Dans le même pavillon marocain où se trouvaient SM2F et d’autres acteurs de la pièce automobile, un autre stand retenait l’attention des visiteurs : celui d’ASZ et de SINFA, deux marques portées par le même groupe et par un dirigeant au parcours singulier, Ali Moamah, figure bien connue du secteur marocain de la filtration et du câblage. Sa présence à Paris s’inscrit dans une démarche stratégique : montrer que l’industrie marocaine de la rechange ne se limite plus au territoire national, mais qu’elle cherche à dialoguer avec le marché européen, à se structurer et à s’implanter durablement dans les circuits de distribution.
À première vue, le stand ASZ/SINFA n’a rien de spectaculaire. Les produits sont présentés sobrement, sans artifice. Mais à y regarder de plus près, on comprend qu’ici, le fond prime sur la forme. Les filtres exposés, les catalogues soigneusement disposés et les échanges constants avec les visiteurs traduisent une logique de travail rigoureuse. « Aujourd’hui, ce que les clients cherchent, c’est la qualité », explique Ali Moamah. Une phrase simple, mais révélatrice de l’état d’esprit de l’entreprise : avancer par la crédibilité technique, pas par la communication tapageuse.
SINFA, spécialisée dans la filtration automobile, et ASZ, active dans la fabrication de câbles, partagent une même philosophie : développer des produits qui répondent aux normes européennes tout en restant compétitifs. Leur présence à Equip Auto Paris 2025 s’inscrit dans un plan plus large d’expansion sur le continent, appuyé sur des atouts concrets : la proximité géographique, des délais de livraison courts et un rapport qualité-prix difficile à égaler. « En une semaine, on peut livrer entre le Maroc et la France », précise Ali Moamah, rappelant que le Maghreb bénéficie d’un avantage logistique évident pour les acheteurs européens, souvent contraints par des chaînes d’approvisionnement saturées.
Miser sur la proximité et la réactivité
Autour du pavillon marocain, les échanges se poursuivent dans une atmosphère à la fois studieuse et cordiale. Des visiteurs italiens, espagnols ou belges s’arrêtent devant les produits exposés. Certains connaissent déjà les marques, d’autres les découvrent. Le dirigeant multiplie les discussions, écoute, prend des notes, et surtout tisse des contacts. Deux clients italiens, rencontrés lors des précédentes éditions, sont revenus cette année pour envisager une relance de la collaboration. « On est en train de faire une tournée, de revoir les grands distributeurs », confie-t-il. Dans sa voix, on devine cette volonté patiente de bâtir sur la durée plutôt que de viser l’effet d’annonce.
L’entretien laisse apparaître une idée claire : ASZ et SINFA ne veulent plus être de simples exportateurs occasionnels, mais des acteurs installés, capables de livrer vite et bien. Pour cela, Ali Moamah réfléchit à une présence logistique sur le sol européen, afin de rapprocher l’offre marocaine de la demande locale. « Ce sont souvent de petits clients qui veulent être livrés en 48 ou 72 heures. Il faut donc une structure sur place, même modeste, avec une petite équipe et un dépôt local », explique-t-il.
Cette approche pragmatique traduit bien la maturité croissante des entreprises marocaines : ne plus attendre la commande, mais anticiper le besoin, rationaliser les délais et bâtir une relation de proximité avec les acheteurs européens.
Mais derrière cette stratégie commerciale, il y a une réalité industrielle solide. SINFA et ASZ ont investi dans l’élargissement de leurs gammes. « Pour convaincre les clients, il faut une gamme large », insiste le dirigeant. L’entreprise a donc enrichi son catalogue, introduit de nouvelles références et modernisé son offre pour répondre aux standards internationaux. Le stand déborde de catalogues fraîchement imprimés, véritables vitrines techniques où s’affichent les numéros de référence, les équivalences OEM et les compatibilités multimarques. Ces détails, invisibles pour le grand public, sont essentiels pour les distributeurs : ils traduisent la maîtrise du produit et la fiabilité du fournisseur.
Le positionnement des deux marques est clair. Compétitivité sur le prix, régularité sur la qualité et réactivité sur la logistique. Trois arguments simples, mais qui deviennent stratégiques dans un contexte où les importateurs européens cherchent des alternatives aux fournisseurs asiatiques, confrontés à des hausses de coûts et à des délais parfois interminables. Dans ce sens, le Maroc se présente comme un partenaire industriel crédible, capable d’offrir une qualité de fabrication conforme aux normes européennes tout en restant flexible et proche. Les interlocuteurs français ou belges rencontrés sur place ne s’y trompent pas : la carte du « Made in Morocco » séduit de plus en plus par sa combinaison de sérieux et d’agilité.
