Recyclage batteries : Un parcours chaotique en 3 étapes

Recyclage batteries : Un parcours chaotique en 3 étapes

Si le recyclage des batteries automobiles usagées commence
à prendre un tournant plus officiel au Maroc, en Algérie et en Tunisie,
force est de reconnaître que les filières peinent encore à se mettre en place.
En cause, un marché noir historique et difficile à éradiquer…
mais le Maghreb est tenace !

Au Maghreb, le marché de la batterie de démarrage est de l’ordre de plusieurs millions chaque année. Un besoin essentiel qui peut cependant devenir un véritable cauchemar pour l’environnement si lesdites batteries, une fois usées, échouent dans la nature. Et pour cause, composées de 70 à 80 % de plomb, de 10 à 15 % d’acide et de 5 % de plastique, les batteries sont éminemment polluantes. Depuis quelques années, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie organisent des filières de recyclage afin que « l’informel » cède définitivement sa place au « formel ». L’objectif général : lutter contre la pollution, bien sûr, mais aussi contre un marché noir qui s’est organisé autour du plomb et qui oblige encore trop souvent les producteurs locaux de batteries à devoir importer leur matière première. Mais la route est encore longue et les pays du Maghreb sont loin d’en être tous au même niveau.

Maroc : Une filière encore en phase de structuration

Pour inscrire le Maroc dans une stratégie de développement durable, la ministre déléguée à l’Environnement Hakima El Haité signait une convention, en mars 2014, avec le secteur privé, afin de mettre en place un plan ambitieux de recyclage de batteries automobile. Plan jusque-là totalement absent du Royaume. Parmi les signataires, les 3 principaux fabricants de batteries nationaux : Alma Bat, Tekna et Afrique Câbles. A eux seuls, ces trois acteurs se partagent l’essentiel du marché marocain avec une production annuelle de plus d’un million d’unités. Leur mission désormais : éviter les émanations de produits chimiques en récupérant le plomb et le cuivre des batteries usées et en détruisant l’acide, puis revaloriser les substances sur la production de batteries neuves. L’idée : s’affranchir des quelque 15 000 tonnes de batteries usagées disséminées jusque-là dans le Royaume. 

Dans une interview accordée à la radio Medi1 fin 2019, Mohamed Lacham, alors président de l’Amica et ancien directeur général d’Afrique Câbles expliquait : « Cette convention a pour objectif d’une part, de mettre en place des textes réglementaires et juridiques relatifs au processus depuis la collecte des batteries usagées jusqu’à leur recyclage dans les unités de revalorisation, et d’autre part, d’implanter un système permettant de structurer et d’organiser la filière avec tous ses acteurs.  Dans le même temps, nous avons signé un contrat de performance avec le ministère de l’Industrie. Cet « écosystème batterie » a permis d’accélérer sur deux points : deux installations ont d’ores et déjà été agréées et le plomb d’origine informelle est interdit ». 

Dans les faits, la première entreprise à avoir reçu l’aval du Gouvernement en 2016 fut Afrique Câbles. Son unité de recyclage, située à Casablanca a nécessité un investissement de plus de 100 millions de DH et permet de traiter environ 10 000 tonnes de batteries usagées et ainsi absorber une grande partie de celles qui le sont dans le circuit informel. Fin 2017, c’est au tour d’Alma Bat d’obtenir le précieux Graal. En réalisant un investissement de pas moins de 200 millions de DH, via sa filiale Samab, l’usine, installée à Nouaceur permet de traiter, elle aussi, la quasi-totalité des batteries en fin de vie au Maroc. 

Si la création d’une filière structurée a permis de mettre un sérieux coup de frein au marché noir qui s’était organisé, avant mars 2014, autour du traitement des batteries usées, elle permet également de s’affranchir, en partie, du prix pharaonique du plomb. Un prix qui s’établissait, en février de cette année, à 1,552 euro le kilo alors que la production locale de batterie en exige plusieurs milliers de tonnes. 

