Présent à Automechanika Istanbul 2026, Abdelaziz Brighach, PDG de Brigh Sud Automotive, fabricant marocain de plaquettes de frein et de filtres automobiles, observe une évolution qu’il juge majeure pour l’industrie marocaine de l’après-vente. Longtemps confrontés à une certaine méfiance sur leur propre marché, les fabricants marocains bénéficient aujourd’hui d’un intérêt croissant de la part des clients étrangers, notamment européens. Une dynamique portée par les impératifs de qualité, de réactivité et de sécurisation des approvisionnements.
Dans les halls d’Automechanika Istanbul 2026, les discussions tournent souvent autour des mêmes préoccupations : tensions logistiques, délais de livraison, coûts de transport ou encore diversification des sources d’approvisionnement. Autant de sujets qui occupent désormais une place centrale dans les stratégies des distributeurs et des industriels.
Pour Abdelaziz Brighach, cette évolution est loin d’être anodine. Elle contribue même à modifier progressivement la place occupée par certains pays dans les chaînes d’approvisionnement internationales.
À la tête de Brigh Sud Automotive, entreprise marocaine spécialisée dans la fabrication de produits destinés à l’après-vente automobile, il observe depuis plusieurs années une évolution du regard porté sur les industriels marocains.
« Nous recevons de plus en plus de demandes en provenance de pays européens. Les clients recherchent davantage de stabilité et veulent s’assurer que leurs marchandises seront livrées dans des délais raisonnables », explique-t-il.
Cette tendance s’est accélérée avec les difficultés rencontrées ces dernières années sur certaines routes logistiques mondiales. Entre les perturbations du transport maritime, l’allongement des délais d’approvisionnement et les incertitudes géopolitiques, de nombreux acheteurs cherchent aujourd’hui à rapprocher leurs fournisseurs de leurs marchés de destination.
Dans ce contexte, le Maroc apparaît progressivement comme une alternative crédible. Même lorsque les prix proposés ne rivalisent pas toujours avec ceux de certains fournisseurs asiatiques, d’autres critères prennent désormais davantage de poids dans les décisions d’achat.
« Le client cherche aussi une garantie de service, de stabilité et de disponibilité. Aujourd’hui, ces éléments comptent de plus en plus dans le choix d’un fournisseur », souligne Abdelaziz Brighach.
Le regard des Marocains change lui aussi
Cette évolution ne concerne pas uniquement les marchés étrangers. Pendant longtemps, les industriels marocains ont parfois eu le sentiment d’être davantage reconnus à l’international que sur leur propre marché. Une situation que le dirigeant estime en train de changer progressivement.
« Il y a quelques années, les clients étrangers accordaient souvent plus de valeur au Made in Morocco que les Marocains eux-mêmes », se souvient-il.
Pour convaincre le marché local, l’entreprise a parfois dû multiplier les démonstrations concrètes de la qualité de ses produits. Des échantillons étaient distribués aux professionnels afin qu’ils puissent tester eux-mêmes les références proposées et comparer leurs performances avec celles des produits importés. Une démarche qui a fini par porter ses fruits.
Selon Abdelaziz Brighach, les professionnels marocains accordent aujourd’hui davantage de crédit aux fabricants nationaux, notamment lorsque ceux-ci démontrent leur capacité à respecter les standards internationaux. Cette progression de la confiance s’appuie également sur un travail important réalisé autour de la certification et de la qualité.
Au fil des années, Brigh Sud Automotive a renforcé son dispositif en obtenant plusieurs certifications internationales, parmi lesquelles les normes ISO 9001, ISO 14001 et ISO 45001. Pour l’entreprise, ces démarches ne répondent pas uniquement à des exigences administratives. Elles constituent également un outil de crédibilisation auprès des clients et des partenaires internationaux.
« Ces certifications nous ont beaucoup aidés à gagner la confiance des clients et à poursuivre notre développement », affirme le dirigeant.
Istanbul, un observatoire des nouvelles opportunités
Pour Brigh Sud Automotive, Automechanika Istanbul reste avant tout un salon orienté vers les marchés émergents, les pays arabes et le continent africain.
L’accessibilité de la Turquie, notamment pour les visiteurs qui rencontrent parfois des difficultés à obtenir des visas pour certains pays européens, contribue largement à cette attractivité.
« Beaucoup de professionnels venant d’Afrique ou du monde arabe peuvent se rendre plus facilement à Istanbul. Cela facilite les rencontres entre clients, fournisseurs et fabricants », explique Abdelaziz Brighach.
Cette dimension internationale représente précisément l’une des raisons de la présence de l’entreprise marocaine sur le salon. L’objectif est clair : identifier de nouveaux marchés et poursuivre l’expansion de ses activités à l’export.
De l’Europe au Moyen-Orient, la diversification des marchés se poursuit
Si l’intérêt croissant des clients européens constitue aujourd’hui l’un des principaux moteurs de développement de Brigh Sud Automotive, l’entreprise ne limite pas ses ambitions au seul continent européen.
