Dans le Groupe Sodirep, nous vous avons présenté la famille et quelques-unes de leurs activités comme l’importation et la distribution de pièces de rechange automobiles, de carrosseries, d’accessoires, mais il était un domaine que nous n’avions pas encore exploré et que Mahmoud Thaifa nous a fait découvrir sous l’enseigne Bike Factory. Désormais un lieu prisé des amateurs de deux roues, Bike Factory s’affiche comme une vitrine de l’innovation et des dernières tendances dans le domaine de la moto comme du scooter venus d’ailleurs. Rencontre.
Lorsqu’on connaît bien les jeunes managers de Casablanca, on se plaît à découvrir leurs plus récentes inventions, idées ou mêmes concepts. En passant voir Mahmoud Thaifa, nous n’avons pas été déçus, puisqu’en face de nous, dans un décor très californien, un passionné de la moto nous a fait part d’une aventure personnelle comme d’une ultra sensibilité à la mobilité d’aujourd’hui. Lui, que nous avons connu comme manager aux côtés de son père chez Sodirep (il officie toujours dans les affaires du Groupe), le voici importateur et distributeur de motos et de scooters, suffisamment impliqué pour être devenu également Président de l’association des importateurs de deux roues ! Dans le Groupe familial qui comprend quatre grands pôles (PR et accessoires, Moto et plus généralement deux roues, Immobilier et importation de matériels agricoles), on ne fait pas les choses à moitié et le travail ne manque pas ! Dans les 115 employés compte le Groupe piloté par Abdesselam Thaifa secondé par Mahmoud et ses frère et sœur. On travaille en famille et, surtout, on travaille, les enfants ayant, semble-t-il, hérité du sens des affaires du papa ou de sa passion, les deux n’étant jamais très éloignés chez les Thaifa.
Au départ, dans son garage, comme d’autres célébrités…
Déjà très occupé par ses fonctions managériales chez Sodirep, Mahmoud Thaifa n’avait pas vocation à créer un autre business pendant ces quelques heures de libre, en revanche, il avait besoin de se détendre en s’adonnant à sa passion, celle de remettre en état des motos de collection « A une période de ma vie, nous confiait-il, j’aimais bricoler dans mon garage et je me suis passionné pour les motos de collection, d’après-guerre. J’aimais bien faire revivre des motos comme des BMW avec side cars en leur redonnant leur aspect d’origine. J’avais beaucoup d’amis dans ce domaine qui ne cessaient pas de me demander si je pouvais leur en préparer, jusqu’à ce que je cède et que je reprenne un petit garage. Les motos anciennes, « vintage » étaient à la mode, à telle enseigne qu’une grande marque anglaise comme Royal Enfield a été rachetée par des indiens (le groupe « Eicher ») qui ont privilégié la fabrication de motos neuves au look vintage ! En clair, ils faisaient de l’ancien mais doté des dernières technologies et sécurité comme l’ABS ou l’ESP. On avait ainsi tous les avantages du neuf avec un look rétro. Pour moi, cela a été un déclic, je les ai, alors, contactés et ils m’ont donné leur aval pour l’importation ». Rappelons que Mahmoud Thaifa menait, parallèlement, son activité d’importateur de pièces de rechange et que les process ne lui faisaient pas peur ! Et lorsque nous nous étonnons – néophytes dans le domaine – du choix de l’Inde, il sourit et nous explique : « l’Inde est le premier marché de la moto au monde, premier producteur de motos avec 21 millions de motos mises en circulation par an en Inde ! Pour vous donner des éléments de comparaison, la Chine tourne autour des 14 millions de motos quand la France atteint les 200 000 unités. L’Espagne, la France et l’Italie sont les plus grands marchés européens de la moto. C’est ainsi que j’ai commencé cette nouvelle aventure tout en poursuivant mon travail chez Sodirep. Dès la première année, cela a été une réussite, notamment auprès des loueurs et dans les villes touristiques comme Essaouira, Marrakech, ou Agadir. Petit à petit, je me suis rendu compte que le nombre de personnes attirées par le vintage ne cessait de croître, un vintage pas trop cher, alors que pendant cette période, deux marques chinoises de deux roues émergeaient. En 2019, je suis ainsi devenu le premier importateur de grosses cylindrées chinoises des marques Benelli et Voge »
Benelli et VOGE, deux cartes maîtresses de Bike Factory
