Yves Peyrot des Gachons dévoile les enjeux de PSA au Maghreb

Yves Peyrot des Gachons dévoile les enjeux  de PSA au Maghreb

À 48 ans, Yves Peyrot des Gachons est le directeur de la zone Maghreb de PSA. Avec deux ouvertures d’usine en deux années sur cette région, nous avions grande envie d’en savoir plus sur les intentions et la stratégie de PSA au Maroc, en Algérie et en Tunisie.

Quelle est l’étendue de votre périmètre, d’un point de vue géographique comme managérial ?

J’anime toute la région Maghreb, pour l’ensemble des marques du groupe PSA : Maroc, Algérie, Tunisie et Libye. Nous avons des importateurs partout, sauf pour la marque Peugeot en Algérie, où c’est une filiale qui est à l’œuvre. Compte-tenu des tensions géopolitiques actuelles, nous n’avons pas d’activité en Libye.

Pourriez-vous nous détailler le rôle de la base régionale sise à Casablanca ?

Nous pilotons depuis Casablanca 81 pays d’Afrique et du Moyen-Orient. Nous supervisons aussi l’activité de plus de 100 importateurs pour les 4 marques du groupe. En juillet 2017, nous avons également implanté le Morocco Technical Center, soit un centre de recherche et de développement avec 700 ingénieurs et techniciens. Ces équipes travaillent sur les implantations industrielles du groupe dans la région, de même qu’au développement des produits au niveau régional…

PSA a donc délocalisé une partie de son ingénierie au Maghreb ?

Nous ne délocalisons rien du tout. Notre objectif est d’avoir dans chaque région des expertises au plus près des marchés pour prendre en compte les règlementations locales, les aspirations de nos clients, etc.

Pourquoi PSA a-t-elle choisi le Maroc et Kénitra en particulier pour s’implanter industriellement ?

Nous avons choisi le Maroc parce qu’il s’agit d’un terrain extrêmement favorable lorsque l’on veut s’implanter au plus près des marchés. Je m’explique : avec le groupe PSA, nous avons décidé d’un certain nombre d’implantations industrielles au sein des régions. Il y avait un besoin au sein de la région Moyen-Orient Afrique, afin qu’elle ne soit pas uniquement dépendante des productions qui viennent de l’Europe. Nous avons examiné les différentes possibilités d’implantation, le Maroc nous a semblé être une destination de choix en raison notamment de la forte volonté des autorités marocaines de développer l’industrie automobile dans le royaume. Le ministre de l’Industrie rappelle régulièrement l’objectif d’installation d’une capacité de production d’un million de véhicules à moyen terme…

La présence des équipementiers s’est-elle avérée décisive ?

Le Maroc a, effectivement, une tradition industrielle importante, un tissu d’équipementiers automobiles y est installé depuis plus de 20 ans. PSA était déjà client de ce sourcing marocain, 29 équipementiers sont d’ailleurs venus nous rejoindre à Kenitra. Sur cette partie achats-sourcing, notre courant d’affaires est de 700 millions d’euros à l’année avec le Maroc.

Combien de personnes employez-vous à Kenitra ?

Les équipes comptent déjà 1600 collaborateurs, ils seront 2500 à terme.

Pour combien de voitures produites aujourd’hui ?

Nous fabriquons entre 100 et 150 unités par jour, avec l’objectif de monter à 300 unités d’ici le printemps ce qui nous fera arriver à 100 000 voitures produites par an. L’objectif est ensuite de doubler la capacité d’ici à la fin 2020.

Que vous manque-t-il aujourd’hui pour être à 300 unités par jour ?

Nous démarrons à peine la troisième équipe, qui travaille de nuit…

Avez-vous une offre de véhicules d’occasion au Maroc ? Les résultats obtenus vous satisfont-ils ?

Nous avons effectivement une offre Peugeot Occasions pour Sopriam, nous faisons aussi du VO avec la marque Opel. Le marché de l’occasion demeure aux mains des particuliers au Maroc, mais il est en train de se structurer. Nous travaillons le sujet, nous aurons vocation à bientôt implanter le label Spoticar au Maroc. Nous vendons une centaine de VO par mois, environ.

Pouvez-vous nous détailler la répartition du travail entre Trnava et Kenitra, qui produisent toutes deux la 208 ?