Vers une industrie marocaine structurée et ouverte
Sur le plan industriel, Ali Moamah revendique une expérience solide du partenariat international. Le groupe a déjà collaboré avec plusieurs équipementiers européens et américains – des noms connus dans la filtration et le câblage – et se dit prêt à accueillir de nouveaux partenaires pour des projets de co-fabrication ou d’assemblage local. Cette ouverture révèle un état d’esprit entrepreneurial, bien loin de la simple logique de sous-traitance. « Nous restons attentifs à toute opportunité de partenariat industriel ou d’échange de produits », explique-t-il, sans en dire plus. Derrière cette phrase mesurée se cache une conviction : l’avenir de l’industrie marocaine se jouera autant dans la coopération que dans l’autonomie.
Le pavillon marocain devient ainsi une scène d’échanges et de négociations. Les représentants des différentes sociétés s’entraident, se recommandent mutuellement auprès des visiteurs étrangers. Chacun sait que le succès d’une entreprise profite à l’image du pays tout entier. L’union fait la force, et à Equip Auto Paris 2025, cette maxime semble prendre tout son sens.
Les conversations s’enchaînent dans un mélange de français, d’arabe et d’anglais technique. Entre deux démonstrations, Ali Moamah insiste sur un point : « ce qui compte, c’est la présence ». La phrase, prononcée simplement, résonne comme un manifeste. Dans un secteur dominé par les géants, la constance devient une arme. Être là, répondre, montrer que le Maroc produit et innove, c’est déjà affirmer une position dans un marché mondialisé.
Cette philosophie se traduit aussi dans la stratégie d’export. Le groupe ne vise pas seulement la France, mais l’ensemble du continent européen. Les premiers contacts sont venus d’Italie et de Belgique, mais les perspectives s’étendent vers d’autres marchés. Le choix n’est pas seulement commercial, il est aussi logistique : le Maroc, grâce à ses ports modernes et à ses liaisons maritimes régulières, peut livrer en quelques jours n’importe quel point d’Europe occidentale. L’enjeu, désormais, est d’organiser cette présence, de structurer une offre cohérente et de continuer à investir dans la fiabilité et la conformité des produits. C’est tout le sens de la démarche portée par Ali Moamah : faire de l’industrie marocaine de la rechange un partenaire naturel du marché européen.
Les visiteurs qui s’arrêtent sur le stand repartent souvent avec le même étonnement : celui de découvrir que ces filtres et câbles sont conçus et produits à Casablanca, selon les mêmes standards que ceux des grands équipementiers. Le dirigeant ne cherche pas à séduire par des discours, mais par la démonstration. Il parle peu de chiffres, davantage de procédés, de délais, de contrôle qualité. Il sait que dans la rechange, la confiance se gagne dans le détail : la régularité des livraisons, la stabilité du produit, la transparence technique.
Le salon s’achève dans une atmosphère de bilan. Pour certains, la fréquentation aura paru modeste. Pour d’autres, comme Ali Moamah, l’essentiel est ailleurs : dans la consolidation des relations, dans la visibilité, dans cette présence marocaine qui s’installe année après année sur la carte européenne de la rechange. Derrière le calme apparent du stand, on sent la préparation d’une nouvelle étape – celle de la structuration logistique et de la conquête des marchés voisins.
Dans le pavillon marocain d’Equip Auto Paris 2025, ASZ et SINFA auront représenté cette vision : celle d’un Maroc industriel, ancré dans son savoir-faire, mais ouvert sur le monde. Entre la rigueur de la mécanique et la souplesse du commerce, ces entreprises tracent un chemin singulier, fait de constance, de méthode et d’ambition.
Et si le salon n’a pas encore livré tous ses fruits, il a au moins confirmé une chose : le Maroc de la rechange n’observe plus, il agit. Derrière les filtres, les câbles et les catalogues, ce sont des stratégies d’avenir qui s’écrivent, portées par des dirigeants comme Ali Moamah — discrets, mais visionnaires.
Abdellah Khalil










