ZF Aftermarket s’installe au Maroc pour jouer la carte de la proximité

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Quand Andre Scholle parle du Maroc, il ne parle pas d’un marché abstrait ni d’une simple case sur une carte. Il parle d’un pays qu’il a vu évoluer. « La dernière fois que j’étais à Casablanca, c’était en 2015. La ville a complètement changé », glisse-t-il presque comme un constat personnel. Dix ans plus tard, le vice-président, directeur de ZF Aftermarket pour la région IMEA (Inde, Moyen-Orient, Afrique) et la CEI, est de retour, cette fois pour y ancrer durablement la présence du groupe.

ZF Aftermarket couvre une région immense, de l’Afrique du Sud à l’est de la Russie, en passant par l’Inde, la Turquie, le Moyen-Orient et désormais le Maghreb. Une zone vaste, hétérogène, faite de parcs roulants très différents, de cultures, de langues et de niveaux de maturité aftermarket parfois opposés. « C’est une région très diverse, mais avec un point commun : la demande après-vente est en train de changer partout », explique Andre Scholle.

Jusqu’ici, cette région était pilotée à partir de plusieurs hubs, notamment Dubaï, l’Inde ou l’Afrique du Sud. Le Maroc vient désormais compléter ce dispositif, avec une filiale basée à Casablanca, pensée non pas comme un simple bureau administratif, mais comme un point de contact direct avec le marché. « La décision d’ouvrir ici, c’est avant tout pour être proche des clients, vraiment proche », insiste-t-il.

Être là où le marché évolue

Pour ZF Aftermarket, le Maghreb n’est plus une zone périphérique. Le Maroc en particulier s’impose aujourd’hui comme le principal marché de la région. « Au moment où on se parle, le Maroc est clairement le pays le plus important pour nous au Maghreb », reconnaît Andre Scholle sans détour. Une réalité qui a pesé dans la décision d’installer une équipe locale.

La logique est simple : accompagner une demande en forte évolution. « La transformation de l’aftermarket, on la voit ici à Casablanca », observe-t-il. Plus de véhicules, plus de technologie embarquée, des attentes plus élevées en matière de service, de disponibilité et de réactivité. Dans ce contexte, gérer le marché à distance depuis l’Europe n’a plus de sens. « Aujourd’hui, toute la chaîne logistique dépend encore de l’Europe. Mais l’importance des marchés du Maghreb devient trop grande pour continuer comme ça », tranche-t-il.

Être présent sur place, c’est d’abord gagner en réactivité. Pouvoir décrocher le téléphone, rencontrer les clients, comprendre leurs contraintes, organiser plus vite les flux logistiques. Mais c’est aussi préparer la suite. « À terme, ce ne doit pas être seulement un bureau. L’objectif, c’est d’aller vers plus de services, et notamment de la disponibilité locale », précise Andre Scholle.

Une implantation pensée comme un point d’entrée régional

La filiale de Casablanca ne se limite pas au seul marché marocain. Elle a vocation à couvrir l’ensemble du Maghreb. Tunisie et Algérie font pleinement partie du périmètre. « Jusqu’à maintenant, ces marchés étaient visités une ou deux fois par an depuis l’Allemagne. Ça va changer », annonce-t-il. Désormais, les équipes basées au Maroc se déplaceront plus régulièrement, pour mieux comprendre les besoins spécifiques de chaque pays.

Car les réalités sont différentes. En Algérie, le poids lourd occupe une place plus importante. En Tunisie, les bus et certains segments industriels pèsent davantage. « La structure des marchés n’est pas la même, mais le potentiel est là », analyse Andre Scholle. Et pour ZF Aftermarket, la clé passe par la proximité et la compréhension fine du terrain.

Cette logique de régionalisation va de pair avec une montée en compétences locale. Aujourd’hui, l’équipe marocaine démarre avec trois personnes, appuyées par les équipes de Dubaï. Mais le plan est clair. « Nous allons renforcer l’équipe avec des profils techniques, commerciaux et logistiques », explique-t-il. À court terme, l’objectif est d’atteindre cinq à six personnes, avec la possibilité d’évoluer encore par la suite.

Logistique, disponibilité, compétence : les vrais enjeux

Derrière cette implantation, un mot revient souvent dans le discours d’Andre Scholle : la disponibilité. « Créer un avantage pour les clients, c’est leur donner accès à notre gamme plus rapidement », résume-t-il. Aujourd’hui, cela passe par une logistique complexe, dépendante de plusieurs hubs internationaux. Demain, ZF Aftermarket veut construire une chaîne plus flexible, intégrant Casablanca comme un maillon à part entière.

L’idée n’est pas seulement de servir le Maroc. « Si des pièces sont disponibles ici, pourquoi ne pas les expédier vers d’autres marchés africains, si c’est plus rapide que depuis l’Europe ? », interroge-t-il. À terme, la question d’un stock local, voire d’un entrepôt logistique, est clairement posée. « C’est une option, oui », confirme-t-il, évoquant la possibilité de travailler dans un premier temps avec des partenaires.

