Interview Cetiev

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Organisme chargé d’accompagner les industries dans leur développement, de certifier, d’homologuer ou encore de contrôler les normes et leurs conditions d’application par les entreprises, le CETIEV est une pierre angulaire de l’industrie et de l’importation automobiles au Maroc. Ali Moamah, son président, et Abdelhakim Reda, son directeur général ont accepté de nous en dire plus sur leurs process et leurs missions.

Comment s’est passée 2023 dans le secteur auto au Maroc ?

L’année 2023 s’est révélée plutôt bonne et en progression tant dans le domaine de la vente de véhicules que dans celui de la rechange. 2024 semble aller dans le sens de la stabilisation.

Une bonne année pour l’automobile c’est aussi une bonne année pour le contrôle des pièces ?

Notre activité ne se résume pas au contrôle, bien au contraire, même si au début, c’était le cas. En effet, notre rôle au CETIEV, en 2010, se définissait par ses activités de contrôle des pièces réglementaires. Mais il s’est vite tourné vers une mission qui représente bien davantage aujourd’hui, à savoir accompagner le développement des équipementiers marocains. Cela se traduit, par exemple, par des formations que nous effectuons auprès des équipementiers première monte et seconde monte à Kenitra, dans la zone franche. Pour eux, également, nous procédons à de très nombreux tests. C’est ainsi que notre chiffre d’affaires « contrôle réglementaire » n’atteint plus les 30 % alors qu’il était aux alentours de 80 % au démarrage. La raison essentielle – et nous nous en félicitons – vient de Salamatouna dont l’obtention du label par les importateurs leur épargne la plupart des tests de contrôle. Il faut vraiment mettre l’accent sur cette question, le label Salamatouna exonérant les importateurs des charges liées au contrôle des pièces qui prend du temps, parce que les normes régissant ces tests ne sont pas négociables.

Votre activité se tourne davantage vers le soutien aux entreprises, mais qu’en est-il au juste ?

Le Maroc accueille de plus en plus de grands équipementiers dont beaucoup travaillent pour les constructeurs Stellantis et Renault installés dans le pays. Nous procédons donc à des tests pour eux, à la fois pour leurs développements produits et à la fois pour des prestations d’assistance liés à leurs projets des homologations constructeurs. Nous avons également signé il y a trois ans un partenariat avec Stellantis Recherche et Développement et sommes entrés dans le Cetiev 2.0. Nous formons des ingénieurs que nous mettons à leur disposition. En réalité, nous accompagnons les équipementiers et les constructeurs dans leurs démarches qualité et travaillons à augmenter nos capacités de tests pour répondre à leurs développements. Bénéficier de laboratoires comme les nôtres à leur porte s’avère très utile pour eux et, pour nous, constitue une opportunité de croissance de notre chiffre d’affaires, certes et surtout de notre efficience et de notre offre de tests. Cette orientation du Cetiev provient d’une volonté gouvernementale d’assister les grands industriels qui s’installent au Maroc, afin que nous soyons des partenaires de proximité permanents dans leurs missions d’innovations. Nous montons en compétences et cela sert les intérêts de ces groupes et ceux de l’industrie marocaine en général qui bénéficient de nos investissements.

Comment arrivez-vous à investir dans les équipements et machines de tests alors que l’automobile s’emballe et crée sans cesse de nouveaux produits et systèmes ?

A l’origine, c’est l’Etat marocain qui a investi dans les bâtiments et les équipements que l’on met à la disposition des équipementiers et des opérateurs du secteur automobile. S’il s’avère qu’il faut une nouvelle norme pour une technologie nouvelle sur notre territoire et donc des équipements pour la certifier ou la valider, il faut que l’équipementier intéressé en fasse la demande. Par exemple, nous avons un équipementier qui fabrique des pompes à eau et qui a demandé des tests de qualité. Il a alors saisi le ministère de l’industrie pour qu’une norme soit édictée sur la pompe à eau. Et celui-ci a convoqué une commission avec des importateurs de ces pièces, voire de leurs fournisseurs, pour bénéficier de l’avis des industriels internationaux. Lui-même peut venir avec une proposition de norme que le ministère, Imanor, et plusieurs intervenants professionnels de la commission évaluent. Au final, la norme est déclarée valide par le Ministère et est introduite dans les procédures.

L’autre étape importante consiste à certifier les pièces et c’est là que nous intervenons. Nous appliquons le texte de la norme avec les équipements dont nous disposons. Si nous n’avons pas ces équipements, nous faisons une première étude de faisabilité. En effet, s’il y a un seul acteur qui produit un tout petit nombre de pièces, nous ne pouvons pas nous permettre de consacrer un budget important pour acquérir cet équipement. Si, en revanche, le volume est conséquent, que l’équipementier s’engage sur une production importante et que d’autres acteurs pourraient en bénéficier, nous demandons des subventions à l’Etat si cela coûte cher, ou nous l’achetons directement si cela entre dans nos possibilités financières. Le demandeur peut également participer financièrement à cette acquisition.

