Au milieu des stands, des démonstrations techniques et des discours institutionnels, une petite silhouette a retenu l’attention lors de la Journée nationale de l’industrie 2025 : la Dial-E. Compacte, silencieuse, presque discrète, elle symbolise pourtant un changement plus large. Neo Motors revient avec un projet électrique qui cherche à conjuguer pragmatisme industriel, ambitions nationales et ouverture à de nouveaux usages. Le Maroc veut prouver qu’il peut produire localement des véhicules électriques légers ; la Dial-E devient le premier test grandeur nature de cette ambition.
La nouvelle marque E-NEO, lancée par Neo Motors, se focalise entièrement sur la mobilité électrique légère. Son premier modèle, la Dial-E, adopte une fiche technique simple mais cohérente : vitesse maximale de 85 km/h, autonomie d’environ 150 km et charge utile de 350 à 400 kg. De quoi répondre aux besoins des livraisons urbaines, des flottes de service ou des entreprises touristiques qui recherchent un véhicule compact et économique.
L’un des arguments centraux mis en avant par l’entreprise reste l’homologation européenne complète (catégorie L7e-CU), une première pour un véhicule conçu et assemblé au Maroc, et plus largement en Afrique. À Aïn El Aouda, Neo Motors présente cette certification comme un jalon important : elle ouvre la voie à des exportations ciblées et inscrit la marque dans un environnement normatif très exigeant. Le prix annoncé – 99.800 DH – ambitionne d’en faire un modèle accessible pour les professionnels comme pour certaines administrations, avec une mise sur le marché prévue le 1ᵉʳ janvier 2026.
Au-delà du produit, Neo Motors raconte une trajectoire. Depuis 2023, l’entreprise affirme avoir automatisé une partie de sa chaîne, augmenté ses effectifs et structuré un réseau de fournisseurs locaux. L’objectif affiché est clair : ancrer progressivement une filière électrique légère « made in Morocco », capable d’évoluer sans dépendre exclusivement de technologies importées.
Entre enthousiasme, doutes et nécessité de transparence
Le lancement de la Dial-E a toutefois été accompagné de commentaires moins enthousiastes. Les premières images du modèle ont rapidement été comparées sur les réseaux sociaux à un petit véhicule électrique chinois vendu en ligne à un tarif nettement inférieur. Les débats ont tourné autour de la ressemblance esthétique, du véritable niveau de conception locale et de la définition même d’un véhicule « fabriqué au Maroc ».
Face à ces interrogations, Neo Motors a choisi une réponse directe : ouvrir son usine au public. L’entreprise a annoncé que les visiteurs pourront découvrir la chaîne de production et même tester la Dial-E, une manière de montrer le processus d’assemblage, les équipements utilisés et le rôle des équipes locales. Une opération de transparence assumée, pensée comme un contrepoids aux critiques.
Ces discussions ne concernent pas uniquement la Dial-E. Elles touchent à un enjeu plus large : la perception du produit marocain, la part réelle de fabrication locale et la pression croissante liée au « Fabriqué au Maroc ». Dans un pays où l’industrie automobile a beaucoup progressé, l’apparition d’un utilitaire électrique national crée des attentes fortes… mais aussi des exigences élevées. La Dial-E en devient malgré elle le porte-étendard, à la fois vecteur d’espoir et objet de vigilance.
Abdellah Khalil





