Rénovation de moteurs : Un métier en voie de disparition au Maroc…

Rénovation de moteurs : Un métier en voie de disparition au Maroc…

Pour ceux qui ne connaissent pas ce métier, la rénovation de moteurs se distingue principalement par sa composante mécanique de précision exercée dans des ateliers dits de «Rectification moteurs». Ainsi, dans les années 1970/1980, on ne dénombrait pas moins d’une trentaine d’ateliers de rénovation de moteurs dans une ville comme Casablanca. Aujourd’hui, et malgré l’explosion du parc circulant enregistrée ces dernières années, ces ateliers ont presque tous disparu alors que leur nombre aurait, au contraire, dû s’accroître.

Un travail à forte valeur ajoutée à la fois technique et commerciale

Ces petits ateliers employaient auparavant chacun des dizaines de salariés qui travaillaient à la chaîne pour usiner différentes pièces mécaniques d’un moteur ou pour les remplacer par des pièces neuves. L’activité au sein des ateliers est à forte valeur technique puisqu’elle fait appel à une main d’œuvre qualifiée et habile. Celle-ci réunit plusieurs intervenants autour d’un même prescripteur. Le véhicule dont le moteur nécessite une réfection est amené dans l’atelier avant d’être démonté. Son bloc est rectifié sous les mains expertes d’un maître tourneur-liseur. Après rectification du bloc moteur, on rassemble alors le moteur en lui implémentant de nouvelles pièces avant de le remonter dans le véhicule. Les différentes pièces du moteur qui sont amenées à être remplacées sont achetées directement auprès des distributeurs qui les importent ou les fabriquent localement. Parmi les pièces remplacées, on retrouve : les pistons et chemises, les pochettes de joints, les coussinets moteur, les courroies, les pompes, les poulies…

Les ferrailleurs, principaux pointés du doigt…

Les ferrailleurs mènent aujourd’hui une rude concurrence aux ateliers de rénovation de moteurs, fragilisant ainsi leur activité et torpillant tous les investissements qu’ils ont pu réaliser. « A cela s’ajoute une intensification notoire de l’informel qu’ils provoquent et qui affaiblit la profession, prive l’État de recettes substantielles et cause la déperdition d’une main d’œuvre qualifiée », affirment en chœur les différents revendeurs de pièces automobiles qui voient leur chiffre d’affaire chuter sensiblement avec la prolifération de moteurs d’occasion importés d’Europe par les ferrailleurs. Les revendeurs de pièces automobiles reconnaissent toutefois que le ministère marocain de tutelle avait tenté d’intervenir à maintes reprises afin de sauver le métier de rénovation de moteurs. Le ministère espère pouvoir adopter dans un futur proche certaines mesures parmi lesquelles la limitation des importations de moteurs standards d’occasion. Parallèlement, le ministère aspire à relancer les activités des ateliers de rénovation en continuant à former à ce métier des techniciens lauréats de l’OFPPT et en les sensibilisant à l’utilisation de pièces fabriquées localement.

Le ministère de tutelle nourrit également l’espoir de pouvoir un jour réussir à favoriser l’intégration des garages de réparation et des ateliers de rectification au sein du secteur formel. Enfin, il aspire à livrer des moteurs standards aux garagistes en développant davantage l’activité industrielle de rénovation, tout en assurant un export de ce savoir-faire vers l’Afrique. A condition qu’elle réussisse, une telle démarche pourrait favoriser la création d’un écosystème autour des fournisseurs de pièces moteurs. Une unité industrielle de rénovation des moteurs ou des ateliers mécaniques spécialisés verront alors le jour, remplaçant ainsi les importations, tout en développant les exportations vers l’Afrique. Si de tels projets se réalisent, ils s’inscriraient alors parfaitement dans le Plan d’Accélération Industrielle.

Mohamed Mounadi

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