Quand les centres auto révolutionnent le filtre

Quand les centres auto révolutionnent le filtre

En à peine une poignée d’années, les centres autos venus s’implanter dans le Royaume du Maroc ont métamorphosé la rechange automobile, tant dans son organisation que dans la qualité de ses interventions. Le point avant/après, avec Riadh Abdelkefi, directeur général de Solaufil.

Qu’on se le dise : même si le marché de la filtration est ultra fragmenté entre différents acteurs, la légitimité de certains étant plus ou moins discutable, il n’en reste pas moins qu’il est un marché très important pour les acteurs premium. Et pour cause. L’arrivée des centres auto au Royaume du Maroc a clairement changé le regard des professionnels et des automobilistes sur le sujet filtre. Désormais, le filtre à air et le filtre à gasoil entrent en ligne de compte, au même titre que le filtre à huile. Pour Riadh Abdelkefi, directeur général de Solaufil : « Il y a quelques années, il n’y avait pas de centres auto, hormis Speedy. De fait, les professionnels avaient 7 à 8 marques de filtres dans leurs rayons. Mais les centres autos, eux, ont besoin d’une livraison continue et d’une vraie largeur de gamme. Or, cela, les chinois ne savent pas faire ! »

Moralité, les enseignes Speedy présentes au Maroc par exemple, disposent de quelque 1 000 références, rien que pour la marque Mecafilter, y compris pour certains modèles de Porsche. Ce qui a eu, par effet de ricochets, tendance à faire évoluer le niveau de clientèle. Au point d’ailleurs qu’à 55 %, ce sont les femmes marocaines elles-mêmes qui fréquentent les enseignes de centre autos. « Ce sont des enseignes européennes dans lesquelles elles ont confiance et où l’on change réellement les filtres de leurs véhicules, on ne se contente pas de secouer le filtre à air pour le décrasser », s’amuse Riadh Abdelkefi.

Une logistique entièrement repensée

Les centres autos ont donc clairement ouvert la voie aux grandes marques. D’autant que pour satisfaire les besoins en pièces dans ces centres, il a bien fallu organiser, a minima, un écosystème de stockage et de livraison qui répondait jusqu’alors aux abonnés absents. « Avant les centres auto, aucune plateforme de stockage n’existait au Maroc. Cela nous a permis de mettre en place un vrai système de distribution qui n’existait pas, car les centres auto n’avaient pas de partenaires capables de stockage et de livraisons permanentes », explique le directeur général de Solaufil. Et ce dernier de résumer : « Avant, en France, la distribution c’était les concessionnaires et les grossistes, puis sont apparus les centres auto et désormais, il faut compter sur Internet. Au Maroc, nous sommes dans la phase de développement des centres auto ! »

Une restructuration professionnelle du marché qui n’échappe pas à nombre d’enseignes. A l’instar de la filiale discount de Norauto, CarterCash qui envisage de monter, à moyen terme, une vingtaine de centres au Royaume du Maroc. Mieux : quand un Midas s’installe sur le territoire et s’adjoint la qualité des filtres de Mann et Hummel, c’est sur les produits de bonne qualité que s’oriente la concurrence, pas sur les produits de seconde zone. Un intérêt qui profite clairement aux spécialistes tels que Solaufil, et qui écarte sans états d’âme les marques chinoises. Ces dernières souffrant de la labellisation Salamatouna qui freine l’importation de produits plus que discutables. De fait, il n’y a plus guère que dans les réseaux d’importateurs un peu louches, voire chez les garagistes de quartier qui ne travaillent que sur de très vieux véhicules, que ces produits sont encore usités.

Une restructuration qui permet, en outre, de proposer des promotions, des plans marketing, des formations… Et pour cause, quand la centrale de Solaufil réalise quelque 450 000 euros de chiffre d’affaires avec Speedy, au Maroc, c’est le genre de luxe qu’il peut sans peine proposer aux réparateurs. « Donc oui, les centres auto ont clairement professionnalisé la profession et le regard sur le filtre, et cela plaît beaucoup à la fois aux réparateurs qui ont les bons outils et les bons produits, et aux consommateurs qui ont une vraie tranquillité d’esprit. Les centres auto ont généré de nouvelles formes de service qui n’existaient pas dans les pays du Maghreb. Et le Maroc accepte cette métamorphose que nous avons connu en France il y a 35 ans ». Une métamorphose qui n’est d’ailleurs pas réservée qu’aux portefeuilles bien garnis. En témoigne l’arrivée de CarterCash sur le territoire. L’enjeu : offrir des pièces et des prestations (vidange et pneus uniquement) de qualité, ainsi qu’un service professionnel, à la middle-class.

   Ambre Delage

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