Le monde de la batterie, toujours aussi survolté

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Challengé par l’évolution technologique du parc automobile et par l’émergence d’acteurs exotiques, le monde de la batterie résiste. Mieux, il continue de progresser, démontrant sa capacité à se renouveler, à innover et à répondre aux nouveaux besoins du marché. Mais ces évolutions obligent aussi les spécialistes à rester proches du terrain, afin de permettre aux distributeurs et aux réparateurs de rester à la pointe.

De quoi parle-t-on au juste ? Une question qui a valeur d’éternelle ritournelle pour tous les journalistes de l’après-vente automobile. Parce qu’en dépit des connaissances, de l’expertise ou du niveau de technicité des uns et des autres, l’univers de la rechange demeure profondément complexe, obligeant celles et ceux qui suivent et racontent son actualité à vulgariser pour mieux comprendre, à simplifier sans jamais rien oublier, à étayer sans étouffer… Et la batterie demande, sans doute plus qu’aucune autre famille de produits, à se poser cette question. Parce que derrière ce terme se cache une multitude de thématiques. Avec le boom des nouvelles motorisations et les évolutions technologiques du parc roulant, cette notion a progressivement muté. Dans l’imaginaire collectif, on ne pense plus à la batterie 12V mais davantage à celle du pack éponyme qui concentre les attentes ou les craintes dès lors que l’on touche aux véhicules électriques. Pourtant, l’un ne va pas sans l’autre. Par ailleurs, ce que l’imaginaire collectif ne sait pas, ou oublie, c’est que la batterie traditionnelle s’est largement complexifiée. Que l’on touche à l’automobile, au nautisme ou encore au caravaning, pour ne citer que quelques exemples, les besoins ont changé et les technologies aussi, rendant le produit profondément intéressant à analyser. Et puis, avec l’ajout de fonctionnalités – de l’ordre de la sécurité, de la praticité ou juste du design – les véhicules ont vu leurs besoins « énergétiques » se décupler. La batterie a donc fait des petits pour conquérir le moteur et l’habitacle avec tous ses rejetons. Les angles derrière ce sujet ne manquent pas, on l’aura compris, mais c’est bien sur la batterie 12V, et tous ses dérivés, que nous allons nous arrêter.

Une demande persistante et solide

Comptant parmi les éléments historiques de l’après-vente, la batterie plomb-acide – d’abord en 6V dès sa création au 19e siècle jusqu’au milieu du 20e, puis en 12V – a été de tous les grands bouleversements que l’automobile a pu vivre. Mais les équipementiers spécialisés ont toujours su faire preuve de réactivité et d’inventivité pour proposer des produits répondant aux usages et aux besoins. Notre époque ne fait pas défaut à cette règle, ce qui explique la bonne santé de ce marché. Qu’elles soient dédiées au démarrage, à l’éclairage ou à l’alimentation auxiliaire des voitures, les batteries au plomb-acide constituent une famille solide, affichant une croissance modérée mais réelle malgré la montée des technologies au lithium. En 2024‑2025, ce segment a pesé plusieurs dizaines de milliards de dollars au niveau mondial, soutenu par la production continue de véhicules thermiques et hybrides ainsi que par le renouvellement du parc existant. Le marché devrait croître à un niveau compris entre 3 % et 5 % jusqu’en 2035, selon certaines sources, reflétant une demande persistante. « Dans son ensemble, le marché de la batterie se porte plutôt bien pour les fabricants qui ont une taille critique et leurs circuits de distribution » confirme Vincent Morel, directeur des ventes exports de Lubatex. « Le parc automobile a tendance à vieillir du fait que les gens ne savent pas quelle technologie de véhicule choisir pour l’avenir, pointe Sébastien Mallard, responsable commercial et stratégie du groupe Steco. Donc ils conservent leur véhicule et entretiennent celui-ci et cela soutient notre activité. »

