« La norme reflète l’état de l’art »

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Dans sa nouvelle version, le label Salamatouna requiert de nouvelles obligations dont le caractère plus institutionnel et plus normatif s’avère indéniable. Cependant, bien des opérateurs se montrent encore dubitatifs sur les nouveaux process à adopter, sur la norme marocaine NM ISO 9001 qu’il faut mettre en place, quand d’autres ont déjà initié la démarche et ont vu leurs certifications de système de management de la qualité NM ISO 9001 attribuée ! Pour en savoir plus, nous avons demandé à Monsieur Taïbi, Directeur de l’Institut Marocain de Normalisation (IMANOR) de bien vouloir répondre aux questions de Rechange Maroc, à vos questions. Il nous a fait l’honneur de nous recevoir et n’a éludé aucune question pour notre plus grand plaisir. Entretien.

Dans sa nouvelle version, le label Salamatouna requiert de nouvelles obligations dont le caractère plus institutionnel et plus normatif s’avère indéniable. Cependant, bien des opérateurs se montrent encore dubitatifs sur les nouveaux process à adopter, sur la norme marocaine NM ISO 9001 qu’il faut mettre en place, quand d’autres ont déjà initié la démarche et ont vu leurs certifications de système de management de la qualité NM ISO 9001 attribuée ! Pour en savoir plus, nous avons demandé à Monsieur Taïbi, Directeur de l’Institut Marocain de Normalisation (IMANOR) de bien vouloir répondre aux questions de Rechange Maroc, à vos questions. Il nous a fait l’honneur de nous recevoir et n’a éludé aucune question pour notre plus grand plaisir. Entretien.

Pourquoi recommander aux opérateurs économiques tels que des importateurs de pièces de rechange (et fabricants) de mettre en place une organisation aussi rigoureuse que celle de la norme NM ISO 9001 ?

Cette exigence vise à soutenir les opérateurs dans le processus de mise en place d’une organisation qualité selon les normes en vigueur et à apporter toutes les garanties et la confiance souhaitées dans la maîtrise de la qualité de la PDR qu’ils mettent sur le marché. En organisant, son entreprise selon la norme en question, l’opérateur rassure ses différents partenaires que l’ensemble des risques notamment en ce qui concerne la sécurité et la traçabilité des produits, sont bien maitrisés.

L’obtention de la certification du système de management de la qualité est soumise à un audit d’IMANOR, privilégiant la norme marocaine, quelle en est la raison ?

La norme marocaine reprend intégralement la norme internationale. L’IMANOR a mis en place une activité de certification par rapport à cette norme, conformément à la loi 12-06 relative à la normalisation, à la certification et à l’accréditation, et en parfaite harmonie avec les standards internationaux régissant les activités de certification. La conformité des pratiques de l’IMANOR en la matière est attestée par une accréditation délivrée par le SEMAC (Système Marocain d’Accréditation) relevant du Ministère de l’Industrie et du Commerce.  En effet, les règles d’accréditation fixent et attestent le niveau de compétence requis pour qu’une certification délivrée dans un contexte concurrentiel puisse être reconnue. A ce titre, toute certification ISO 9001, accréditée par le SEMAC, est prise en compte dans le Label SALAMATOUNA, quel que soit son émetteur et l’organisme étranger qu’il représente

Notre ligne de conduite est de contribuer aux efforts visant à assurer la sécurité du consommateur, tout en agissant en conformité avec la réglementation marocaine et les standards et bonnes pratiques internationaux.

Votre rôle dans le secteur automobile s’avère-t-il le même que dans les autres secteurs ?

Bien évidemment, les activités de l’IMANOR couvrent pratiquement tous les secteurs productifs, en produisant des normes pertinentes pour le marché, en proposant des programmes de certification à forte valeur ajoutée pour les différentes parties prenantes, et aussi en fournissant des prestations de formation et d’informations sur les normes destinées à rapprocher l’entreprise des exigences techniques régissant l’accès aux différents marchés et lui permettre d’acquérir les compétences techniques nécessaires pour se conformer à ces exigences.

