Mounir Ait Aissa, responsable Afrique Francophone et Georges-Henry Descos, Responsable marketing EMEA de Tenneco.

Mounir Ait Aissa, responsable Afrique Francophone et Georges-Henry Descos, Responsable marketing EMEA de Tenneco.

Leader du marché de l’amortisseur en Afrique du Nord, la marque Monroe de Tenneco, œuvre au quotidien pour sensibiliser les automobilistes sur le rôle de l’amortisseur et pour que les amortisseurs d’occasion ou bricolés disparaissent totalement du paysage.
Le point sur un marché ultra-dynamique qui n’est pas prêt d’arrêter sa course.

Quelle est la photographie du marché des amortisseurs au Maghreb ? 

Le marché de l’amortisseur est en constante évolution en Afrique du Nord avec un parc automobile de près de 10 millions de véhicules cumulés pour le Maroc et l’Algérie. Dans le détail, le parc algérien, dont la moyenne d’âge est de 15 ans, compte plus de 6 millions de véhicules. Quant au Maroc, l’âge moyen du parc est de 11 ans et compte 3,5 millions de véhicules. Tenneco-Monroe est le leader sur ces deux pays. Nous estimons le marché global, c’est-à-dire l’ensemble du système de suspension (amortisseurs et pièces de châssis) à environ 30 millions de dollars de chiffre d’affaires : Environ 20 millions pour l’Algérie et 8 à 10 millions pour le Maroc.

Quelles y sont les opérations les plus courantes sur l’amortisseur en particulier ?

Ce qui est indéniable, c’est que l’automobiliste doit remplacer l’amortisseur dès qu’il est usé, il n’y a pas d’autres alternatives. Et il doit absolument refuser les amortisseurs reconditionnés. Or, en Algérie, le phénomène de casse existe sur ces produits. Quant au Maroc, ce pays est doté de ce que l’on appelle des « faiseurs d’amortisseurs », c’est-à-dire des personnes qui percent l’amortisseur, le vidangent, le remplissent d’un nouveau fluide et le mettent sous pression. C’est donc un amortisseur bricolé qui a été ouvert et qui, par conséquent, est dangereux. Ceci étant, qu’il s’agisse de la casse ou de ces faiseurs d’amortisseurs, ce sont des catégories infimes du marché, mais ils existent et il faut impérativement sensibiliser les automobilistes à cela. Sur certains marchés de la pièce automobile, il y a des recycleurs qui vendent des amortisseurs qui ont 150 000 km à leur actif !

De fait, en tant qu’équipementier, nous préconisons un remplacement global, par paire, avec un produit neuf. L’utilisation de pièces d’occasion peut endommager les freins, les pneus et la sécurité du véhicule… d’où l’importance de se rapprocher de vrais professionnels pour un bon diagnostic et un bon remplacement.

Le marché nécessite-t-il la vente d’amortisseurs plus résistants eu égard à l’état général des infrastructures routières ?

Contrairement aux idées reçues, le réseau routier au Maghreb est parmi les meilleurs du continent africain après celui d’Afrique du Sud, d’autant que la route est le principal mode de déplacement des marchandises. Les nouvelles routes comme l’autoroute Nord-Sud en Algérie et l’autoroute des Hauts-Plateaux en Algérie ou les toutes dernières infrastructures au Maroc comme le pont à haubans considéré comme le plus long d’Afrique sont des projets concrets et cela va sans doute ouvrir ces deux pays aux autres pays du continent.

De fait, Monroe développe des amortisseurs de qualité qui sont soumis à des normes précises qui sont homologuées Constructeur, et qui sont les mêmes que partout dans l’EMEA. Nous commercialisons donc les mêmes gammes en Afrique du Nord qu’en Europe. Nous avons juste un mix légèrement supérieur en Original (gamme équivalente à l’Origine) et sur la gamme 4×4 et VUL, mais aucun tarage spécifique pour ces pays.

L’amortisseur est-il au Maghreb un marché du kit ?

Non, l’amortisseur n’est pas un marché de kit. Si la biellette est usée, il faut la changer. Si l’amortisseur est usé, il faut le changer. Évidemment, à la conduite, les automobilistes ont tendance à s’adapter à l’usure de l’amortisseur mais cela engendre l’usure des pièces périphériques et ça, les professionnels y sont habitués.

Avez-vous constaté des améliorations en termes de taux d’intervention sur les amortisseurs depuis les installations d’enseignes telles que Speedy ou Midas ?

Avant la venue de ces enseignes, nous avons toujours œuvré auprès de nos réseaux en leur expliquant que la vérification des amortisseurs se fait tous les
20 000 km et que le remplacement intervient à partir de 80 000 km.
Les automobilistes y sont sensibles, mais nous n’avons pas de véritables chiffres sur les taux de remplacement. Nous savons simplement qu’il arrive que certaines voitures gardent leurs amortisseurs jusqu’à 150 000 voire 200 000 km ! Par conséquent, nous nous doutons que le taux d’intervention est bien supérieur à 80 000 km.

Notre rôle est donc de rappeler les basiques et le rôle de l’amortisseur sachant que cela dépend aussi beaucoup du comportement routier.