La priorité reste néanmoins la compétence technique. « Notre rôle n’est pas d’être un centre de réparation. Cette compétence appartient à nos clients », martèle Andre Scholle. ZF Aftermarket veut se positionner comme un accompagnateur, un transmetteur de savoir-faire. Formation, support technique, montée en compétence des réseaux : c’est là que se joue la valeur ajoutée.

Un portefeuille de marques comme levier de croissance

Chez ZF Aftermarket, la force ne repose pas sur une marque unique, mais sur un ensemble cohérent. ZF, TRW, Wabco, Sachs… autant de noms déjà bien identifiés sur le marché marocain, même si leur perception varie selon les segments. « La marque ZF en tant que telle n’est pas encore totalement installée dans l’esprit du marché, parce que la transformation n’est pas finie », reconnaît Andre Scholle. En revanche, certaines gammes sont déjà solidement ancrées. « TRW est très connue, Sachs aussi. Tout dépend du parc roulant et des applications ».

L’enjeu, pour la filiale marocaine, est justement d’orchestrer cet ensemble. Offrir aux distributeurs et aux réparateurs une proposition lisible, cohérente et complète. « C’est un avantage d’avoir ce « basket” de marques », explique-t-il. « Cela permet à nos clients de couvrir plusieurs besoins avec un seul partenaire ».

Mais ZF Aftermarket ne se limite pas aux marques dites premium. Le groupe assume aussi une stratégie multi-gammes. « Ici, en Afrique, les gammes alternatives deviennent de plus en plus importantes », observe Andre Scholle. Des gammes adaptées à des véhicules non premium, à des parcs plus anciens, ou à des usages intensifs. « On doit proposer une offre complète, pas uniquement haut de gamme ».

Cette approche correspond simplement à la réalité du marché. Le parc roulant évolue, mais reste hétérogène. Les véhicules asiatiques, notamment chinois, gagnent du terrain. « Ces gammes deviennent de plus en plus importantes dans cette partie du monde », insiste-t-il. Pour ZF Aftermarket, l’enjeu est d’accompagner cette réalité, sans renier son ADN technique.

Transmettre la compétence plutôt que faire à la place

Un point revient régulièrement dans le discours d’Andre Scholle : le rôle exact de ZF Aftermarket. « Notre métier n’est pas de réparer », rappelle-t-il. « Cette compétence appartient à nos clients. » Une précision importante dans un contexte où les équipementiers sont parfois perçus comme des acteurs directs de la réparation.

La philosophie est claire : ZF développe la technologie, les solutions, les produits, mais ce sont les distributeurs et les ateliers qui font vivre le marché. « Notre rôle, c’est de développer nos clients, de leur transférer cette compétence », explique-t-il. Formation technique, accompagnement terrain, support au développement de réseaux… tout converge vers cet objectif.

C’est dans cette logique que s’inscrit le concept de garage agréé ZF. « Le concept garage est un bon exemple », indique Andre Scholle. Non pas pour créer un réseau captif, mais pour générer un effet d’entraînement. « Cela aide nos clients, parce que ces garages achètent plus chez eux, et donc indirectement chez nous ».

Il parle d’un « effet boule de neige » sur le marché. Un atelier mieux formé, mieux équipé, plus crédible techniquement, génère plus de volume. Et ce volume profite à l’ensemble de la chaîne. « C’est comme ça que l’on crée un business mutuel », résume-t-il.

Accompagner les mutations technologiques, sans rupture

L’autre grand chantier, plus silencieux mais tout aussi structurant, concerne les mutations technologiques. « Oui, notre mission est aussi de soutenir la distribution et la réparation face aux changements actuels », confirme Andre Scholle. Et ces changements sont profonds : électrification, assistance à la conduite, complexité croissante des systèmes.

ZF Aftermarket ne se positionne pas uniquement sur le parc existant. « Nous développons aussi des produits et des services pour la gamme future », précise-t-il. L’objectif est clair : ne pas subir la transformation, mais y participer. « Nous voulons être un créateur de cette transformation qui se passe dans le monde de l’automobile ».

Cela passe par la formation, mais aussi par l’anticipation. Quels produits demain ? Quels besoins techniques dans cinq ou dix ans ? Comment accompagner les ateliers dans cette transition, sans les brusquer ? Autant de questions auxquelles la présence locale permet de répondre plus finement.

Production locale : une porte entrouverte, sans précipitation

La question finit toujours par arriver : produire localement, est-ce envisageable ? Andre Scholle ne ferme aucune porte. « Pourquoi pas », répond-il simplement. Mais sans précipitation. « La première compétence de l’aftermarket, ce n’est pas la production. La priorité, c’est la logistique et la compétence technique ».

Il évoque néanmoins des exemples existants, comme la production d’amortisseurs dédiée à certains marchés spécifiques. « Pour l’après-vente, c’est une option à long terme », admet-il. Une option qui dépendra de la masse critique, du volume et de la maturité du marché.

Pour l’instant, l’essentiel est ailleurs : structurer la présence, rendre la chaîne logistique plus fluide, installer durablement la compétence sur le terrain. « Finir ce que nous avons commencé », résume-t-il en parlant des objectifs de l’année.

