Derrière les discours officiels et les chiffres qui s’alignent, la 3ᵉ Journée nationale de l’industrie, tenue les 3 et 4 novembre à Rabat, a surtout offert un instantané instructif : celui d’un appareil productif marocain qui cherche à consolider ses bases, à afficher sa maturité et à se projeter plus clairement dans l’après. Deux jours sous le signe du « Made in Morocco », avec ce que cela implique d’ambition, de contraintes et d’attentes, notamment pour tous les écosystèmes industriels liés à l’après-vente automobile.
Si l’événement a réuni la quasi-totalité des acteurs institutionnels et économiques — ministères, organisations patronales, groupes industriels, clusters — c’est parce que le secteur traverse une phase charnière. Les performances enregistrées en 2024, rappelées en introduction, donnent le cadre : un chiffre d’affaires industriel de 898 milliards de dirhams, une production en hausse de 12 %, une valeur ajoutée qui progresse de 11 % et surtout un investissement qui bondit de 30 %, atteignant 90 milliards de dirhams. Derrière ces indicateurs, on lit l’élargissement des capacités, la poursuite de la montée en gamme technologique et l’installation durable d’un tissu productif capable de résister aux chocs.
Un Maroc industriel en montée en gamme
Mais cette édition a voulu aller plus loin que le simple constat. La création du label « Made in Morocco » a été le moment symbolique du rendez-vous. Un outil pensé pour identifier plus clairement les produits industriels nationaux, renforcer la confiance des consommateurs et donner un cadre commun aux entreprises qui souhaitent afficher leur ancrage local. Le Maroc en parle depuis longtemps, il franchit enfin l’étape. Pour les industriels de l’automobile comme pour ceux de l’après-vente, ce futur label pourrait devenir un marqueur intéressant de qualité, mais aussi un signal pour les chaînes de distribution locales.
Autour de ce lancement, une série de conventions ont posé les jalons de ce que sera l’industrie marocaine à moyen terme. La reconduction pour trois ans du programme Tatwir-R&D & Innovation, désormais ouvert aux start-ups et aux acteurs du gaming, montre que l’innovation n’est plus un exercice périphérique mais un axe structurant. Une enveloppe de 900 MDH est prévue pour accompagner cette nouvelle phase. Les entreprises qui gravitent autour des mobilités, de la réparation ou de la pièce pourraient y trouver un levier, à condition de faire émerger des projets suffisamment structurés.
La signature du contrat-programme avec le cluster MTA (Machinery Tooling & Automation) va dans la même direction : développer une véritable filière marocaine de machines, d’outils et d’équipements industriels. Pour un pays qui importe encore une grande partie de son outillage, cette démarche n’est pas anodine et peut, à terme, impacter les coûts et la disponibilité des équipements utilisés dans les ateliers et unités de production du secteur automobile.
Autre chantier majeur : la fabrication locale des intrants pharmaceutiques. Même si le sujet semble éloigné du monde de la mobilité, cette convention démontre une logique plus large de souveraineté industrielle, transposable à l’ensemble des filières : réduire la dépendance aux importations, sécuriser l’approvisionnement, développer des compétences locales et renforcer la valeur ajoutée interne. Une philosophie que l’on retrouve également dans l’accord conclu pour mettre en place une plateforme technique d’essais dédiée à l’industrie ferroviaire, un secteur connexe qui partage des enjeux similaires avec l’automobile en matière d’outillage, de matériaux et de normalisation.
Conventions, clusters et nouvelles filières
Au-delà des signatures, ces deux journées ont surtout été marquées par une succession de panels qui tentaient de répondre à la question centrale : comment continuer à faire du « Made in Morocco » un véritable moteur d’attractivité et non un simple slogan ? Les discussions ont régulièrement ramené la formation, l’innovation, l’intelligence économique et l’ancrage territorial au cœur du débat. Des thèmes qui rejoignent directement les préoccupations des acteurs de l’après-vente, engagés eux aussi dans une modernisation rapide : digitalisation des ateliers, nouvelles normes, machines plus sophistiquées, besoin croissant en profils techniques qualifiés.
La clôture de l’événement, marquée par la remise des Trophées de l’Industrie 2025, a mis en lumière trois parcours qui expriment cette dynamique : l’innovation (ABA Technology), le talent industriel (Edelster et DOUM) et la performance globale (Riva Industries). Autant de signaux qui montrent que le pays continue de faire émerger des profils variés, capables de créer, produire et exporter.
Cette édition 2025 laisse l’impression d’un Maroc industriel conscient de ses progrès mais lucide sur les défis à venir. Et, pour la filière automobile et l’après-vente en particulier, elle rappelle que l’industrie locale — qu’il s’agisse d’outillage, de sous-traitance, de solutions technologiques ou d’ingénierie — est appelée à prendre une place de plus en plus centrale dans les années qui viennent.
Abdellah Khalil






