Moulay Hafid El Alamy, Ministre de l’industrie, de l’Investissement, du Commerce et de l’Economie Numérique

Moulay Hafid El Alamy, Ministre de l’industrie,  de l’Investissement, du Commerce et de l’Economie Numérique

Moulay Hafid El Alamy : « Les pièces automobiles Made In Morocco sont exportées dans 74 pays différents ».

Finalement, des équipementiers qui fournissent des pièces aux constructeurs, c’est un peu ce qui permet à l’industrie automobile au Maroc de fonctionner, n’est ce pas ?

Oui et non. Dans le cadre des écosystèmes constructeurs, et afin pour la chaîne puisse fonctionner de manière efficace, il convient d’avoir une capacité de fabrication de véhicules suffisante au Maroc, et ce grâce à des équipementiers qui fournissent, en suffisance, des pièces aux constructeurs. Cette relation avait mis le Maroc, durant de nombreuses décennies, devant l’éternel problème de l’œuf et de la poule. Auparavant, à chaque fois que le Maroc essayait de démarcher un constructeur, ce dernier disait : « je veux bien m’installer chez vous, mais le taux d’intégration dans votre pays n’est pas intéressant parce qu’il n’y a pas d’équipementiers ; du coup, je n’ai aucun intérêt à venir chez vous puisque je dois importer toutes mes pièces ». Et lorsque vous vous adressiez aux équipementiers, ils vous répondaient en chœur : « nous voulons bien nous installer chez vous, mais à quoi cela nous servirait-il puisqu’aucun constructeur n’est implanté dans votre pays ? Si nous devons fabriquer des pièces pour les exporter ailleurs, alors autant nous installer au plus près des constructeurs ! ». Cette problématique selon laquelle à chaque fois que vous vouliez démarcher l’une des parties on vous renvoyait inextricablement vers l’autre, avait longtemps empêché le Maroc de se lancer réellement dans une industrie automobile viable.

Qu’est ce qui a permis de faire basculer la donne ?

Nous avons adopté une démarche en 3 dimensions. Il nous fallait, tout d’abord, mettre en place un écosystème constructeur. Au tout début, nous avions commencé par négocier avec Renault un contrat suffisamment large pour que les taux d’intégration, minimes à l’époque, soient tout de même acceptés. A côté, nous avons émis la promesse et l’engagement pour que ces taux d’intégration soient progressivement augmentés d’année en année. C’est cette négociation qui a permis aujourd’hui de transformer, de manière radicale, tout le secteur automobile au Maroc, le propulsant au titre de premier secteur exportateur pour le Royaume. Nous avons également travaillé à développer l’écosystème sourcing : nous nous sommes mis d’accord avec les constructeurs, qu’en plus de fabriquer des véhicules au Maroc, ces derniers s’engageront également à acheter et à exporter une certaine quantité de pièces qui seront produites au Maroc afin d’alimenter leurs autres usines implantées dans d’autres pays. Enfin, la troisième étape a été d’étoffer l’écosystème des équipementiers dans le but de pouvoir localement produire des pièces en suffisance et au coût le plus faible possible. C’est ce triptyque qui permet aujourd’hui à l’industrie automobile au Maroc de fonctionner avec des résultats, je dois le dire, incroyables !

Augmenter les taux d’intégration est donc primordial…

Vous savez, fabriquer des voitures en important la majorité des pièces de l’international n’est pas du tout intéressant pour le Maroc, puisque la valeur ajoutée reste, dans ce cas, ridiculement faible. Pour augmenter le taux d’intégration locale, nous avons développé l’écosystème du câblage, mais aussi celui de fabrication de différents composants présents à l’intérieur des voitures tels que les sièges, les garnitures etc. Nous avons également travaillé sur tout ce qui est métal et batteries. Aujourd’hui, les pièces fabriquées au Maroc pour un constructeur comme Renault sont livrées dans 74 pays différents ! Partout dans le monde, vous allez retrouver des pièces usinées au Maroc et qui sont considérées, dans le monde entier, comme des pièces de qualité. De telles réalisations ont déjà permis de créer pas moins de 170.000 emplois. Elles nous permettront également d’atteindre, à l’horizon 2023, un taux d’intégration locale de 65%, ce qui est énorme !

   Propos reccueillis par Mohamed Mounadi

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