L’IMANOR vise à travers son action à mettre la norme et la certification au service des politiques publiques en termes de sécurité des consommateurs, de création de bonnes conditions de concurrence et de protection de l’environnement, et au service de la compétitivité de l’entreprise aussi bien sur le marché local qu’au niveau des marchés d’exportation.  C’est le cas, pour SALAMATOUNA, qui constitue un outil dédié à l’entreprise pour l’encourager à assurer la qualité et l’authenticité des produits qu’elle propose à ses clients.

Pour être plus clair, je dirais que les titulaires du Label SALAMATOUNA contribuent énormément à la protection des utilisateurs de leurs produits à travers notamment l’adoption d’un système de contrôle interne de la qualité et de traçabilité des PDR, confirmé par un audit de l’IMANOR incluant la réalisation d’essais par des laboratoires compétents. Ce processus d’évaluation est couronné par l’attribution d’un Label distinctif  favorisant la compétitivité des opérateurs qui en bénéficient, favorisant la confiance du consommateur et permettant naturellement une distinction entre les responsables de mise sur le marché de PDR.  Autrement dit, le label encourage la bonne qualité quelle que soit l’origine du produit.

Il semblerait que votre intention soit plus de proposer que d’imposer, mais aussi de partager avec les opérateurs les informations pour cerner davantage les besoins, est-ce bien votre objectif ?

Effectivement, nous proposons à nos partenaires des normes et référentiels inspirés des bonnes pratiques internationales, dans le cadre de commissions de travail regroupant les différentes parties prenantes.  Les décisions sont toujours prises par consensus privilégiant en premier lieu l’intérêt général. Bien évidemment, chacun doit faire des efforts pour que l’ensemble d’une filière se mette d’accord sur un projet commun, pertinent, inclusif et bien entendu évolutif avec l’évolution de la réglementation, de la technologie et des attentes des utilisateurs. Dans ce cadre nous nous sommes toujours retrouvés face à des professionnels convaincus de l’importance du Label aussi bien pour la profession le long de la chaine de valeurs, que pour les consommateurs.

Pourquoi est-il si important pour le Maroc de mettre en place des normes en matière automobile ?

Les premières normes marocaines datent des années 70 du siècle passé. Elles concernent actuellement tous les produits fabriqués ou commercialisés au Maroc. Les normes se consacrent principalement à l’aptitude et à la sécurité à l’usage.  Le secteur automobile occupe une place stratégique dans l’économie marocaine et jouit d’une belle image et bonne réputation à l’échelle mondiale. C’est pourquoi la normalisation marocaine s’intéressait depuis longtemps au secteur automobile. Les normes relatives à ce secteur bien structuré et doté de règles rigoureuses de sécurité et durabilité, apportent de compléments importants en termes d’exigences de qualité, de sécurité et de protection à l’environnement.  La collection des normes marocaines relatives à ce secteur compte une centaine de normes traitant des différents aspects et qui sont d’ailleurs largement harmonisées avec les normes internationales et européennes.

La nécessité pour les importateurs d’adopter la norme NM ISO 9001 relève donc du besoin d’apporter d’exigences supplémentaires pouvant freiner les produits de mauvaise qualité ? Et d’aller plus loin dans la filière ?

Il y a lieu de préciser tout d’abord que la norme NM ISO 9001 n’est pas exigée uniquement aux importateurs, mais plutôt à tout demandeur ou titulaire du Label SALAMATOUNA. En effet, la norme NM ISO 9001 est reconnue dans le monde entier comme étant LE REFERENTIEL le plus recommandé pour toute organisation, indépendamment de sa taille et de son secteur d’activité, souhaitant mettre en œuvre un système de management de la qualité efficace selon une démarche d’amélioration continue faisant intervenir les différentes composantes de l’organisme.

L’introduction de cette norme dans le référentiel du label SALAMATOUNA vise à aider les entreprises concernées à démontrer leur capacité à assurer en permanence la qualité, la sécurité et la traçabilité des produits qu’elles mettent sur le marché moyennant des preuves tangibles évaluées par des auditeurs compétents, rassurant ainsi davantage leurs partenaires à tous les niveaux.   Cependant, pour que cette nouvelle exigence ne soit pas une contrainte pour les opérateurs, il a été convenu en commun accord avec les représentants de ces derniers, de l’introduire progressivement en se contentant dans un premier temps d’un système de contrôle qualité interne qui devrait évoluer dans une seconde étape à un système de management certifié conforme à la norme NM ISO 9001.