Ces enseignes ont pris des parts de marché aux garagistes traditionnels. L’automobiliste est devenu très exigeant en matière de services et de produits et ces enseignes ont été accueillies à bras ouverts. Cela a poussé les garagistes traditionnels à se perfectionner. Ils ont le métier, les compétences techniques, mais ils ont travaillé également leur taux de service. Aujourd’hui, la seule différence entre les deux, c’est la taille des ateliers. Et cette réaction positive des garagistes face à l’offensive des enseignes a dopé les ventes d’amortisseurs en rechange. Mais il faut bien distinguer le marché des enseignes et le marché des traditionnels et clairement, cela a tiré le marché vers le haut aussi bien en Algérie qu’au Maroc. Ceci étant, en Algérie, il y a un réel problème de place et comme le cahier des charges de Midas ou Speedy exige de vraies infrastructures, le développement de leurs points de vente est un peu plus long.

Quels discours les professionnels locaux de la réparation tiennent-ils auprès des automobilistes pour l’entretien de leurs amortisseurs ?

Le discours est toujours cohérent et professionnel car ce sont des experts dans le domaine et ils ont un très bon niveau de mécanique. Nous nous appuyons également sur un réseau de distributeurs qui nous soutiennent dans cette pratique. Notre équipe technique qui est joignable par Skype, par mail et par téléphone leur permet vraiment de leur apporter les bonnes réponses. La plateforme technique Tadis est aussi d’un grand support et gratuit bien sûr…Par exemple, sur certains modèles, il faut enlever le siège arrière pour changer l’amortisseur et bien cela, c’est une astuce que l’on retrouve sur la plateforme Tadis (http://eu.monroe.com/fr-emea) qui est gratuite et couvre tout notre catalogue produits. Tenneco ne fait pas que de la vente, il met un point d’honneur à faire également du soutien technique et de la prévention routière.

Des projets de co-entreprise existent-ils, notamment au Maroc, entre fabricants locaux et grands groupes internationaux ?

Pour nous, c’est vrai, ces deux marchés sont très importants. Mais pour y faire des investissements, il faut un cahier des charges montrant que l’on peut remplir l’usine. A mon niveau, l’information dont je dispose c’est que l’on n’envisage pas de partenariat de ce type et je n’ai pas connaissance d’un projet pareil sur l’amortisseur en Algérie ni au Maroc…d’autant que c’est un investissement qui est assez lourd sur ce genre de pièces.

La question de l’amortisseur piloté est-elle d’ores et déjà abordée sur les marchés du Maghreb ? De quelles manières l’anticipez-vous ?

L’amortisseur piloté, en rechange, ce n’est clairement pas un gros marché… Aujourd’hui, il s’agit d’un produit réservé à certains véhicules haut de gamme et en option en 1er monte. C’est donc typiquement un marché de niche sur lequel nous n’axons pas notre développement. Cependant nous disposons au catalogue du Monroe CES, un amortisseur piloté, disponible pour de grosses routières premium ou des SUV. En revanche, notre solution immédiate pour ce type de demande très exigeante, c’est l’OESpectrum, qui est maintenant disponible, qui offre les quasiment les mêmes sensations qu’une suspension pilotée, alors que c’est un amortisseur mécanique très évolué (plus d’informations sur http://monroe-oespectrum.com/fr/).

De quelles manières les professionnels tels que vous militent-ils afin que les contrôles techniques locaux sur l’amortisseur soient plus efficaces ?

Pour le moment, nous ne sommes pas actifs au niveau des contrôles techniques dans ces deux pays. Nous avons un projet dans ce sens pour 2018, afin de fournir aux centres de contrôles techniques des affiches simples, et être présents auprès de la sécurité routière. Le contrôle technique considère la suspension en général mais ne peut pas isoler l’amortisseur lui-même. La voiture monte sur le pont et le contrôleur regarde si la suspension est bonne, mais on n’isole pas l’usure de l’amortisseur. Il faut donc retourner chez le garagiste pour savoir quel organe est défectueux. A notre niveau, nous avons un banc test amortisseur que nous avons mis à disposition de nos clients gratuitement en Algérie, au Maroc, ainsi qu’en Tunisie. Pour l’Algérie, à l’initiative de Radio Bahdja et avec le soutien de la direction de la Prévention Routière, nous avons participé à une caravane contre le fléau des accidents de la circulation qui a sillonné tout le pays et a eu un succès énorme succès.

Les professionnels de la réparation et de la distribution seraient-ils d’après vous sensibles à la mise en place d’un collectif de type Secur ?

Un « Secur » Afrique du Nord pourrait en effet être un projet qui donnerait de très bons résultats. L’écueil c’est que si Tenneco est présent sur les 3 pays, ce n’est pas forcément le cas des autres équipementiers. Or, pour pouvoir se regrouper autour d’un collectif, il faut qu’il y ait beaucoup d’intervenants pour avoir les ressources humaines et financières nécessaires. Ceci étant, je pense à ce projet car cela ne serait pas dénué d’intérêt. Nous pourrions ainsi participer au développement d’activités, à la systématisation des contrôles qualité aux frontières, rencontrer les pouvoirs locaux et avoir la voix qui porte… Mais pour cela, il faut que l’on soit présent physiquement sur le territoire, avec une équipe, un collectif qui soit capable d’activer et dynamiser cela.

Quels paris faites-vous aujourd’hui sur le marché de l’amortisseur au Maghreb ?

La tendance est positive sur le marché de la suspension et comme nous sommes leader en Afrique du Nord, nous voulons faire en sorte de tirer le marché vers le haut en sensibilisant les automobilistes et en informant nos partenaires et nos distributeurs très fidèles et engagés auprès de nous.   

Propos recueillis par Ambre Delage

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