Le fait que l’équipementier puisse participer financièrement à l’équipement destiné à contrôler le respect de son produit relatif à la norme ne pose-t-il pas un problème déontologique ?

Pour lever toute ambigüité, rappelons que le CETIEV opère dans l’intérêt général et que rien n’interdit à ce qu’un industriel puisse être un partenaire du développement. L’Etat accroît ainsi la compétitivité de l’industrie et le CETIEV accompagne le process de développement soit par une contribution financière, une subvention de l’Etat, soit par ses propres investissements. Ce qu’on génère par de nouveaux équipements nous permet de moderniser nos équipements et de répondre à des demandes de plus en plus nombreuses. Le CETIEV est toujours à l’écoute de l’industriel et l’engagement du bénéficiaire doit être très déterminé.

Pour compléter ce propos, j’ajouterais que nous ne sommes pas concepteurs et décideurs de la norme, nous intervenons dans la préparation, mettons les ressources nécessaires et effectuons-le service qui nous est demandé. Ces services sont facturés, ce qui nous permet de dégager de l’argent avec lequel nous pouvons investir sur un nouvel équipement quand nous sommes assurés d’un retour pour un investissement raisonnable. Nous avons eu le cas avec des plaquettes de frein où l’intérêt général a tranché. Si l’obligation est supportée par une association de fabricants, c’est encore mieux et facilite la capacité d’intervention. C’est même un indicateur qui permet de voir l’état des acteurs d’un secteur. Pour être très honnête, il faut reconnaitre que nous aimons beaucoup développer des projets industriels avec un équipementier marocain, c’est plus intéressant et valorisant.

Vous évoquiez le partenariat avec le constructeur comme une belle opportunité pour le CETIEV, pourriez-vous commenter vos propos ?

Grâce au partenariat avec les constructeurs, nous vivons un engouement de la plupart des acteurs de l’automobile, des constructeurs eux-mêmes et surtout des équipementiers qui entrent ou souhaitent entrer dans le périmètre des deux grands constructeurs installés au Maroc. On nous demande des tests de conformité qui peuvent être présentés aux constructeurs et les constructeurs eux-mêmes nous font faire des tests sur des innovations qu’ils envisagent de produire ou de faire fabriquer. Entendons-nous bien, nous ne sommes pas dans le référencement du constructeur, mais nous fournissons des certificats de conformité pour des produits qui peuvent figurer dans le cahier des charges des constructeurs. Nous apportons aussi une assistance aux constructeurs sur quelques produits mais c’est à la marge, ce sont des grosses pièces comme les sièges, par exemple, ou le vitrage. En revanche, nous travaillons beaucoup sur nos capacités d’intervention, sur le nombre de tests de conformité que nous pouvons exécuter, et sur la qualité des tests en vigueur pour commercialiser le plus grand nombre de prestations de laboratoire aux industriels de notre pays, accomplissant ainsi la mission que nous a confiée l’Etat. Notre objectif consiste à devenir une plateforme à l’innovation et au développement. Un levier de compétitivité pour beaucoup d’équipementiers qui bénéficient d’essais spécifiques. Si nous n’avons pas les normes, nous pouvons aussi en acheter pour jouer notre rôle de proximité national.

Pour en arriver là, nous avons eu de très nombreuses réunions, de présentations, de colloques afin de présenter le potentiel du CETIEV auprès des constructeurs et des équipementiers internationaux de Kenitra, de Tanger et autres. L’issue de ces efforts se lit dans les résultats puisque le chiffre d’affaires obtenu par la partie développement pour les équipementiers représente 60 % du chiffre d’affaires global !

Aucun centre de tests ne peut tout faire, êtes-vous habilités à contracter des partenariats ?

L’UTAC s’est installé sur le territoire marocain et nous avons vu dans son arrivée non un concurrent mais un acteur dont les prestations pouvaient être complémentaires aux nôtres. C’est pourquoi, nous avons décidé de ne pas toucher à leur périmètre d’activités. Nous ne souhaitons pas, en effet, faire de la compétition avec l’UTAC, ce qui serait contreproductif pour nous tous. Nous n’oublions pas notre rôle d’intérêt général et préférons nous féliciter de disposer au Maroc d’un nombre important de laboratoires favorisant le développement des industriels. Nous pouvons être des fournisseurs de l’UTAC si besoin ou recommander l’UTAC à des opérateurs nous réclamant des tests que nous ne pouvons pas exécuter. En revanche, nous ne sous-traitons pas des tests auprès de l’UTAC pour le compte de nos clients, ce n’est pas dans notre rôle.

Le label Salamatouna est devenu plus difficile à obtenir puisqu’il exige l’obtention de la norme ISO 9001, comment travailler vous avec IMANOR sur ce sujet ?

