« Fédérer l’écosystème de la rechange et de la mobilité est notre priorité »

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À quelques semaines d’Automechanika Frankfurt, et alors que l’accord donnant naissance à EQUIP AUTO Maroc-MAT vient d’être signé avec EQUIP’AUTO SAS, Rechange Maroc a pris le pouls du GIPAM. L’occasion de comprendre, au-delà de l’actualité, la manière dont le Groupement Interprofessionnel de l’Automobile au Maroc réfléchit et oriente ses actions. Entretien avec Mohamed El Housni, Président du GIPAM et du MAT, qui nous a reçus avec sa constance et sa bienveillance habituelles.

Un Groupement qui monte en puissance

Le GIPAM poursuit son élargissement, à un rythme maîtrisé. « Le Bureau se réunit une fois par mois, le premier mercredi, pour examiner les nouvelles demandes d’adhésion — six ou sept dernièrement. En général, nous donnons notre accord, parce que les dossiers sont sérieux et conformes à ce que nous attendons. Aujourd’hui, nous sommes 75 membres. »

Cet élargissement s’accompagne d’une diversification des métiers représentés : importateurs de pièces et d’équipements, équipementiers de l’aftermarket — avec de nouveaux entrants dans la filtration — et fabricants comme distributeurs de lubrifiants, déjà une dizaine. Pour faire circuler l’information et rapprocher les membres, le Groupement s’appuie sur sa newsletter, un outil interne à double vocation : informer, mais aussi permettre aux adhérents de mieux se connaître et de travailler ensemble, y compris dans le dialogue avec l’administration sur les normes des métiers concernés.

Le GIPAM ne fait pas beaucoup de bruit, mais il avance. Ce qui compte, c’est de parler d’une seule voix sur les questions de la filière, et que cela se sache au niveau des institutions.

Salamatouna, un état d’esprit avant tout

La professionnalisation reste la ligne directrice du Groupement, et le label Salamatouna en est le symbole. Le GIPAM l’entretient activement : les membres labellisés se soumettent à des audits de suivi réguliers.

Salamatouna, c’est d’abord un état d’esprit. Dans l’ADN du label, il ne s’agit pas d’obtenir un avantage financier, mais d’organiser notre métier, d’être responsable, et de garantir la traçabilité de la pièce : savoir d’où elle vient. Celui qui adhère le fait parce qu’il reconnaît qu’il y a des choses à faire, et que c’est ensemble, entre professionnels et avec les institutions, que l’on améliore les choses.

La démarche s’élargit progressivement. Au départ pensée pour les garagistes, elle s’est d’abord traduite, face à l’ampleur de la tâche, par une charte dédiée aux importateurs-distributeurs, avant de s’étendre aux revendeurs. Le retour aux garagistes constitue aujourd’hui le prochain chantier.

Le chantier des garagistes

Ce chantier a récemment franchi une étape. « Cela faisait un moment que nous avions sollicité l’IMANOR sur le sujet », rappelle Mohamed El Housni. En mai dernier (ndlr), l’Institut a réuni l’ensemble des organisations professionnelles liées à l’automobile, à la mobilité, à la formation, au transport, aux consommateurs et aux normes, pour présenter une étude sur un label Salamatouna adapté aux garagistes.

Un sujet que le Groupement défend de longue date, tant le vide entre le concessionnaire et le garagiste reste anxiogène pour le consommateur. Le préambule de la réunion a d’ailleurs mis en lumière l’ampleur du problème : pénurie de mécaniciens, difficulté à recruter, absence de statuts, rivalité avec l’informel. À ce stade, 250 garages se sont déclarés prêts à entrer dans un processus de labellisation — sur plus de 20 000 ateliers recensés. « Un travail de titan », résume le Président.

La réunion a surtout permis de soulever une question de fond, sur laquelle plusieurs organisations vont désormais travailler : celle de l’asymétrie entre la pièce neuve et la pièce d’occasion.

La pièce neuve importée est soumise à un niveau d’exigence élevé, en qualité comme en conformité. C’est une bonne chose. Mais cette même exigence n’a pas encore son équivalent sur la pièce d’occasion issue de la casse, dont l’origine et l’état sont aujourd’hui difficiles à tracer. Pour les pièces de carrosserie, cela se comprend ; pour des organes de sécurité comme le freinage ou les amortisseurs, la question mérite d’être posée. Il ne s’agit pas de remettre en cause ce qui est fait à l’import, mais de compléter le dispositif là où un vide subsiste.

La méthode se veut pragmatique : les associations de réparation vont lister les pièces qu’elles achètent en casse, et les professionnels de la pièce identifier les familles qui appellent une normalisation, pour distinguer ce qui est applicable en l’état de ce qui ne l’est pas. Les flottes publiques, incitées à commander auprès d’importateurs-distributeurs labellisés, pourraient constituer un premier levier. Autre piste évoquée : faire figurer sur la facture du garagiste la signification du label Salamatouna, afin que le consommateur final sache précisément de quoi il s’agit.