Les cartes sont redistribuées

Toutefois, la vitalité du secteur se conjugue avec une redéfinition des forces en présence. « Nous avons observé quelques défaillances européennes au cours de l’année 2025, qui tendent à indiquer que le marché de la batterie va se concentrer encore un peu plus entre quelques grands acteurs » analyse Vincent Morel. Une tendance à mettre en grande partie au crédit des nouveaux challengers de la batterie. L’appât du gain tout autant que le contexte économique, au demeurant tendu dans plusieurs régions du globe, ont incité de nouveaux acteurs à entrer dans la danse. Les fabricants asiatiques, et turcs dans une moindre mesure, font leur apparition ou consolident progressivement leurs positions. Pour accélérer le mouvement, certains acteurs projettent même de s’implanter en Afrique du Nord pour installer des unités de production au plus près des marchés maghrébins et non loin de ceux européens. Et si ces nouveaux entrants contribuent à diluer le marché, à rendre la part de chacun un peu moins grosse, les représentants historiques du secteur reconnaissent malgré tout quelques atouts aux fabricants exotiques. Alors que certains persistent à ne miser que sur le prix, reléguant la technicité du produit au second plan, d’autres réussissent à monter en qualité. Les fabricants chinois s’inscrivent pleinement dans une stratégie d’amélioration de leurs gammes de produits, tant au niveau des performances que de la fiabilité, offrant ainsi au consommateur une solution supplémentaire à un tarif plus abordable. Les firmes historiques, de surcroît premium, gardent toutefois un coup d’avance grâce au développement technologique du secteur.

EFB-AGM, le match est lancé

Aujourd’hui, la majorité du marché est portée par les batteries 12 V de type plomb‑acide fiables et peu coûteuses. Mais les variantes EFB (Enhanced Flooded Battery) et AGM (Absorbent Glass Mat) gagnent en importance dans les voitures modernes équipées de systèmes start‑stop et d’équipements électriques plus exigeants comme nous le verrons plus tard. Bien que son entreprise ne soit pas présente au Maghreb, Michel Meyer, le directeur de Banner France, demeure un observateur avisé. Ce dernier note ainsi que si « l’EFB reste à un niveau élevé », une forte « évolution des gammes et des ventes en technologie AGM » est constatée. « Actuellement, la demande en batteries EFB dans le segment aftermarket des véhicules légers reste prédominante en raison du parc existant, largement issu des plateformes constructeurs utilisant cette technologie, étaye-t-on chez Exide. Un remplacement correct implique de conserver le même type de batterie (remplacer une EFB par une EFB, une AGM par une AGM). Ainsi, les EFB restent aujourd’hui les plus répandues. Cependant, les constructeurs développent déjà de nouveaux modèles reposant majoritairement sur la technologie AGM, notamment en raison de meilleures performances en freinage régénératif, d’une meilleure acceptation de charge et d’une meilleure endurance. Nous nous attendons donc à ce que la demande de batteries AGM croisse plus rapidement que celle des EFB à l’avenir, au fur et à mesure que les nouveaux modèles remplaceront progressivement les plus anciens dans le parc roulant. » Mais l’un dans l’autre, ces deux technologies constituent un formidable strapontin vers le succès pour les fabricants. « De plus en plus de véhicules demandent des technologies différentes suivant leurs besoins, raison pour laquelle nous vendons de plus en plus de batteries EFB et AGM en véhicules légers » explique Sébastien Mallard, précisant que celles-ci pèsent désormais 35 % des ventes de Steco. « Nous souhaitons capitaliser sur notre leadership technologique pour poursuivre notre différenciation sur le marché. Ainsi, nous communiquons beaucoup sur la valeur ajoutée, et surtout la durabilité de nos batteries EFB et AGM, par rapport aux batteries standard. Notre fournisseur Clarios a aussi choisi d’investir beaucoup de ressources en R&D pour compléter la gamme et satisfaire les besoins de nouvelles tendances du marché, notamment la fonction « hôtel » dans les poids lourds » éclaire Vincent Morel. Le représentant de Lubatex apporte toutefois une nuance à l’évolution décrite : au Maghreb plus spécifiquement, l’EFB reste minoritaire et ne perce pas aussi rapidement qu’ailleurs dans le monde, notamment au Moyen-Orient. Malgré une demande grandissante, l’AGM y demeure ainsi majoritaire. Preuve de cette tendance, Clarios a beaucoup œuvré récemment pour augmenter les capacités de production de ses usines en Allemagne sur ce type de batteries et pour préserver son leadership en la matière. Toujours sur le plan technologie, face aux batteries plomb‑acide, celles au lithium‑ion gagnent doucement du terrain dans certains segments, par exemple dans certaines voitures électriques haut de gamme ou applications spécialisées, mais restent minoritaires.