Pour être très simple, je dirais qu’IMANOR est notre client. IMANOR sort la norme et nous, nous en contrôlons l’application. IMANOR décide du label Salamatouna et de ce que ce label recouvre.

En ce qui concerne le prélèvement des pièces issues de l’importation, c’est le ministère lui-même qui décide du nombre de prélèvements et des modalités. Et c’est une délégation du ministère de l’Industrie, le MCA, avec les douanes qui assure le prélèvement des pièces et nous les amène pour leur vérification et les tests de conformité. Le CETIEV exécute les tests de conformité et les envoie au Ministère qui décide de la suite à donner. Le contrôle des pièces fabriquées localement peut être décidé par les pouvoirs publics, en aucun cas par le CETIEV. Pour être tout à fait précis, quand nous recevons les pièces, celles-ci sont sous couvert d’anonymat, nous ne savons pas d’où elles viennent et nous renvoyons le tout au Ministère. Dans le cadre de Salamatouna, c’est le ministère qui prélève les pièces fabriquées localement.

Que se passe-t-il si un importateur, un équipementier n’est pas d’accord avec vos conclusions ? A-t-il un recours possible ?

En tout premier lieu, l’importateur, s’il n’est pas d’accord, peut venir assister au test et se rendre compte par lui-même. Leurs fournisseurs, des équipementiers internationaux sont également venus assister aux tests, voir comment on procédait en toute transparence. Dans le cas, où cela ne les convaincrait pas, ils peuvent alors présenter un dossier auprès d’IMANOR et du Ministère qui statuera sur la suite à donner, parfois après avoir réuni une commission pour comprendre le litige. Le CETIEV exécute et s’il y a un problème, c’est du ressort du ministère tout simplement.

Certains opérateurs reprochent au Cetiev, non pas la nécessité des tests qu’ils cautionnent, mais de la lenteur des tests qui leur pose des problèmes financiers. Que leur répondez-vous ?

Les délais de réponse sont inférieurs à 15 jours et le problème concernant une pièce bien précise qui nous prenait plus de temps à expertiser a été résolu. Nous faisons tous les efforts possibles pour réduire ces temps de contrôle, cependant, pour certains produits, nous devons suivre des procédures imposées par les équipements et les process de validation qui peuvent prendre un peu de temps ; il est des durées incompressibles que nous devons respecter. Mais comme je le disais, les contrôles de conformité sont beaucoup plus rapides depuis qu’il y a le label Salamatouna qui exonère les importateurs de la plupart des prélèvements. Cela nous libère beaucoup plus de temps pour les autres.

Par ailleurs, nous sommes conscients des coûts que cela représente en termes de magasinage lorsque les pièces sont bloquées au port. C’est pourquoi, nous avons mis en place une nouvelle procédure « le rapport provisoire » qui permet à l’importateur de prendre sa marchandise et de la stocker chez lui, lui évitant ainsi les frais de magasinage. Il ne peut pas la commercialiser tant que les conclusions des tests ne sont pas rendues. Mais là encore, les durées de tests imposées, « le temps du labo » comme l’on dit n’est pas négociable. En effet, les tests sont réglementés et les machines normées également.

Il nous faut arbitrer également entre investir dans une machine très coûteuse, dans un banc d’essai dont l’utilisation et le retour sur investissement sont très faibles et le rapport provisoire. Entre 3 millions de dirhams et le rapport, entre cet investissement et d’autres tout aussi importants dans le cadre de Salamatouna, nous devons choisir. Sachant que pour 90 % des pièces certifiées, les délais ne dépassent pas les 10 – 15 jours et ne prennent souvent qu’une semaine.

Nombre de professionnels labellisés ou non aimeraient que le label soit plus médiatisé afin que l’automobiliste devienne un consommateur averti. Que leur répondez-vous ?

Il me semble que la solution incombe au Gipam. J’entends par là qu’il serait très efficace de faire mentionner sur les emballages ou d’ajouter avant de les faire circuler dans les réseaux, la mention « Salamatouna »de manière à ce que tous les revendeurs soient au courant et conseillent leurs clients. Salamatouna fait gagner beaucoup d’argent à ceux qui sont labellisés en leur évitant les contrôles et les frais qui s’y attachent. C’est une bonne raison, je crois, d’entreprendre les démarches nécessaires pour obtenir le label. Bien que cela nous retire un chiffre d’affaires certain, nous incitons les importateurs à effectuer les démarches de labellisation, signe de leur professionnalisme et de la qualité de leurs produits. Nous sommes, bien sûr, à l’écoute des membres du GIPAM pour travailler avec eux sur des pistes d’amélioration.

Propos recueillis par Hervé Daigueperce

Hervé Daigueperce
Hervé Daiguepercehttps://www.rechange-maroc.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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