Lorsqu’on demande à Mahmoud Thaifa comment il a pu se lancer dans l’importation de marques asiatiques de motos, avec tout ce que cela suppose d’incertitudes et de risques, c’est avec un grand sérieux qu’il nous répond : « Certes, j’avais l’habitude des achats, mais cela n’enlève rien à la prise de risque ! Or dans ce métier, il faut aussi savoir se renseigner et obtenir les bonnes informations. De fait, Benelli n’était pas une marque inconnue – loin s’en faut, puisque cette marque italienne a vu le jour en 1914, avant la première guerre mondiale ! Cette marque a été rachetée par le Groupe Geely – chinois – plus connu en dehors de ses marques propres, pour avoir déjà effectué quelques emplettes en Europe dont Volvo ou Lotus avec des actionnaires de renom ! Cela m’a d’emblée rassuré d’autant que leur process est désormais connu : ils ont conservé les bureaux de design, les ingénieurs et transféré la production en Chine, la même martingale que beaucoup de groupes actuellement. Il faut admettre que cela fonctionne plutôt bien ! » et VOGE ? « VOGE, nous commente Mahmoud, appartient à un groupe chinois du Top 20 des groupes de ce pays. C’est le premier producteur de motos en Chine sous la marque Lancin. Cependant, son historie se veut encore plus étonnante. En effet, à l’origine BMW sous-traitait à VOGE la fabrication de tous ses moteurs selon ses cahiers des charges (90 % des moteurs de motos et 100 % des scooters complets). En 2018, le Groupe VOGE s’est dit que ses compétences dans la fabrication de moteurs et plus globalement de motos étaient avérées et qu’il était temps de voler de ses propos ailes avec une marque propre. C’est ainsi qu’ils ont crée la marque VOGE qui a rencontré un véritable succès dès le lancement parce que la qualité était au rendez-vous avec des prix beaucoup plus attractifs ! Il me fallait choisir entre les deux marques et puis j’ai finalement opté pour l’importation des deux, Benelli et VOGE, les premiers et les seconds en Chine et bien m’en a pris, car aujourd’hui, nous représentons 70 de parts de marché des grosses cylindrées chinoises (jusqu’à 1000 cm3) au Maroc ».
« Pour la petite histoire, précisons que nous avons en vente des motos VOGE avec des châssis et des moteurs BMW (sous licence) qui disposent en plus d’options qui n’existent pas encore sur BMW comme la caméra embarquée, le détecteur d’angles morts ou les vitesses sans embrayage. Pour des modèles moins chers de 20 à 30 % par rapport aux BMW ! »
En 2019, premier showroom et entrepôt logistique
En 2019, année de la grande décision, Mahmoud Thaifa ouvre son magasin – show-room et le décore de manière originale, créant un espace de confort et de discussions pour le bien-être des clients et des salariés, une dizaine de jeunes gens arborant, tous, les couleurs de Bike Factory ! Ouvrir un magasin la veille du Covid aurait pu décourager le jeune patron – notamment à cause des prix qui s’affolent de tous côtés – si les ventes n’avaient pas été au rendez-vous. En effet, comme il nous l’explique, « Les gens ont beaucoup épargné par obligation et la moto s’est révélée non seulement comme un vecteur de liberté retrouvée et aussi comme un moyen de mobilité protégée ! En réalité, les gens avaient envie de bouger et la moto est devenue rapidement un moyen sûr de bouger, de voir autre chose, qui comblait le besoin de liberté sans penser aux risques de contamination. Le Covid a eu finalement un effet positif sur ce marché. Les marges ont quand même pris un coup, mais les ventes étant là, on a passé la période plutôt dans de bonnes conditions au niveau des résultats de l’entreprise. »
En 2022, naissance de la marque Austin !
Austin, comme la ville américaine, avec un air de liberté des grands espaces ? Peut-être ? En tous les cas, c’est ainsi que Mahmoud Thaifa a tenu à appeler sa marque de distribution, en réponse à la démultiplication de la concurrence. « A cette époque, les marques chinoises ont commencé à être agressives sur le marché et il fallait trouver une offre alternative pour accroître le potentiel de l’entreprise et assurer sa pérennité. C’est ainsi que j’ai créé ma propre marque de motos, « Austin », avec des produits que j’importe de Chine après avoir visité les usines, testé les produits, vérifié les cahiers des charges, contrôlé le respect des normes internationales, etc. Après avoir obtenu toutes ces garanties de qualité, nous personnalisons les produits pour le marché marocain grâce à différents accessoires et stickers. La marque propose essentiellement des deux roues qui ne nécessitent pas de permis (à 90 %).
Il faut noter que le marché croît de 20 % par an et que depuis que l’on a commencé, le marché ne cesse de croître. On arrive au Maroc, toutes marques confondues, à 340 000 unités pour un chiffre d’affaires annuel de 4 milliards de dirhams ! C’est loin d’être neutre ! C’est pourquoi, afin d’être très présent sur ce marché, nous nous sommes dotés d’outils performants dont un entrepôt logistique, un service après-vente très opérationnel et un réseau de distribution de 60 revendeurs. Nous ne commercialisons pas les pièces de rechange parce qu’il y a des spécialistes au Maroc qui le font très bien et dont les chiffres d’affaires étonneraient bien des importateurs de pièces de rechange pour véhicules légers. Nous n’avons à disposition que les pièces des marques que nous représentons, comme il se doit ».
En clair, Bike Factory semble bien lancé et son patron bien occupé entre ses différentes fonctions. Toutes nos félicitations !
Hervé Daigueperce