Algérie : une filière récente qui se bat encore contre « l’informel »

Dans une interview accordée au quotidien El Watan en mars 2020, Fayçal Loudjani, expert en environnement, n’était pas tendre : « S’agissant des batteries automobiles, le marché mondial annuel est estimé à 250 millions de batteries, dont 9 millions en France. Les besoins de l’Algérie sont de l’ordre de 3 à 4 millions d’unités par année. Quatorze fabricants couvrent 80 % de la demande nationale et l’importation complète les 20 % restants. L’agence nationale des déchets (AND) estime la quantité de batteries usagées générées en 2018 à 62 467 tonnes. 71 % de ces batteries proviendraient des véhicules de tourisme et 26 % des camions et camionnettes. Par précaution et en prenant 16,5 kg, comme poids moyen d’une batterie, ceci représente 49 500 tonnes de batteries au plomb générées par le secteur des transports routiers en 2019. Tout en signalant que la durée de vie d’une batterie peut dépasser une année, ceci correspond à des rejets de : 18 375 tonnes de sulfate de plomb (24,5 %), 12 000 tonnes d’oxyde de plomb (16 %), 15 750 tonnes d’alliage de plomb (21%), 18 000 tonnes de solution d’acide sulfurique (24 %), 5 775 tonnes de polypropylène (7,7 %), et 2850 tonnes de PVC (3,8 %). Si le taux de collecte des batteries automobiles atteint 97 % aux États-Unis et 85 % en France, il est totalement inconnu pour l’Algérie en l’absence de statistiques officielles. L’informel et le formel se partagent la collecte d’une partie des batteries usagées en Algérie et c’est surtout l’informel qui domine l’activité, loin des regards de l’administration ». 

En réalité, début 2020, le ministère de l’Environnement lançait le projet Filrec avec l’appui de l’agence allemande GIZ, afin de renforcer la filière de valorisation des déchets. L’idée : renforcer la filière de gestion des déchets, donc, mais aussi créer un système de collecte et de recyclage jusque-là quasi inexistant. Ainsi, à date, l’Algérie compte environ 2,1 millions de tonnes de batteries auto usagées générées annuellement, alors que seuls 30 % sont récupérés et recyclés avec une valeur marchande de 4 milliards de dinars.

Si quelques recycleurs se sont récemment installés en Algérie, un cadre réglementaire plus rigoureux devra suivre. Et pour cause, à peine la Filrec était-elle créée que, déjà, les trois principaux fabricants de batteries locaux (El Chafek, Fabcom et Friction Tec) alertaient les autorités et notamment le ministère de l’Environnement et celui de l’Industrie sur les pratiques frauduleuses liées à l’export de plomb, pourtant interdit depuis 2010. Le plomb en question, exporté sous le nom de « boue d’accumulateur » pénaliserait ainsi fortement la production locale de batteries puisqu’il représente 80 % de la matière première utilisée par cette industrie. Le risque soulevé par les fabricants : que cette exportation illégale, issue de la filière informelle de récupération des batteries automobiles, finisse par les obliger, devant la pénurie de plomb récupéré localement, à importer la matière et à fermer leurs usines de batteries usagées !

Tunisie : 21 sociétés agréées mais une filière opaque

Difficile d’avoir de la visibilité sur le tonnage de batteries usées généré annuellement sur le sol Tunisien. Seule certitude, en 2005 une Agence Nationale de gestion des Déchets (ANGeD) est créée en vertu du décret 2005-2317 du 22 août 2005 et placée sous la tutelle du ministère des Affaires locales et de l’Environnement. A ce jour, 21 sociétés sont autorisées par l’ANGeD à gérer la collecte, le transport et le recyclage des batteries automobiles. Parmi elles, la Sorebat, La Nouvelle Société des Batteries NOUR ou encore Econebras. La plus importante et la plus connue est l’entreprise Assad, leader national de la fabrication, de la distribution et du recyclage des batteries au plomb. L’entreprise a consenti un investissement de quelque 6 millions de dinars pour ériger une usine spécialisée dans le recyclage des batteries usagées. Cette unité, qui a une capacité annuelle de traitement de 10 000 tonnes de vieille matière est certifiée ISO 14001 pour la protection de l’environnement.

Ambre Delage

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