L’électrique, une opportunité pour le marché

D’ailleurs, au-delà de ces technologies, si la demande est actuellement positive, c’est qu’elle est tirée non seulement par les voitures thermiques mais aussi par les véhicules hybrides et électriques, qui utilisent encore une batterie 12 V pour les systèmes auxiliaires. De quoi préserver la pertinence de cette technologie même dans un contexte d’électrification croissante. « L’électrique est une avancée qui pousse le marché à innover » résume le responsable commercial et stratégie de Steco. « Nous fournissons en monte d’origine et en rechange des batteries 12 V en technologie EFB ou AGM pour l’alimentation du réseau de bord. Toutefois, de manière générale, ce sont de petits ampérages (jusqu’à 50Ah, certaines en 70Ah) qui équipent les électriques, donc cela fait baisser l’ampérage moyen de notre distribution, et donc de nos revenus. Un véhicule thermique a un ampérage moyen de 70 Ah/80 Ah » détaille encore Michel Meyer. « La tendance va vers une capacité plus élevée, une meilleure stabilité et de nouvelles chimies, commente Exide. La complexité accrue des véhicules nécessite des batteries basse tension plus performantes, mais pas forcément plus puissantes en termes de tension. […] Pour les applications auxiliaires, nous pensons plutôt que plusieurs réseaux basse tension sont nécessaires plutôt qu’un seul plus puissant. Par exemple, certains modèles de berlines haut de gamme Mercedes intègrent jusqu’à trois batteries, ce qui illustre clairement cette tendance. » Vincent Morel pointe quant à lui une autre donnée importante, et plutôt très intéressante, pour les fabricants spécialisés. Avec l’électrique, « les constructeurs souhaitent garder des pièces captives. Aussi, nous avons notamment tendance à observer une multiplication de références pour certaines batteries, avec des connectiques bien spécifiques. […] Potentiellement, cela signifie plus de batteries dans un même véhicule, avec des connectiques très spécifiques, et donc une offre plus importante et une croissance de l’activité. »

Soutenir le terrain

Mais si cette complexité accrue peut être une aubaine pour les fabricants, leur offrant d’inédites opportunités de business, cela implique aussi de prendre en considération le terrain. Car un produit pointu n’est jamais rien qu’un produit de plus s’il n’est pas correctement assimilé par les revendeurs et les utilisateurs. En Afrique du Nord, dans une région où le parc roulant est en pleine mutation et la croissance du secteur automobile forte, les mutations qui s’opèrent dans la batterie nécessitent d’accompagner et de former. De l’avis même de nos témoins, le niveau de connaissance globale des distributeurs et réparateurs s’avère plutôt bon, grâce notamment à l’appui toujours plus important des nouveaux outils de communication qui facilitent la circulation de l’information sur le web et contribuent à faire progresser l’expertise du marché. Toutefois, « notre industrie évolue rapidement. Il est donc nécessaire de maintenir une présence régulière et d’intervenir auprès des professionnels pour rappeler les principaux arguments de différenciation, nos avantages comparatifs et règles essentielles pour gérer les stocks par exemple » estime Vincent Morel. L’an passé, en coordination avec ses partenaires locaux, Lubatex a multiplié les échanges et les rencontres avec son réseau de distribution. Autant de moments qui ont permis à la société d’identifier les interrogations et les besoins, mais aussi de nourrir la réflexion et le savoir-faire de ses représentants. « C’est ainsi que nous nourrissons notre réflexion et travaillons à développer un programme spécifique adapté à la demande. L’enjeu est de maintenir le contact, et de garder l’intérêt pour nos produits et solutions » ajoute le directeur des ventes exports. « Avec les nouvelles technologies appliquées aux gammes AGM et EFB, la formation reste nécessaire et nous pouvons proposer des programmes dédiés » pointe de son côté Exide.