Les deux usines sont là pour servir l’ensemble des marchés internationaux. A chaque fois que nous lançons un véhicule, il a vocation à être produit dans deux régions. Chacune des usines sert donc des régions différentes, mais certaines versions ne sont pas produites à Trnava et inversement. Les niveaux de finition 2 et 3 sont produits dans les deux usines, mais le niveau 4 (et l’électrique) sont fabriqués exclusivement à Trnava tandis que le niveau 1 est spécifique à Kenitra. »

PSA s’apprête à ouvrir une usine en Algérie durant le premier semestre 2020. Cette usine aura-t-elle aussi vocation à produire pour l’exportation ?

À terme, il pourrait y avoir exportation. Tout dépend de la compétitivité du site et du marché, de la mise en place du tissu de fournisseurs et de l’environnement réglementaire et douanier.

Est-ce un hasard si PSA ouvre coup sur coup deux usines dans deux pays aussi proches ?

Je vous l’ai dit, notre stratégie est d’installer une base industrielle dans les régions. Nous avons multiplié les projets sur la région Moyen-Orient Afrique, nous avons donc Kenitra mais nous avons aussi des projets en Namibie, en Ethiopie, au Nigeria, au Kenya… Après, le marché algérien est extrêmement important pour nous. Le groupe PSA y a une présence très forte, notamment avec la marque Peugeot, tandis que les autorités ont décidé de promouvoir la production locale et donc de fermer l’importation de véhicules déjà assemblés. A ce titre-là, il était naturel que PSA s’implante en Algérie pour continuer de satisfaire ses clients algériens.

Le groupe Renault est le leader incontesté des ventes au Maroc. Que vous manque-t-il pour aller chercher votre concurrent ?

Nous sommes dans une phase d’accélération de notre performance, nous gagnons environ 3,5 points de parts de marché à fin octobre 2019. Mais que faut-il pour être leader ? D’abord les produits. Avec la 208 produite au Maroc, nous visons le leadership du segment. D’autres belles choses arriveront dans le futur… Deuxièmement, le réseau de distribution. Il mérite plus de capillarité, notamment dans des villes moyennes. Il y a un travail d’ouvertures d’agences à réaliser : à Larache, à Al Hoceima, à Berkane, etc. Nous devons également effectuer un travail de rénovation de sites, c’est le cas notamment d’un nouveau concept store à Rabat qui propose une expérience très digitale tandis qu’à Casablanca, trois nouveaux superbes showrooms vont ouvrir d’ici le début de l’année prochaine. De gros investissements sont réalisés aujourd’hui dans la mise à niveau des sites. Côté Opel, il y aura aussi une forte montée en puissance du nombre de showrooms, nous serons bientôt à une vingtaine dans l’ensemble du royaume.

En Tunisie, Peugeot assemble localement des pick-up livrés en kit par son partenaire Dongfeng. Quelle est la cadence de production actuelle et surtout, le prochain pick-up relèvera-t-il du même schéma ?

La cadence est d’une dizaine de pick-up produits par jour, la capacité est de 3000 véhicules à l’année, donc la cadence est en train d’augmenter. Le pick-up réalise de bonnes performances en Tunisie, il est aussi exporté sur différents marchés africains avec succès. Pour la suite, je n’ai pas de commentaires à réaliser. Simplement, si nous sommes revenus sur ce marché, c’est pour y rester.

Citroën était en tête des ventes l’an dernier en Tunisie, c’est loin d’être le cas en 2019. Que se passe-t-il ?

Citroën a perdu des positions parce que le marché a muté et s’est orienté vers les 4CV. Vous savez que le gouvernement tunisien subventionne une offre de véhicules à 4 CV fiscaux. Or, les conditions d’octroi se sont élargies, beaucoup plus de clients tunisiens sont donc éligibles à cette offre. La part des véhicules populaires dans les ventes totales a donc augmenté et il se trouve que sur toute la première partie de l’année, nous n’avions pas d’offre en 4CV avec Citroën. C’est le cas depuis deux mois, Citroën retrouvera sa place naturelle dans le marché tunisien. Mais parallèlement à ça, la marque Peugeot progresse !

Est-ce que PSA vous demande déjà de travailler sur l’introduction de l’électrique au Maghreb ? Pensez-vous qu’il s’agit de quelque chose de réaliste à moyen terme ?

Nous travaillons évidemment sur le développement du véhicule électrique au Maghreb. Tous les marchés ne sont pas au même stade d’acceptabilité de cette technologie, cela dépend de l’impulsion donnée par les autorités…

Vous pensez donc pouvoir mettre à la route des voitures électriques d’ici un an, deux ans ?

Non, au premier semestre de l’année prochaine. Il y a une prise de conscience environnementale au Maroc, l’électrique est une offre légitime, elle trouvera sa clientèle.

Propos recueillis par Haytam Boussaid

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