Renault Trucks : « Le Maroc, un pays où il faut se renforcer ! »

Renault Trucks : « Le Maroc, un pays où il faut se renforcer ! »

Interview avec Bruno Giovanni, vice président de Renault Trucks Afrique

Renault Trucks renforce chaque année sa présence au Maroc… Pourquoi le Maroc ?

Le pays est stratégiquement bien positionné. C’est une porte sur l’Afrique, et principalement sur l’Afrique de l’Ouest. Surtout avec ce qu’est en train de faire Sa Majesté. C’est une orientation importante. Le marché marocain en lui-même reste intéressant, même si les volumes ne sont toujours pas aussi importants. Cependant, à force de conviction, de bons produits et d’une bonne qualité de service, le marché va finir par évoluer.

Vous avez mentionné l’Afrique de l’Ouest. Est-ce que vous commencez à prospecter depuis le Maroc et est-ce qu’il vous sert concrètement de hub continental ?

Pour l’instant, ce n’est pas encore le cas. Actuellement, nous nous organisons avec des partenaires privés installés en Afrique. Nous possédons une organisation basée à Lyon qui suit de près votre continent. Nous pensons bien évidemment à revoir cela et à commencer à traiter un tel dossier directement depuis le Maroc. En toute franchise, les segments sur lesquels nous opérons en Afrique de l’Ouest sont un peu différents de ceux du Maroc. Par exemple, en Afrique de l’Ouest, les camions Renault Trucks sont très utilisés au niveau des grandes exploitations dans le bois, mais aussi dans les mines. Il existe donc des besoins clients et produits qui ne sont pas nécessairement les mêmes. En revanche, nous restons convaincus que le Maroc pourrait constituer un hub logistique vers le continent.

Quelles sont vos parts de marché au Maroc ?

Sur le Maroc, nous estimons notre part de marché dans le segment des véhicules de haut tonnage à environ 8 %. Comparé aux autres marques européennes, les parts de marché de Renault Trucks sont ressorties à 12 % sur l’année dernière et nous comptons bien la faire progresser dans les années à venir, grâce à un certain nombre de secteurs sur lesquels nous voulons être encore plus présents (la construction notamment et le BTP). Nous espérons atteindre les 14 % de PDM avant la fin de l’année.

Et dans le reste des pays de la région ?

Sur la région, je peux répondre que l’on est approximativement à 25 % de parts de marché en Tunisie, 40 % de parts de marché en Algérie, et,, sur l’Afrique de l’Ouest nous sommes à environ 25 % de parts de marché. Les chiffres que je vous donne sont représentatifs de nos parts sur les marchés européens. Actuellement, nous constatons une forte présence des chinois en Afrique de l’Ouest. Près de trois camions sur cinq en Afrique de l’Ouest sont des camions chinois. Cependant, en tant que marque européenne je dirais que l’on est plus ou moins leader en Tunisie. Nous sommes aussi leaders en Algérie et co-leaders en Afrique de l’Ouest. S’agissant des 12 % de parts de marché au Maroc, ce n’est pas nécessairement une très belle part de marché par rapport au reste de l’Afrique du Nord et de l’Afrique de l’Ouest. Je pense que l’on devrait avoir une position plus forte.

Ce d’autant plus que Renault Trucks est présent au Maroc depuis très longtemps déjà…

Renault Trucks est au Maroc depuis quelques années… Paul Berliet était là en 1958 ! Nous voulons continuer à dire que l’on est encore là et pour longtemps ! Je suis convaincu que l’on possède une offre produits qui correspond à ce que les marocains peuvent attendre. Sans faire de projections farfelues, je pense que notre position est de grignoter au moins 20 % du marché marocain plutôt que de demeurer sur les médiocres 12 % que nous réalisons aujourd’hui.

Il suffira peut-être que vous mettiez un peu plus en avant votre nouvelle gamme de camions au Maroc ?

Les investissements déployés par Renault Trucks pour renouveler sa gamme sont de 2 milliards d’euros ! La nouvelle gamme des véhicules développée est sortie en Europe depuis au moins deux ans, avec, bien entendu, les normes très contraignantes dans les marchés Euro5. Nous avons commencé par tester certains modèles de cette gamme que nous voulions commercialiser en Afrique, notamment le modèle «K Xtrem». Ce dernier a été testé, par exemple, sur des exploitations forestières au Cameroun, en parcourant pas moins de 189.000 kilomètres. Le Maroc est bien évidemment un marché plus mature avec une infrastructure routière beaucoup plus évoluée à laquelle il convient d’adapter des produits spécifiques.

Comment comptez-vous y prendre ?

La part de marché et le volume c’est important, mais notre priorité c’est la satisfaction des clients. Je suis convaincu que nos meilleurs vendeurs sont nos clients. Je crois beaucoup au client qui va voir son ami pour lui dire « écoute j’ai acheté un camion génial, je consomme moins, je peux charger plus et je n’ai aucun problème de fiabilité «,

Je voudrais quand même revenir à l’Algérie qui a instauré un système de quotas. Est-ce que vous avez été impactés par ce système ?

Le système des quotas date de deux années à peu près. Il a été instauré en Algérie suite à une balance commerciale négative. Au début de la mise en place de ce système, c’était seulement les véhicules porteurs et non pas les tracteurs qui étaient concernés. Le code douanier nous permettait donc de continuer à écouler nos produits. L’année dernière, nous avons réussi tout de même à vendre près de 1.300 camions en Algérie.

Est-ce que les officiels algériens s’en sont rendu compte entre temps ?

Malheureusement oui ! La nouvelle règle qui est tombée concerne également les camions tracteurs. Pour y pallier, nous avons décidé de monter une usine en Algérie avec un partenaire local. Il s’agit d’une condition sine qua non pour rester en Algérie. C’est maintenant quelque chose d’imposé et nous aurons bientôt une usine qui sera opérationnelle fin 2017.

Entre temps vous serez en deçà des 40 % que vous réalisez déjà en Algérie. Nous pouvons donc supposer qu’il y aura une baisse significative des volumes ?

Hélas, nous sommes tous soumis à cette conjoncture. Je peux vous dire que nous avons eu du flair car nous avions ramené beaucoup de camions avant l’instauration des quotas. Beaucoup de ces camions sont encore en stock en Algérie (près de 700). Nous espérons que de manière légitime, compte tenu de notre histoire et de nos investissements en Algérie, vu aussi que nous possédons une filiale avec 50 personnes là-bas et que nous sommes en train d’investir dans une usine, nous espérons que les autorités comprendront qu’il faudra être bienveillants à notre égard ! Nous n’avons évidement pas de garanties et cela ressemble plus pour l’instant à un dialogue ouvert avec les autorités algériennes. Mais, vous avez raison, il existe des quotas et nous par définition, chez Renault Trucks, nous respectons les règles du pays où nous sommes présents et en toute franchise nous comprenons cette logique.

Propos recueillis par Mohamed Mounadi

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