Transport et logistique : un cahier des charges commun

Dans le même esprit, le GIPAM a engagé un travail avec les professionnels du transport et de la logistique. Objectif : formaliser, dans un cahier des charges partagé, les conditions d’un meilleur travail commun.

Le transport est capital dans notre métier : les délais, les conditions, les paiements, le contre-remboursement que nous proposons à nos clients et qui, sous son apparente simplicité, demande beaucoup aux transporteurs. Nous avons trouvé en face des interlocuteurs aussi désireux que nous d’écrire noir sur blanc les règles du jeu. Si l’on ne connaît pas les contraintes des uns et des autres, on ne peut pas améliorer la situation.

Les échanges ont révélé une proximité inattendue entre les deux métiers : délais, urgences, sécurité, traçabilité et contre-remboursement rapprochent la distribution de pièces de la logistique pharmaceutique. Le cahier des charges est en cours d’élaboration.

Du MAT à EQUIP AUTO Maroc-MAT

C’est de ce même besoin de dialogue qu’est né le salon. Entre les importateurs-distributeurs et les ateliers, le message ne passait pas toujours, et les retours du terrain — mécaniciens, réparateurs, électriciens — manquaient. Un exemple a marqué le Président :

Un jour, un mécanicien nous a appelés pour commander « le deuxième Valeo », le moins cher. Il n’y a qu’un seul Valeo. Le « deuxième » était une contrefaçon, ou un produit importé sous une autre origine. Une escroquerie, en somme. C’est exactement pour cela que le salon existe : donner aux mécaniciens l’information dont ils ont besoin pour bien travailler, sans risque.

Le GIPAM a été créé en 2017 ; le premier salon Moroccan Automotive Technologies s’est tenu en 2018. Trois éditions plus tard, le constat s’est imposé : un salon devait être plus qu’un outil de communication. Il fallait s’adosser à un professionnel de l’événementiel partageant le même ADN, la même culture métier.

Avant de signer, nous avons reçu d’autres propositions, parfois plus intéressantes financièrement, mais émanant de groupes qui organisent quantité de manifestations sans en connaître aucune vraiment. EQUIP AUTO, c’est l’automobile et la rechange : c’est son cœur de métier. C’est aussi ce qui nous permet de prendre une autre dimension, plus internationale, et de nous tourner vers l’Afrique.

L’union avec EQUIP’AUTO SAS donne naissance à EQUIP AUTO Maroc-MAT, nouvelle dénomination du salon de l’après-vente et de la mobilité de Casablanca. Une alliance que Mohamed El Housni décrit comme équilibrée, dans sa forme comme dans son esprit :

Chacun apporte ce qu’il maîtrise le mieux : EQUIP AUTO, son savoir-faire événementiel et sa force de frappe internationale ; le GIPAM, sa connaissance du marché marocain, ses réseaux et sa relation avec les institutions. Le salon doit ressembler au Maroc, parler de la rechange au Maroc et mettre en valeur les fabricants marocains, tout en accueillant les exposants internationaux. Tout le monde est important, mais personne n’est indispensable : c’est cet équilibre qui fait tenir un partenariat.

L’ambition dépasse le Maroc. EQUIP AUTO Alger, désormais rejoint par EQUIP AUTO Abidjan, partage la même dynamique africaine. « Nous n’y voyons pas une concurrence, mais un réseau : des rendez-vous complémentaires qui, ensemble, structurent la filière à l’échelle du continent. »

Le Groupement entend aussi capitaliser sur le tissu industriel national. « Nous irons ensemble à la rencontre des institutions, avec lesquelles nous sommes en contact permanent. Nous attendons beaucoup du soutien du Ministère, parce que nous travaillons dans le même sens : la professionnalisation du secteur et la protection du consommateur. » En étant la vitrine de ce qui se fabrique au Maroc, le salon contribue à l’industrialisation nationale. Le GIPAM se dit à ce titre intéressé pour devenir partenaire opérationnel des grands industriels internationaux implantés à Tanger, dont plusieurs fournissent déjà les constructeurs au titre de l’intégration locale et pourraient adresser le marché de la rechange — en complément de l’offre des grands équipementiers internationaux.

Nous sommes confiants dans les partenariats que nous créons et que nous entretenons pour être un vecteur de changement dans nos filières.

Rendez-vous est pris du 21 au 24 janvier 2027 à l’OFEC, avec l’ambition d’accueillir le double d’exposants de la précédente édition.

Hervé Daigueperce

Rédaction
Rédactionhttps://www.rechange-maroc.com
Rédacteur en chef d'Algérie Rechange, de Rechange Maroc, de Tunisie Rechange et de Rechange Maghreb.

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