappel, le secteur de la rechange automobile est composé essentiellement de petites et moyennes entreprises et emploie près de 400 000 emplois. Le nombre des importateurs et des revendeurs avoisine les 10 000 entreprises. Quant au chiffre d’affaires du secteur, il est estimé à plus de 8 milliards de DH.  

Nadia Dref

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