Une présence assumée, visible, et tournée vers le marché

Contrairement à certaines implantations discrètes, ZF Aftermarket ne compte pas rester en retrait. « Oui, nous allons communiquer », affirme Andre Scholle. Communication digitale, réseaux sociaux, mais aussi formats plus traditionnels selon les besoins. « Ce sera un mélange », dit-il, pragmatique.

L’idée n’est pas de faire du bruit pour faire du bruit, mais d’expliquer la stratégie, de rassembler les partenaires, de créer du lien. Les événements clients en font partie. Le premier, symbolique, a eu lieu dès l’ouverture officielle de la filiale, en janvier 2026. D’autres suivront, au Maroc, puis en Tunisie et en Algérie.

Car au fond, c’est bien de cela qu’il s’agit : être là. Vraiment là. « Aujourd’hui, il n’y a plus d’intermédiaire. Les clients peuvent travailler directement avec nous », souligne Andre Scholle. Une proximité qui change tout, dans un marché où la réactivité, la confiance et la compétence font souvent la différence.

Épilogue : Casablanca comme point d’ancrage

À la fin de l’échange, une chose apparaît clairement : la filiale marocaine n’est pas un test. C’est un point d’ancrage. Un point de départ pour une nouvelle manière d’aborder le Maghreb. « Nous allons visiter plus souvent, écouter plus, comprendre mieux », promet Andre Scholle.

Pour ZF Aftermarket, Casablanca devient ainsi bien plus qu’une adresse. Un relais régional, un centre de compétences, et peut-être demain un maillon logistique stratégique pour toute l’Afrique du Nord. Une présence qui accompagne un marché en pleine transformation, sans rupture, mais avec une vision claire : être au plus près de ceux qui font réellement vivre l’après-vente automobile.

Des marchés différents, une logique de réseau assumée

Au Maghreb, l’après-vente automobile ne se résume pas à un modèle unique. D’un pays à l’autre, les équilibres changent. Le véhicule léger domine au Maroc, tandis que le poids lourd occupe une place plus structurante en Algérie et que le transport collectif, notamment les bus, pèse davantage en Tunisie. Cette diversité impose une approche différenciée, attentive aux réalités locales et aux spécificités de chaque parc roulant.

Face à cette hétérogénéité, ZF Aftermarket privilégie une stratégie fondée sur le réseau plutôt que sur une présence directe auprès des ateliers. L’idée n’est pas d’intervenir à tous les niveaux, mais de renforcer les maillons clés de la chaîne. En accompagnant les distributeurs et partenaires sur le plan technique et opérationnel, le groupe cherche à créer une dynamique progressive sur le marché. Des partenaires mieux outillés génèrent naturellement plus d’activité auprès des réparateurs, ce qui alimente l’ensemble de l’écosystème. Une croissance qui se construit dans la durée, par diffusion, plutôt que par rupture.

Les rencontres terrain et les événements professionnels jouent un rôle central dans cette logique. Ils permettent de partager une vision, de clarifier les priorités et d’aligner les acteurs autour d’objectifs communs. Le lancement de la succursale marocaine s’inscrit dans cette démarche, avec des rendez-vous destinés à être multipliés dans les différents pays du Maghreb. Plus que des opérations de visibilité, ces moments d’échange servent à installer une relation de confiance, essentielle dans un marché où la proximité et la compréhension mutuelle restent des leviers déterminants.

Notre lecture : un pas d’avance sur le terrain

L’installation de ZF Aftermarket au Maroc n’a rien d’un effet d’annonce. C’est un choix stratégique, mûrement réfléchi, qui place le groupe dans une position différente de celle de nombreux équipementiers encore absents du terrain. En venant s’implanter localement, ZF fait le pari de la proximité, là où beaucoup continuent de gérer le marché nord-africain à distance.

Dans l’après-vente, la présence physique change tout. Elle permet de comprendre les usages réels, les contraintes logistiques, les attentes des distributeurs et des réparateurs. Être sur place, c’est aussi gagner du temps, réduire les intermédiaires et construire une relation plus directe avec l’écosystème. Sur un marché comme le Maroc, en pleine mutation, cet avantage est loin d’être marginal.

Ce choix donne également à ZF une longueur d’avance face à des concurrents pourtant solides sur le plan technologique, mais moins engagés localement. Alors que le parc roulant évolue rapidement, avec une montée en puissance des véhicules asiatiques et des exigences techniques croissantes, disposer d’une équipe sur place permet d’accompagner ces changements au rythme du marché, et non avec un temps de retard.

À mes yeux, cette implantation traduit surtout une vision long terme. ZF ne vient pas simplement vendre des pièces, mais s’inscrire durablement dans un marché appelé à jouer un rôle clé dans la région. Une approche qui, dans l’après-vente, fait souvent la différence entre ceux qui subissent le marché… et ceux qui l’accompagnent.

Abdellah Khalil

Rédaction
Rédactionhttps://www.rechange-maroc.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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