La nouvelle version en vigueur du référentiel SALAMATOUNA enrichie par des dispositions de mangement de la qualité, donnera plus de crédibilité au Label et alignera les exigences applicables sur les pratiques internationales en matière d’attestation de la conformité en faveur des consommateurs, mais aussi des professionnels eux-mêmes qu’ils soient importateurs ou producteurs.

Quel chemin comptez-vous emprunter pour atteindre l’objectif d’une filière labellisée ?

Pour être sûr que l’ensemble des professionnels d’une filière adoptent une démarche commune et y adhèrent d’eux-mêmes, il serait intéressant d’évaluer les performances atteintes, communiquer sur les résultats et encourager la concertation entre les différentes parties prenantes institutionnelles et professionnelles. Il est évident que l’adoption d’une démarche graduelle nous permettrait de progresser très vite, d’assurer une large adhésion des professionnels et d’atteindre la cible principale du Label qui est le revendeur final qui joue le rôle d’interface avec le consommateur.

L’IMANOR demeure bien entendu à l’écoute de tous ses partenaires pour apporter toute amélioration jugée pertinente pour atteindre les objectifs escomptés de ce projet, et veillera à harmoniser les règles et exigences de labellisation avec les normes et bonne pratiques internationales, tout en tenant compte des engagements de notre pays dans le cadre des accords régissant le commerce international.

Sur quelles bases conçoit-on des normes, qui plus est, qui puissent être compatibles avec celles d’autres pays, d’autres continents ?

La norme émane en général de besoins exprimés par les professionnels qui s’en servent pour améliorer la qualité de leur production, satisfaire des exigences réglementaires ou organiser les relations avec leur partenaires industriels et commerciaux.   Elles sont discutées et adoptées dans le cadre de commissions regroupant toutes les parties concernées selon une démarche basée sur le consensus.  L’IMANOR fournir à ces commissions les documents de base qui sont généralement des normes internationales et européennes ou à défaut des documents proposés par les professionnels eux-mêmes.  Pour pouvoir accéder à cette documentation internationale, le Maroc représenté par l’IMANOR, est membre pratiquement de toutes les organisations internationales, régionales et continentales éditrices de normes.

Cette approche nous permet de disposer d’une collection de normes marocaines en parfaite compatibilité avec les normes internationales dans les différents secteurs de l’industrie.  Ces normes qui sont à la base volontaires, peuvent être rendues d’application obligatoire chaque fois qu’une autorité compétente juge une telle mesure nécessaire. De ce fait, les nomes constituent des références techniques incontournables pour la réglementation technique régissant la mise sur le marché de produits indépendamment de leurs origines. Les normes sont aussi largement utilisées à des fins de certification volontaire aussi bien de produits que de systèmes de management et des compétences permettant ainsi d’inciter à l’amélioration et de soutenir les règles de concurrence loyale.

Vous avez le mauvais rôle ?

Les normes existent partout dans le monde, et chaque pays œuvre à travers son organisme de normalisation pour se doter de normes qui permettraient à ses entreprises de s’organiser et de produire conformément aux exigences de la réglementation et attentes du marché.

La norme qui pourrait paraitre comme étant une contrainte, est vraiment une réelle opportunité pour l’entreprise souhaitant gagner la confiance de ses partenaires, intégrer des chaines de valeurs internationales et se distinguer de la concurrence.    L’IMANOR intervient dans ce contexte pour jouer le rôle de pont entre les entreprises marocaines et le marché international en transférant à travers les normes les exigences de ces marchés, le savoir-faire nécessaire pour s’y conformer, et les outils pertinents pour démonter cette conformité. Ce principal rôle joué par l’organisme national de normalisation fait que dans la plupart des cas, les entreprises et d’autres parties prenantes trouvent que les prestations fournies par ces mêmes organismes apportent des solutions aux défis liés à la conformité.

Quelles sont les conséquences potentielles d’une révision, de la norme ?