Au fil des années, elle a construit un portefeuille de clients répartis sur plusieurs marchés, notamment en Espagne, au Portugal, au Sénégal et en Égypte. Une présence qui lui permet de mieux répartir ses activités tout en identifiant de nouveaux relais de croissance. Parmi ces destinations, le Portugal occupe actuellement une place particulière. « Aujourd’hui, le marché qui représente le plus d’opportunités pour nous est le Portugal. Nous travaillons déjà avec ce pays et nous souhaitons poursuivre notre développement sur ce marché », explique Abdelaziz Brighach.
La France figure également parmi les priorités de l’entreprise. Le marché français présente plusieurs avantages : une proximité géographique avec le Maroc, une forte présence de véhicules européens et une attention croissante portée à la qualité des produits.
Pour le dirigeant, les industriels marocains disposent désormais d’arguments solides pour répondre aux exigences des clients européens. « Nous ne rencontrons pas de problème particulier sur la qualité. Nous travaillons selon des normes internationales et nous avons les certifications nécessaires pour répondre aux attentes des marchés européens », souligne-t-il.
Cette montée en puissance du Made in Morocco s’accompagne d’un effort continu d’adaptation aux évolutions du parc roulant. À Istanbul, Brigh Sud Automotive présente ainsi plusieurs nouvelles références développées pour des modèles récents de constructeurs comme Ford, Peugeot, Mercedes ou encore Citroën.
L’objectif est simple : maintenir une couverture produit en phase avec les besoins réels du marché. « Nous avons élargi notre gamme avec de nombreuses références correspondant aux véhicules récents. Nous développons continuellement de nouveaux produits en fonction de l’évolution du parc automobile », explique Abdelaziz Brighach.
Le Moyen-Orient, nouveau terrain d’expansion
Au-delà de l’Europe, une autre région retient particulièrement l’attention du dirigeant marocain : le Moyen-Orient. À ses yeux, Automechanika Istanbul constitue justement une porte d’entrée privilégiée vers plusieurs marchés du Golfe qui figurent désormais parmi les cibles prioritaires de l’entreprise.
« J’espère surtout ouvrir davantage les marchés du Moyen-Orient : l’Irak, le Koweït, le Qatar ou encore l’Arabie saoudite », confie-t-il. Parmi ces pays, l’Arabie saoudite occupe déjà une place à part. L’entreprise marocaine y a récemment engagé une collaboration originale qui dépasse le cadre traditionnel de la fourniture de produits finis.
Au lieu d’exporter directement certaines références, Brigh Sud Automotive accompagne aujourd’hui un partenaire saoudien dans le développement de sa propre production locale.
« Nous avons récemment commencé à travailler avec un partenaire en Arabie saoudite. Dans ce cas précis, ils n’ont pas acheté le produit mais la formule de fabrication », explique Abdelaziz Brighach.
Cette démarche montre l’évolution progressive de certaines entreprises marocaines, qui ne se limitent plus à vendre des produits mais commencent également à valoriser leur expertise technique et leur savoir-faire industriel.
Le partenaire saoudien disposait déjà de capacités de production, mais recherchait une solution technique lui permettant d’améliorer ses produits. Après avoir étudié les formulations développées par Brigh Sud Automotive, il a choisi de s’appuyer sur l’expérience accumulée par l’entreprise marocaine.
« Ils possédaient déjà une usine, mais ils avaient besoin d’une formule performante. Nous avons commencé à leur transmettre notre savoir-faire et nous espérons poursuivre cette collaboration sur le long terme », explique le dirigeant.
Une nouvelle étape pour le Made in Morocco
À travers cette expérience, Abdelaziz Brighach voit peut-être l’un des signes les plus révélateurs de l’évolution actuelle de l’industrie marocaine. Pendant longtemps, les entreprises nationales ont dû démontrer qu’elles étaient capables de produire selon les standards internationaux. Aujourd’hui, certaines commencent à être sollicitées non seulement pour leurs produits, mais également pour leurs compétences techniques et leur savoir-faire industriel.
Cette évolution accompagne la montée en maturité de l’écosystème automobile marocain, qui bénéficie désormais d’une reconnaissance croissante auprès des professionnels internationaux. Dans les allées d’Automechanika Istanbul, où se croisent acheteurs, fabricants et distributeurs venus des quatre coins du monde, Brigh Sud Automotive ne vient pas seulement promouvoir ses plaquettes de frein, ses filtres automobiles ou ses nouvelles références destinées aux véhicules récents. L’entreprise porte également l’image d’un tissu industriel marocain qui gagne progressivement en crédibilité sur les marchés internationaux et qui entend désormais jouer un rôle plus important dans les chaînes d’approvisionnement régionales.
Pour Abdelaziz Brighach, le défi consiste maintenant à transformer cette reconnaissance en nouvelles opportunités commerciales, aussi bien en Europe qu’au Moyen-Orient. Et à en croire les contacts noués à Istanbul, ainsi que les projets engagés avec certains partenaires étrangers, le potentiel de développement reste encore largement ouvert.
Abdellah Khalil










