Quand le pneu chinois envahit le marché marocain…

Quand le pneu chinois envahit le marché marocain…

Les acteurs historiques du pneu ont du mal à contrer la concurrence des chinois sur bon nombre de leurs marchés en Afrique et notamment au Maroc. Dépassés par la percée du pneu chinois, ils tardent à développer une stratégie grand public, préférant plutôt miser sur certains segments de niche, tels que le poids lourd ou le génie civil. Selon certains professionnels du secteur, les pneus chinois totalisent un peu plus du tiers des pneus neufs vendus au Maroc. Ils représentent une alternative importante face au succès du pneu d’occasion sous nos latitudes et qui est importé souvent au marché noir depuis des pays tels que l’Espagne. « Neufs, les pneus chinois sont proposés quasiment au même prix que des pneus d’occasion et sont largement préférés aux pneus rechapés, qui ont tendance à éclater ou à se déchirer du fait de la chaleur ou du mauvais état des routes et qui sont susceptibles de provoquer des accidents », nous explique un revendeur de pneus à Casablanca.

Les fabricants historiques tentent de réagir

Pour contre-attaquer cette importation massive de pneus chinois au Maroc et dont la politique des distributeurs se résume à la vente à tout prix, les fabricants historiques tentent timidement de brandir la carte des exigences de sécurité et de durabilité. Certains d’entre eux, à l’instar de Michelin, vont même jusqu’à miser sur le service et l’accompagnement des clients. Le constructeur clermontois travaille déjà à former et à épauler ses distributeurs au Maroc. Il avait annoncé aussi, en mars dernier, son ambition d’ouvrir en 2018 une division Afrique, alors que ses activités pour toute l’Afrique du Nord étaient gérées depuis Dubaï. Comme Continental en 2016, le géant japonais Bridgestone vient d’ouvrir une plateforme commerciale à Casablanca en juillet dernier. La firme avait testé, il y a quelques années, un pneu d’entrée de gamme nommé Matador, et qui était fabriqué en République Tchèque. Malheureusement, ce pneu restait tout de même encore trop cher pour le marché marocain en comparaison avec l’offre chinoise en la matière. Aujourd’hui, Bridgestone est en train de réfléchir au lancement, l’année prochaine, d’un pneu low-cost qui sera parfaitement adapté aux routes africaines.

Le réseau de distribution, une véritable arme de guerre

D’autres fabricants de pneus, à l’instar de Continental, entendent étoffer leur canal de distribution au Maroc auprès des stations-service notamment. Est-ce suffisant ? Ce qui est sûr c’est que si les grandes marques résistent encore face à l’affluence massive des pneus chinois au Maroc, c’est surtout grâce à leurs réseaux de distribution. Il convient de rappeler l’opération de rachat du géant italien Pirelli (pour un montant de 7,1 milliards d’euros) effectuée en mars 2016 par le chinois ChemChina. L’objectif d’une telle opération pour le groupe chinois est de s’adjuger l’unité de production de Pirelli en Egypte, ainsi que les entrepôts de la marque italienne en Afrique du Sud. Une telle acquisition permet à terme à ChemChina de profiter d’un important réseau de distribution en Afrique, lui donnant la possibilité un jour d’y accoler une production massive de pneus low-cost à destination de marchés africains importants tels que le Maroc.   

Mohamed Mounadi

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