« On a besoin de l’Etat pour promouvoir le « Made un Morocco »

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Echanger avec Adil Rais s’avère toujours très instructif. Le patron de Plastex et de Siprof se devine comme un chef d’entreprise érudit et lucide, conscient des améliorations qu’il convient d’accomplir dans son métier, dans les métiers de l’automobile et de la fabrication afin que le Maroc se définisse comme une grande nation industrielle. Petits échanges de salon.

Pour nous, l’export se porte bien », nous répond Adil Rais sur le salon Automechanika Dubaï où il expose comme d’habitude pour promouvoir ses produits à l’international avant d’ajouter « Nous avons opté pour la qualité et nous sommes reconnus comme tels, si bien que nous exportons en Turquie, où nous sommes considérés comme des leaders en qualité et en Chine depuis deux ans. Et nous sommes assez fiers d’exporter en Europe, notamment en France et en Allemagne, la référence absolue en termes de qualité. Si l’export se porte bien, le marché domestique reste bas et peine à croître. C’est pourquoi nos efforts se portent vers les pays de l’Ouest et nous procureraient des résultats encore meilleurs sans la guerre en Ukraine, d’autant plus que le Covid a poussé les grands groupes industriels à repenser leurs chaînes d’approvisionnement et à faire appel à des acteurs régionaux, de proximité comme les opérateurs marocains. Un mouvement qui se poursuit du fait du conflit Taïwan-Chine ». Sans sourciller le patron du Groupe enchaîne sur les problématiques internes au Maroc comme en témoignent ces termes : « Nous sommes confrontés à un problème au Maroc, à savoir un soutien insuffisant de la part des institutions au « Made in Morocco » face à la concurrence mondiale. L’instabilité de l’Afrique nous affecte durablement et nuit directement à la diversification que nous pourrions avoir vers cette région. Nous voulons aller en Afrique mais l’instabilité politique nous ralentit. En revanche, les groupes internationaux de distribution se tournent vers des sociétés telles que les nôtres dont la logistique produits et la proximité des échanges facilitent le commerce. Plus de soutien dans ce domaine de la part de notre gouvernement – comme le fait la Turquie rendant ses coûts logistiques plus attractifs que les nôtres ! – assurerait une plus grande croissance à l’export aux entreprises marocaines ».

De la concurrence en toutes choses

Evoquant des tendances protectionnistes de la part de nombre de pays depuis le Covid, nous nous sommes enquis de cette question auprès d’Adil Rais qui nous assure « qu’au Maroc, il n’existe pas de mesures protectionnistes comme il peut y en avoir ailleurs et que l’accès aux matières premières ne pose pas de problème ». « Pour nous, ajoute-t-il, la concurrence vient curieusement d’Europe par voies détournées. Nous constatons que certains fournisseurs italiens, par exemple, utilisent leurs plateformes en Chine pour revenir avec des produits moins chers sur le marché marocain. Il est clair qu’il nous est difficile de lutter contre des produits européens fabriqués dans les pays asiatiques et arrivant dotés de la notoriété que leur confère la fabrication prétendue européenne. Plus chers, parce qu’européens, mais dotés d’une forte renommée, et moins chers que s’ils étaient réellement produits en Europe, leurs produits nous attaquent de plein fouet ! Certes, les douanes marocaines font de très grands efforts pour améliorer la situation, mais il faudrait que les douanes européennes travaillent en concertation avec les nôtres. C’est un problème éminemment complexe qu’ont réussi à résoudre nos institutions avec le produit pharmaceutique. Celui qui est fabriqué au Maroc empêche l’importation du même produit venant de l’international. En clair, le produit de qualité » marocain doit être défendu, sinon, il ne saurait être question d’industrie locale ».

La protection de l’environnement dans l’ADN de la société

Les acheteurs de produits de freinage s’inquiètent maintenant de ce qu’on appelle la production « verte ». Une question qui ne pose aucun souci à Adil Rais qui s’en explique par ces propos : « Nous avons arrêté dès 1994, l’utilisation de l’amiante dans nos produits, bien avant les européens. Par ailleurs, nous utilisons des fibres bio solubles depuis des années et sommes certifiés Reach depuis longtemps (Reach, Registration, Evaluation, Authorization and restriction of Chemicals, règlement de l’Union européenne adopté pour mieux protéger la santé humaine et l’environnement contre les risques liés aux substances chimiques, ndlr). On a sorti les solvants des produits de friction pour embrayages en 96 et avons supprimé les métaux lourds, nous faisons de très gros efforts pour protéger l’environnement et respecter les normes internationales dans le domaine. Ce n’est pas un hasard si nous sommes très présents en Allemagne ou en Hollande, deux des pays les plus draconiens dans le domaine ! » Fort de constat, nous avons poussé plus loin en évoquant le recyclage qu’Adil Raïs nous évoque en quelques mots : « Nous sommes partis sur le zéro déchet, nos usines sont décarbonées grâce à des panneaux solaires qui nous fournissent l’énergie nécessaire à la production. Nous n’avons rien à nous reprocher, bien au contraire. Nous nous confrontons aux fabricants européens, ce qui implique que nous soyons au-dessus de tout soupçon face à la question écologique. Nous ne nous comparons pas aux pays africains qui ont beaucoup de mal à se conformer aux exigences internationales en matière environnementale, mais aux pays européens qui ont inscrit dans leurs normes ces exigences. Nous avons ainsi plusieurs longueurs d’avance par rapport à l’Afrique mais on est freiné par l’Etat. En effet, nous serions heureux de pousser la croissance, d’accroître nos positions à l’export, si l’Etat nous facilitait les choses au niveau administratif. Nous demandons simplement une simplification des process de l’Etat, des procédures. Entendons-nous bien, je milite pour le business, pas pour la politique. Si on fait croître l’investissement, si on embauche, on fait de la politique et on contribue à la croissance du pays. Après, ce sont aux politiques de travailler sereinement et de réguler le pays et de mettre en avant les atouts concurrentiels. Je crois que le Maroc a besoin d’une croissance beaucoup plus soutenue pour absorber le chômage des jeunes. Il faut poursuivre la formation des ingénieurs, même si le pays en compte beaucoup, mais il faut sans doute adapter les formations pour que leurs profils soient plus en accord avec nos métiers. Il faudrait également optimiser nos ressources afin d’éviter les redondances. Renault, par exemple, spécialise ses ingénieurs pour qu’ils soient plus rapidement opérationnels dans les différents secteurs de son activité. C’est de cela dont nous avons besoin, une meilleure adaptation des ingénieurs, pas forcément plus d’ingénieurs ».

Propos recueillis par Hervé Daigueperce

Hervé Daigueperce
Hervé Daiguepercehttps://www.rechange-maroc.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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