La notion de marque continue de peser

Consolider ces relations et apporter de la matière grise aux prescripteurs de ces batteries est d’autant plus crucial que le marché maghrébin continue de croire fortement à la notion de marque. « Les consommateurs connaissent bien les marques réputées ainsi que les principaux acteurs du marché, certains provenant directement de l’équipement d’origine. Exide, étant également un fabricant OE, constitue assurément une marque bien reconnue dans la région » analyse-t-on dans les rangs du fabricant. Savoir-faire et faire savoir forment ainsi un binôme indissociable. « Tous les leaders l’ont bien compris, et ils investissent dans leur image, confirme Vincent Morel. Grâce au soutien de Clarios, nous le faisons de plus en plus en collaboration totale avec notre distributeur AutoPlus-Maghreb Accessoires au Maroc et Autodistribution en Tunisie. » Depuis le mois de février, la marque est ainsi visible dans les rues de Casablanca avec une campagne d’affiche inédite, dupliquée sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram et LinkedIn). L’an passé, elle avait également déployé de grands efforts pour faire connaître la nouvelle identité graphique de Varta. Séminaires, tournées sur le terrain ou campagnes publicitaires de grande envergure (dans des stades de football notamment) ont permis à la marque de rayonner lors du second semestre. Pour Sébastien Mallard, ce travail de communication est d’autant plus incontournable à l’heure où la concurrence se renforce. « Il y a des consommateurs pour chaque cible, que ce soit le haut de gamme, le milieu ou l’entrée. Tout dépend de la stratégie commerciale de chacun » dit-il. Lubatex a par exemple choisi de se détourner du bas du panier pour se concentrer sur des offres à plus forte valeur ajoutée. Le groupe estime ainsi qu’entre les coûts de fabrication et les prix de revient, l’équilibre s’avère difficile à trouver autrement. La proposition premium tient essentiellement dans Varta alors que les clients qui n’ont pas le pouvoir d’achat permettant de se tourner vers ce type de batteries pourront alors se rabattre sur les marques de milieu de gamme propres à Lubatex telles que Freebatt, BlueStorm et DriveX. Cet ensemble se rejoint sur des vertus communes que sont la technicité, la fiabilité ou encore la valeur ajoutée. Pour tous les acteurs du marché, innovation, présence terrain et sens de l’animation demeureront les meilleurs leviers pour exister et grandir. Même si le monde de l’automobile reste un univers extrêmement difficile à lire et à prévoir, ces derniers savent que les perspectives de croissance sur leur marché de prédilection semblent réelles, à défaut d’être grandioses. « Les indicateurs à court terme sont très bons, confirme-t-on chez Lubatex. Nous sommes très optimistes et confiants. En plus, nous avons un vrai hiver sur la région qui va soulager la pression sur le stress hydrique notamment. En outre, Clarios souhaite s’investir plus encore sur la zone, et le continent. Tous ces éléments ne peuvent être que bénéfiques pour notre industrie en 2026. » « Le marché est tellement en mouvement ces derniers temps qu’il est difficile de se projeter à court terme » tempère quant à lui Sébastien Mallard. Chez Exide, on estime que « le parc de véhicules particuliers et utilitaires devrait croître de 1 % au cours des cinq prochaines années. Par conséquent, nous nous attendons à une croissance similaire de la demande de batteries, bien que les trajectoires diffèrent selon les technologies et les applications. » Une croissance tirée notamment par celle des véhicules électriques, amenés à représenter environ 20 % du parc automobile particulier mondial et 10 % du parc utilitaire à horizon 2030.

Julien Nicolas

Rédaction
Rédactionhttps://www.rechange-maroc.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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