La norme est soumise à un mécanisme de mise à jour visant à maintenir son actualité. En   effet, la norme qui reflète l’état de la technologie et le besoin du marché doit évoluer avec l’évolution de ces derniers, ce qui confirme sa pertinence pour toutes les parties prenantes. Et c’est pourquoi d’ailleurs les dispositions légales régissant le système normatif marocain ont introduit l’exigence de passer en revue toute norme marocaine homologuée à des intervalles de temps n’excédant pas cinq ans, pour la confirmer si elle est toujours d’actualité, la modifier pour l’adapter à l’évolution de son contexte ou l’annuler s’il est constaté que la norme va à l’encontre de l’intérêt général ou que ses bases techniques et scientifiques sont remises en cause.  Le principe de révision est en fait un point fort du processus de normalisation comparé au processus d’élaboration, de mise en œuvre et de mise à jour d’une réglementation technique n’appliquant pas le principe de renvoie aux normes.

La norme n’est pas toujours facile à comprendre et à appliquer. Jusqu’où va IMANOR dans le soutien aux entreprises ?

Au contraire, la norme est tellement précise et détaillée qu’il est facile de la comprendre. C’est le cas par exemple des normes relatives aux spécifications des produits et méthodes d’essais associées. Cependant, sa mise en œuvre pourrait paraitre difficile pour plusieurs raisons liées notamment à l’infrastructure d’essais interne et externe et au niveau de conformité chez les fournisseurs de matières premières et composantes de produits.

Aussi, les normes relatives aux systèmes de management sont plutôt génériques et nécessitent suffisamment de compétences pour réussir leur mise en œuvre. A cet effet, l’IMANOR propose aux opérateurs économiques intéressés un programme de formation sur les normes, animés par des formateurs de haut niveau. Ce programme enrichi régulièrement par de nouvelles thématiques, couvre les différents aspects liés au management d’une organisation, tels que la qualité, l’environnement, l’énergie, la gouvernance, la santé et la sécurité au travail, la conformité réglementaire et les techniques d’audit des systèmes de management.

Par ailleurs, l’IMANOR met en œuvre un programme annuelle de visites d’entreprises pour échanger sur des normes qui applicables aux activités de ces entreprises et recenser leurs besoins en nouvelles normes et en certification et formation.

Vous évoquiez les informations sur les normes internationales, mais qui décide quoi, en réalité ?

Il existe trois principales organisations internationales de normalisation dont deux constituent la principale source des normes marocaines.   Je citerai à titre d’exemple l’Organisation Internationale de Normalisation (ISO) qui réunit les organismes nationaux de normalisation relevant de plus de 160 pays, et dont le Maroc est y représenté par l’IMANOR. A signaler que le Maroc fait partie de cette organisation depuis 1963. Tous les pays membres de la communauté ISO jouissent des mêmes droits indépendamment de leur taille et de leur niveau de développement économique.

Les normes ISO sont examinées et adoptées dans le cadre de comités techniques ouverts aux experts relevant des différents pays membres. Les normes internationales qui reflètent un large consensus, sont d’une grande importance pour les entreprises qui au-delà de leur apport technique et scientifique, sont des références dans les accords commerciaux internationaux pour le règlement de différends à caractère commercial entre pays partenaires.

Il est intéressant pour les opérateurs marocains de différentes catégories de tirer profit de la présence de l’IMANOR au sein de ces organisations et de s’impliquer dans le processus de normalisation internationale pour anticiper les changements qui leur permettront d’être en phase avec les tendances des marchés

Le monde entier semble redécouvrir les vertus du recyclage, une démarche bien connue du Maroc, mais de manière naturelle. Quel est votre avis sur la question ?

En cohérence avec ses missions, l’IMANOR est à la disposition aussi bien des pouvoirs publics que des entreprises pour élaborer des normes pouvant d’une part, servir de référence à la réglementation portant sur le recyclage et d’autres part, fournir des techniques et méthodes permettant de maitriser les différents aspects de recyclage en amont et en aval des unités de production. Dans cet objectif, l’IMANOR a mis en place une commission de normalisation de l’économie durable qui s’attachera notamment à l’élaboration de normes relatives à l’économie circulaire, sur la base des normes internationales jugées pertinentes par les opérateurs marocains impliqués dans les activités de cette commission.

Propos recueillis par Hervé Daigueperce avec le concours de Monsieur Issam Alouz, Chef de Service Produits Industriels, Département Certification, IMANOR, que nous remercions ici.

Hervé Daigueperce
Hervé Daiguepercehttps://www.rechange-maroc.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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