Interview de Riadh Abdelkefi, directeur général de Solaufil

Interview de Riadh Abdelkefi, directeur général de Solaufil

« Pour réussir à l’international dans le domaine de la filtration, il faut investir tout le temps »

Forte d’un savoir-faire de plus de 60 ans, la société Solaufil parie sur son indiscutable présence en OE pour s’imposer partout, y compris au Maghreb ou elle occupe une place de choix avec ses 3 marques : Mecafilter, Misfat et Lautrette. Histoire.

Que représente, pour Solaufil, un marché comme celui du Maghreb ?

Au Maghreb, le marché est énorme. En Tunisie, nous sommes leaders avec Misfat et Mecafilter. Au Maroc, nous avons une usine de filtres à air PL et nous livrons, par exemple, des acteurs comme Speedy. Nous avons donc une grosse part de marché sur place. Et en Algérie, nous travaillons beaucoup avec Barèche, Douadi, Nexus, c’est à dire avec de gros distributeurs, car la marque Mecafilter y est présente depuis 1997 auprès des grands importateurs. Nous avons, dans ces pays, des positions dominantes. D’une part parce que notre production est arabo-européenne et que cela nous permet de travailler main dans la main avec ces pays. D’autre part parce que la marque Mecafilter et, par extension, le groupe Solaufil, sont un gage de qualité et de gamme large, d’autant que nous avons 3 marques en propre (Mecafilter, Lautrette et Misfat) mais aussi une cinquantaine de marques de distributeur pour les plus grands noms de l’équipement automobile comme Bosch ou Valeo.

Y a t-il un filtre, sur ces marchés, qui tire mieux son épingle du jeu que les autres ?

Tous les filtres fonctionnent au Maghreb. En revanche, en Algérie, nous avons des problèmes d’origine car un produit français ne paie pas les 30 % d’importation supplémentaires mais nous, si, car nous produisons en Tunisie et nous sommes donc logés à la même enseigne que les produits chinois et coréens. Du coup, en Algérie, nous vendons plus de filtres à air et d’habitacle car ils sont fabriqués en France. Sur nos filtres à huile, qui sont produits en Tunisie, nous sommes moins compétitifs, eu égard aux droits de douane. Mais concrètement, en Tunisie, aucun filtre n’est plus vendu qu’un autre. Majoritairement, nous sommes surtout positionnés sur VL et nous travaillons, sur le PL, avec un importateur spécialisé du nom de Socafil.

Qu’apportez-vous de plus par rapport à la production locale ?

Il y a deux producteurs locaux en Algérie. Mais ces derniers n’ont pas la même capacité de production que nous, ils n’ont pas la largeur de gamme. En d’autres termes, ils n’ont pas 300 références quand nous en avons 3000 ! D’autre part, nous fabriquons toutes les technologies de filtres, investissons beaucoup en R&D, sommes dotés de certifications…ce qui n’est pas le cas des producteurs locaux. Il n’y a donc rien de comparable. Notre usine de Tunis emploie 1 000 personnes et a une capacité de production de 40 millions de filtres pour le monde entier. A contrario, les producteurs locaux répondent spécifiquement à un marché local et produisent majoritairement des références courantes en VL et en PL et donc, pas pour des véhicules récents. Nous qui travaillons en première monte au niveau mondial, nous proposons des filtres dédiés aux véhicules récents.

Vous ne les considérez donc pas comme des concurrents directs ?

Attention, je respecte les producteurs locaux car ils proposent des produits intéressants. Par exemple à Casablanca, l’usine Sinfa a été rachetée par Baldwin un géant américain. Et c’est stratégique car cela leur permet d’avoir une filiale en Algérie ou au Maroc, et donc d’être au plus près du marché européen. Mais pour réussir à l’international, dans ce domaine, il faut investir tout le temps pour être à jour dans les nouvelles technologies.

Ceci étant, les fabricants locaux tirent bien leur épingle du jeu car la production locale leur permet de réaliser des marges non négligeables. En Algérie en effet, l’énergie n’est pas chère, la main d’œuvre non plus, ce qui leur permet de très bien vivre de leur production. D’ailleurs, généralement, tout ce qui est fabriqué est vendu !

Finalement, ce qui est le plus gênant dans ces pays, c’est la place laissée aux chinois et aux coréens. Ils ont, certes, de très bons produits mais le souci c’est qu’il y a de tout, du bon comme du mauvais, c’est un peu la politique du « tu veux acheter pour quel prix ? ». Ce qui nous dérange c’est qu’ils inondent le marché, notamment au Maroc car il y a encore beaucoup de vieilles voitures, mais ils ne viennent pas réellement nous embêter sur les grosses enseignes, avec les gros importateurs qui préfèrent faire du bon boulot avec de bonnes marques.

Compte tenu des nouvelles lois sur l’importation en Algérie, n’y a t-il pas intérêt à faire des co-entreprises pour apporter le savoir-faire en OE à cette production locale ?

Présenté comme cela, oui, bien sûr ! Et cela fait 10 ou 15 ans que nous y réfléchissons. Mais les lois changent trop souvent et ne sont pas rassurantes pour un éventuel investisseur. Qu’est-ce qui m’assure par exemple que si nous investissons dans un site de production sur place, mes matières premières ne seront pas bloquées pendant des mois dans un port ? En réalité, le marché Algérien nous attire, c’est un fait, mais il est trop instable. Or, investir dans une usine de production, c’est engager quelque chose comme 15 millions d’euros. D’autre part un laboratoire de recherche, chez nous, c’est 1 million d’euros d’investissements. Alors évidemment, envisager de produire sur place pour être au plus près des constructeurs qui s’y installent ce serait formidable, d’autant que nous sommes déjà homologués auprès d’eux en France et en Europe. Il y aurait donc un véritable intérêt, pour nous à investir dans un site de production local, mais c’est encore trop risqué. Ceci étant, il y a un vrai potentiel en Algérie et ces lois sur l’importation auront peut-être au moins pour effet de faire disparaître les margoulins et de restructurer le marché… Et cela ne serait d’ailleurs pas plus mal !

   Propos recueillis par Ambre Delage

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